CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES DES TERMINAUX DE RÉCEPTION MOBILE

Parmi les priorités des constructeurs figurent les préoccupations suivantes :

  • La puce de réception DVB-H/SH : Elle devra être capable de recevoir les signaux UHF (ceux du DVB-H terrestre) et ceux de la bande S du projet Alcatel, DiBcom et NXP (ex-Philips Semi-conducteurs). Dans les deux cas, Yannick LÉVY, Président-directeur général de DiBcom, signale que « la puce de réception devra être capable de passer d’un réseau à l’autre de façon totalement transparente» [1]. Dans ce but, ces équipes ont fait preuve d’innovation en construisant les puces de réception DIB29098, intégrant la fonctionnalité Diversité-2 (double antenne) et DIB10096, capable de démoduler les standards DVB-T, CMMB, DAB, T-DMB et DVB-SH par simple téléchargement d’un logiciel ;
  • L’autonomie : Les terminaux doivent pouvoir décoder le signal DVB et transmettre le service de télévision, sans recourir à un chargement par prise électrique, ni altérer une utilisation ultérieure pour un autre service (téléphonie, photographie et cætera). Les équipementiers ont ainsi réfléchi à la possibilité de découpage temporel : l’antenne s’allumerait 1/10 de seconde par seconde. Une durée suffisante pour recevoir une seconde entière de vidéo, stockée dans une mémoire tampon. L’antenne se mettrait ensuite en veille les 9/10 de secondes restantes. Pendant ce temps de repos, la mémoire tampon se vide petit à petit, diffusant les images sur l’écran. Puis l’antenne se réveille et un nouveau cycle recommence. Les informations manquantes n’étant perçues par la persistance rétinienne [2]. Azzedine BOUBGUIRA, responsable marketing chez DiBcom, estime ainsi que « l’autonomie du mobile est doublée et peut atteindre cinq heures de visionnage en continu » [3] ;
  • Les antennes: Un récepteur en déplacement reçoit un signal en moyenne plus altéré qu’un récepteur fixe. Les antennes doivent donc présenter une qualité permettant d’éviter les interférences entre services fonctionnant dans des fréquences différentes. Au moins trois antennes peut d’ores et déjà être anticipée : Une pour la téléphonie UMTS (troisième et quatrième génération), une autre pour la réception de la télévision et enfin une troisième permettant la transmission locale de données vers l’ensemble des terminaux constituant l’environnement de travail de l’utilisateur (aux normes Bluetooth ou Wifi par exemple) ;
  • Les capacités de stockage: Qu’elles se présentent sous la forme de barrettes de mémoire intégrées au terminal, de mini disques durs ou de cartes amovibles, les capacités de stockage feront très vraisemblablement leur apparition. Elles permettront de nouvelles formes de consommation, telles que par exemple, à l’image des PVR (Personal Video Recorder), l’enregistrement automatisé de programmes pour un visionnage ultérieur ou de contenu diffusé et stocké sur le terminal, selon de techniques de « push », mais aussi la généralisation des services transactionnels par téléchargements. Ces capacités de stockage permettront par exemple d’interrompre le visionnage d’un programme de télévision pendant une conversation téléphonique, puis de le reprendre, lorsqu’elle s’achève, au moment de l’interruption. Ces fonctionnalités préfigurent sans doute la généralisation des services de téléchargement de fichiers à destination des terminaux téléphoniques. Ces options s’insérant parfaitement dans le cadre de la télévision mobile sous réserve d’une réponse satisfaisante en matière de copies temporaires d’œuvre, protégées par le droit d’auteur (en application avec l’article L. 122-2 du Code de la propriété intellectuelle) ;
  • Le confort d’écoute : Afin de favoriser les usages individuels ou collectifs, le récepteur doit pouvoir disposer d’un haut-parleur offrant une qualité auditive en adéquation avec la qualité visuelle. Le volume de lancement des services de télévision mobile doit être pris en compte pour les utilisateurs de casques écouteurs ;
  • Le confort de visualisation : L’écran, qui représente aujourd’hui environ le quart du coût total des téléphones mobiles évolués, doit s’adapter au visionnage de la télévision mobile (le 16/9 devenant le format du tournage de la TNT). Les nouveaux modèles attendus devraient disposer d’écrans ayant une diagonale d’au moins 6 centimètres [4]. Ils seront munis de systèmes de recadrage pour s’adapter automatiquement à l’émission choisie. Nous pouvons également nous poser la question si cet écran devra être systématiquement intégré au terminal mobile ou s’il sera proposé en complément, venant alors se connecter sur ce dernier (écran ou vidéoprojecteur miniatures).

 


Notes :

[1] Propos extrait de l’article « La télévision mobile se branche sur le satellite », quotidien Les Échos, 4 octobre 2006.

[2] Au-dessus de 24 images par seconde, cadence du cinéma, l’œil ne perçoit pas de saccades. Il est généralement admis que ce taux peut être réduit jusqu’à 15 images par seconde tout en permettant une fluidité acceptable.

[3] Nous verrons à ce sujet l’article « Télévision sur téléphone mobile : le DMB concurrence le DVB-H », revue Les Échos, 14 septembre 2005, mais également l’article « Les promesses de la télévision mobile personnelle », revue Micro Hebdo, hors série n° 52, septembre-octobre 2009.

[4] Une étude « Use it » révèle que les écrans 4 pouces sont très largement plébiscités à 85 % pour l’utilisation de la télévision sur téléphone mobile.

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LES NOTIONS CLÉS CONCERNANT L’INTERACTIVITÉ ET LA PUBLICITÉ SUR LA TÉLÉVISION MOBILE

Au fil des entretiens, de lectures et de réflexions sur le sujet, sept facteurs se sont dégagés auquel nous devons prendre en considération.

  • Premièrement, la télévision mobile est appelée à connaître un succès auprès des Français. Elle deviendra en fonction des services de communication audiovisuelle diffusés, une « télévision mobile populaire» [1] ;
  • Deuxièmement, la télévision mobile, publicité incluse, convergera avec les services déjà existants (applications, « widgets», liens hypertextes, plateformes) et les services interactifs futurs [2]. Cet ensemble média comprendra les offres de géo-localisation (GPS [3], AGPS, fonctionnalités « Bionic Eye », « Nokia MARA », « Google near me now », « Google Latitude » et « Facebook Places »  [4]) qui croissent de manière exponentielle sur le marché des technologies mobiles ;
  • Troisièmement, la publicité retransmise sur la télévision mobile, par les conditions de visions très différentes de la télévision classique (qui évolue vers des écrans en haute définition et des écrans en relief [5], aux diagonales de plus en plus larges), justifie un traitement spécifique. Les thèmes visuels des publicitaires (sentiment d’évasion/d’émotion, écriture numérique, slogan, ergonomie cognitive, manière dont les signes s’organisent) voient leurs impacts réduits sur des écrans inférieurs à 4 pouces. Son utilisation va donner de nouvelles habitudes, des chemins de lecture visuelle et auditive plus similaire au média Internet ;
  • Quatrièmement, la tendance, ou plutôt devrions nous dire la tentation à la publicité par ciblage comportemental ou à la pratique du « stalking » [6], mise en alerte par la Commission européenne et la Cnil [7], n’apporterait pas de réponses viables et serait considéré de manière intrusive pour les utilisateurs [8] ;
  • Cinquièmement, dans le cas d’un déploiement d’une offre géo-ciblée, les zones de couverture des sites émetteurs sont en adéquation avec les zones de chalandises de la plupart des enseignes représentées sur le média télévision ;
  • Sixièmement, qu’il serait dangereux pour les modèles économiques des médias de manquer le créneau du marché local, visé par des grands groupes américains. Ces derniers offrant des vecteurs publicitaires à des annonceurs jusqu’ici d’une trop faible taille pour accéder aux médias nationaux.
  • Septièmement, la mise en place de la télévision mobile, quant à la construction du réseau, qu’à la création de contenus spécifiques, nécessite des revenus additionnels immédiats.

Nous avons ainsi évalué que la publicité audiovisuelle différentiel, notamment géo-ciblée, aurait sa place dans l’environnement de la télévision mobile. Elle permettrait de proposer aux annonceurs, une redistribution de l’espace publicitaire en fonction de la localisation des sites émetteurs. Ces derniers auront la possibilité de personnaliser leurs publicités avec l’apport de la localisation (rajout de données sur l’emplacement de l’enseigne, adaptation aux spécificités du marché cible, prolongement de la théâtralisation de l’espace de vente, réponse aux désirs de conversation et de proximité des clients). Cette publicité audiovisuelle géo-ciblée convergerait avec des applications interactives, notamment tactiles, afin d’accompagner la relation utilisateurs-points de vente.

Il apparaît donc important dès aujourd’hui d’assumer de manière courageuse et conséquente les choix relatifs aux futurs modèles publicitaires, d’instaurer le dialogue entre les acteurs, de lever les tabous, de désamorcer les craintes, de mettre en mouvement les forces en présence afin de ne perdre l’initiative face aux développements croissants de la publicité sur les terminaux mobiles et de donner de réels moyens à la télévision mobile, d’être une offre rentable et pionnière.


Notes

[1] Terme utilisé par Cyril VIGUIER pour définir la télévision mobile.

[2] On sous-entend les services interactifs prévus dans les dispositions des articles 30-5 et 30-7 de la loi du 30 septembre 1986, modifié par la loi du 5 mars 2009.

[3] Le GPS (Global Positioning System ou Géo positionnement par satellite) permet de se localiser et de s’orienter grâce aux informations transmises par satellite.

[4] 10 à 12 millions de Français se connectent tous les jours sur Facebook, contre 7 millions de personnes en prime time sur TF1.

[5] Sony a lancé son premier équipement adapté à la réception de programmes audiovisuels en relief. Une chaîne de télévision en relief a émergé en juin 2010 par l’intermédiaire du groupe britannique de télévision par satellite British Sky Broadcasting (BSkyB). En France, Orange a proposé des premiers matchs de Roland Garros en relief sur un canal spécifique.

[6] La pratique du « stalking » désigne le harcèlement d’une personne à dessein et de façon réitérée, par l’envoie répété et non désiré de messages (spams commerciaux, pop-ups, impossibilité de « zapper »). Ce type de messages apparaît sur les plateformes vidéo du réseau « unicast » de quatrième génération.

[7] Alex TURK, président de la Cnil (Commission nationale de l’informatique et des libertés), martèle qu’« il y a urgence à ce que les acteurs de ce marché édictent une chartre déontologique, afin d’éviter les dérives et abus du ciblage comportemental », propos recueillis par Sonia DEVILLERS, extrait du quotidien Le Figaro, 20 août 2009.

[8] Le terminal mobile est perçu comme un objet individuel voir intime. Il s’est approprié un imaginaire sur le plan corporel (« On le porte sur soi »). Selon l’enquête « In fact », réalisée en juin 2009 par Synovate auprès de 8 000 propriétaires de téléphone portable issus de onze pays à travers le monde, dont la France : 75 % n’imaginent pas quitter leur domicile sans et 25 % avouent qu’ils préféreraient perdre leur portefeuille plutôt que leur portable. Nous pourrons approfondir ce thème en visualisant l’article « Le portable, même au lit », quotidien Aujourd’hui en France, 10 septembre 2009.

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L’INFLUENCE DES LIEUX SUR LES TYPES DE CONSOMMATION

Les acteurs de la télévision mobile s’accordent à dire que le contexte d’usage (espaces familiers, présence ou non de tiers) est privilégié car il détermine les différents types de consommation [1].

Au sein du foyer [2] :

  • Une télévision de substitution : La télévision mobile deviendrait au sein même du foyer une alternative au poste de télévision traditionnel (séjour, cuisine). Elle pourrait être notamment utilisée pour ne pas troubler la tranquillité d’autrui (décalages d’horaires) ou par les jeunes pour s’affranchir vis-à-vis des parents et du téléviseur familial.
  • Une télévision de transition : De manière brève et sans l’utilisation des fonctions « pause ou enregistrement», elle permettrait de pallier l’absence de vue d’un poste de télévision traditionnel. Elle offre la possibilité de ne pas rater une action sportive, une question-réponse ou un flash d’informations.

En dehors du foyer :

  • Une télévision utilitaire : La télévision mobile serait utilisée de manière rationnelle par la recherche de contenus spécifiques (rituel matinal lié au suivi de l’actualité, obtenir des informations en continu, accès à un guide touristique vidéo). Ces programmes audiovisuels intégreraient une convergence avec des applications interactives déjà existantes [3].
  • Une télévision d’occupation : Utilisé de manière individuelle ou collective [4], la télévision mobile permettrait d’atténuer le sentiment de lassitude ressentie dans des espaces clos et purement fonctionnels (salle d’attente, transports en commun, métropolitains, véhicules) [5]. L’usage des terminaux mobiles est d’ailleurs adopté dans ces espaces. 53 % des Français jugent son usage convenable dans un train, 52 % dans le bus, le métro ou le tramway [6]. Diffusé par le téléphone des parents ou par des récepteurs embarqués, ces écrans permettraient de divertir notamment les enfants lors de courts déplacements quotidiens (école-foyer) ou de déplacements annuels plus longs (congés) [7]. En France, le temps de transport quotidien s’élève à 66 minutes par jour [8].
  • Une télévision de substitution : Lors de déplacements (location de vacances, séjour à l’hôtel), elle permettrait de pallier l’absence temporaire d’un téléviseur fixe.

Une télévision de transition : En attendant de pouvoir s’installer confortablement dans son salon, il s’agirait pour l’utilisateur de ne pas rater son programme favori ou un programme fédérateur (le début d’un événement sportif par exemple). En fonction des contenus que proposeraient les chaînes, ce type de consommation pourrait devenir un véritable moyen pour fixer l’utilisateur au « pré-access » [9] ou au « access prime-time » [10].


Notes :

[1] On verra à ce sujet les écrits de Florence LE BORGNE-BACHSCHMIDT, responsable du pôle Télévisions à l’Institut de l’audiovisuel et des télécommunications en Europe (IDATE), notamment dans la revue Les nouveaux dossiers de l’INA, n° 4, avril 2005.

[2] Lors d’une réunion le 3 décembre 2009 au Secrétariat d’Etat chargé de la prospective et du développement de l’économie numérique, Arnaud LUCAUSSY (SFR) a indiqué que la moitié de la consommation de télévision mobile actuelle se fait à l’intérieur d’un bâtiment.

[3] Dans l’article « Tout pour la génération iPhone » de la revue Courrier International du 5-11 février 2009, Rob GRIMSHAW, directeur de FT.com (version électronique du Financial Times), signale que « la plupart de ces lecteurs souhaitent recevoir un résumé quotidien de l’actualité sur leur portable. Plusieurs études ont montré que les utilisateurs de ce service étaient des jeunes. C’est un excellent moyen pour nous de répondre à leur attente et d’explorer un nouveau marché pour les annonceurs ». Le lancement de la nouvelle plateforme m.ft.com pour les portables prévoit ainsi une interface tactile et un accès plus rapide aux contenus du journal.

[4] D’après un constat publié dans le dossier « Les usages avancés du téléphone mobile » de la revue Réseaux, n° 27, juillet-septembre 2009, 28 % des usages de télévision sur mobile des femmes et 15 % des usages des hommes sont collectifs. Les usages collectifs des femmes se déclinent en 15 % avec des relations de travail et en 13 % avec un proche. Pour les hommes, les usages collectifs se répartissent entre 4 % d’usages avec des relations de travail et 11 % avec un proche.

[5] Nous verrons à ce sujet l’article « Le marquage publicitaire de l’espace parisien : Frontières et territoires » d’Anne-Aurélie MARCHAL publié dans la revue Communication & Langages, n° 155, mars 2008. Nous reprendrons également les résultats d’enquête du Val lillois rapportés dans un article paru dans le quotidien Le Monde, daté du 28 octobre 2000. Cette enquête nous montre clairement comment la publicité peut être utilisée comme ressource pour « ré-humaniser » un territoire. Elle génère une forme de communication, s’adressant à tous individuellement, elle redonne vie à ces lieux, qui, malgré une surfréquentation sont avant tout des lieux de solitude.

[6] Etude réalisée auprès de 1 200 personnes et publiée par TNS Sofres, repris dans le quotidien Le Figaro, 3 décembre 2008.

[7] On remarque toutefois qu’aucune chaîne pour enfants n’a été sélectionnée lors du premier choix d’appel d’offre du CSA.

[8] Hors-série « La mobilité : de l’Homo Numericus à l’Homo Mobilis », Marketing Book 2009, TNS Sofres.

[9] On désigne par « pré-access », le créneau horaire, situé entre 17h00 et 20h00, qui accompagne le téléspectateur (constitué surtout de « la ménagère de moins de 50 ans » et de jeunes, tout juste sortis de l’école) vers le « prime-time ». Sur la télévision traditionnelle, ce créneau est un véritable carrefour stratégique en termes d’audiences et de recettes publicitaires pour les chaînes. Il voit le nombre de téléspectateurs doubler en deux heures. D’un peu plus de 11 millions de 4 ans et plus, à 18h, le public passe au global à près de 22,5 millions à 20h. Soit un apport de près de 6 millions d’individus par heure, ou de 1 million toutes les dix minutes.

[10] On définit par « prime-time », le créneau horaire correspondant à la première partie de soirée (20h00-22h30). C’est la tranche où l’on constate les plus fortes audiences de la journée et donc la plus convoitée par les annonceurs.

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GÉNÉRER DES REVENUS VIA LES ÉDITEURS DE SERVICES TÉLÉVISUELS

La légende :

  • 1 : achat d’espaces publicitaires dans la programmation des chaînes télévisuelles ;
  • 2 : achat de programmes audiovisuels publicitaires (géo-ciblés ou non) ;
  • 3 : achat de programmes interactif publicitaires (géo-ciblés ou non) ;
  • 4 : programmation d’espaces publicitaires au sein du média Internet ;
  • 5 : recettes provenant du flux de visiteurs sur l’application ou le site Internet mobile ;
  • 6 : retour sur recettes ;
  • 7 : programmation d’espaces publicitaires au sein du média télévisé ;
  • 8 : consommation des produits et services (achat en direct ou différé) ;
  • 9 : connexion et utilisation de services interactifs auprès du service de l’opérateur de téléphonie mobile ;
  • 10 : bouquets de chaînes thématiques à forte valeur d’usage. Les chaînes n’en tireront certes que peu de bénéfices financiers, mais le surplus de visibilité conféré par la diffusion en mobilité en font une solution intéressante pour des antennes dont la faible audience ne justifie pas une diffusion broadcastée ;
  • 11 : recettes de l’interactivité et de la publicité (l’efficacité du ciblage socio-culturel étant accrue sur les chaînes thématiques) ;
  • 12 : redistribution de la valeur due à l’interactivité provenant des services télévisuels édités par le réseau broadcast ;
  • 13 : bouquets de 16 chaînes sélectionnées par le CSA ;
  • 14 : retour sur recettes ;
  • 15 : services télévisuels édités par le réseau unicast ;
  • 16 : redevance audiovisuelle (taxe prélevée auprès des auditeurs et téléspectateurs, qui a pour objet le financement partiel ou principal des antennes publiques de radiodiffusion et de télévision) ;
  • 17 : services télévisuels édités par le réseau broadcast avec décrochage géographique.
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QUEL NIVEAU D’INNOVATION ?

Les sociologues de l’innovation [1] se sont intéressés au parcours qui a conduit des innovations soit à s’imposer, soit à tomber dans l’oubli. Il s’agit d’innovations à dominante technique ou à dominante sociale. Ils constatent :

  • Ce n’est pas la qualité intrinsèque de l’innovation qui fait qu’elle va ou non s’imposer, mais le processus sur lequel elle s’appuie et en particulier la consolidation et l’élargissement du réseau qui la porte ;
  • Ce processus est pavé de controverses à travers lesquelles les faits se construisent et l’innovation s’élabore ;
  • Ce réseau va se consolider par rallongement, en intégrant de nouvelles entités.

1

L’espace d’innovation en quatre dimensions, permet de situer l’objet selon les variables influant sur la catégorie de l’innovation. Les innovations peuvent appartenir aux différentes dimensions suivantes : elles peuvent être des innovations de produit (niveau 1), de service (niveau 2), de processus (niveau 3), ou bien marketing (niveau 4). La télévision mobile est une nouveauté pour le grand public impliquant de nouvelles technologies, elle n’est donc ni de niveau 3 ni de niveau 4. De plus, cette innovation pouvant se commercialiser sur différents supports, nous pouvons dire qu’elle a des implications techniques sur les produits concernés mais n’est pas à proprement parler une innovation produit.

Cependant, le service offert par la télévision mobile est identique à celui offert par des produits existants tels que les télévisions portatives. Peut-on alors considérer la télévision mobile comme une innovation de service ?

Si nous répondons à cette question par la négative, alors il est injustifié de parler d’innovation. Pourtant cette dernière apporte un élément nouveau : l’intégration du service de télévision en mobilité sur un téléphone portable. Ainsi, même si la télévision mobile n’est pas un nouveau service, elle renouvelle le service de télévision en mobilité et acquiert par là-même le statut d’innovation de service (niveau 2). Les degrés d’inventivité proposés par Altshuller (1999) sont au nombre de cinq : solution apparente liée aux connaissances d’un individu (niveau 1), amélioration mineure liée aux connaissances d’une entreprise (niveau 2), amélioration majeure liée aux connaissances de l’industrie (niveau 3), nouveau concept lié aux connaissances toutes industries confondues (niveau 4), et découverte liée à l’ensemble des savoirs (niveau 5). La télévision mobile est, comme nous l’avons vu, une suite logique du phénomène de convergence des média, associé à la multiplication des fonctions intégrées dans un téléphone mobile. Nous pouvons donc assurer qu’il ne s’agit pas d’une découverte, au sens d’Altshuller. La télévision mobile faisant appel aux connaissances non d’une seule entreprise mais de toute l’industrie des télécommunications (téléphonie mobile, audio-visuel, etc.), je me permets de considérer qu’il s’agit d’une amélioration majeure, c’est-à-dire que son degré d’inventivité est de niveau 3. La complexité technologique peut être faible (niveau 1), moyenne (niveau 2) ou haute (niveau 3). La télévision mobile est une innovation faisant appel à de la haute technologie, aussi elle n’appartient clairement pas au niveau 1. Cependant, une hésitation serait légitime entre les degrés 2 et 3. En effet, comme expliqué au paragraphe II.2.ii, la télévision mobile peut être diffusée selon deux technologies distinctes. D’un côté, la diffusion unicast étant parfaitement maîtrisée par les opérateurs de téléphonie mobile, un degré de complexité 2 serait approprié.

D’un autre côté, la diffusion broadcast n’est pas réellement maîtrisée par les opérateurs, un degré de complexité 3 pourrait être accepté. Considérant que les opérateurs de diffusion télévisuelle maîtrisent les techniques de diffusion broadcast et les opérateurs de téléphonie mobile celles de diffusion unicast, et sachant que ces deux technologies sont juxtaposées de façon transparente pour l’utilisateur, sans être pour autant mélangées, il me parait judicieux de considérer que la télévision mobile a une complexité technologique moyenne, c’est-à-dire de niveau 2. Enfin, la variable ‘portée de l’innovation’ comporte trois degrés : microéconomique (niveau 1), national (niveau 2), ou bien macroéconomique (niveau 3). Il est évident que la télévision mobile a des répercussions bien plus vastes que les entreprises de télécommunications. Il s’agit même là d’une innovation dont la diffusion mondiale a été rapide. Néanmoins, dans le cadre de cette étude nous nous intéressons uniquement au marché français, d’autant plus qu’il n’est pas leader mais suiveur en matière de télévision mobile, l’Asie étant par exemple bien plus en avancé que la France sur le sujet. La télévision mobile a donc une portée nationale, c’est-à-dire de niveau 2.


Notes :

[1] Nous nous référerons notamment aux écrits de Michel CALLON et Bruno LATOUR.

[2] La notion de message publicitaire est défini par l’article 2 du décret du 27 mars 1992 modifié par les décrets du 7 octobre 2003 et du 6 novembre 2003, à savoir : « Constitue une publicité, toute forme de message télévisé diffusé contre rémunération ou autre contrepartie en vue soit de promouvoir la fourniture de biens ou services, y compris ceux qui sont présentés sous leur appellation générique, dans le cadre d’une activité commerciale, industrielle, artisanale ou de profession libérale, soit d’assurer la promotion commerciale d’une entreprise publique ou privée. »

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QUELLES DURÉES DE VISIONNAGES ?

Il ressort des expérimentations effectué sur la ville de Paris [1] que la durée moyenne constatée de consommation est d’environ 20 minutes par jour, divisées en 4 ou 5 sessions de 4 à 6 minutes, ce qui représente un volume de données échangées pour ce service d’1 Gb par mois et par client, soit hors plan spécifique, une facture moyenne de 55 euros [2].


Notes :

[1] Ces expérimentations ont été présentées par le Forum TV Mobile au premier semestre 2006.

[2] Extrait du rapport de la mission VIGUIER, mars-juillet 2009.

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LE PAIEMENT DE DROITS DE DIFFUSION : L’APANAGE DE LA TELEVISION PAR VOIE 3G/4G ?

Dans le cas d’un système de l’achat de droits de diffusion utilisé notamment pour les services de la télévision par voie 3G/4G, les agrégateurs et distributions des services achètent une licence annuelle leur accordant le droit de diffuser un service pour un support de réception et une zone géographique donnée. Les revenus des éditeurs de services télévisuels ne varient de ce fait pas en fonction du nombre d’abonnés aux services et des recettes qu’ils génèrent. Pour que l’activité d’édition d’un service de Télévision Mobile Personnelle apparaisse rentable en utilisant ce type de rémunération, il faudrait ainsi que le prix des licences soit en mesure de combler l’ensemble des coûts d’infrastructures et de diffusion des chaines tout en générant une marge pour les éditeurs ce qui reviendrait à faire peser tout les risques liés à un éventuel échec commercial de la télévision mobile sur les épaules des seuls opérateurs de téléphonie et distributeurs de services audiovisuels ce qu’ils ne se résoudront bien entendu jamais à faire. Nous penserons cependant que cette formule est vouée à rester le mode de rémunération dominant pour les chaines à moindres audiences reprises par la télévision par voie 3G/4G.

Le reversement d’un pourcentage sur les recettes générées par les abonnements des distributeurs commerciaux des offres mixtes vers les éditeurs de services télévisuels concernés, s’imposera donc très certainement comme le mode de redistribution de la valeur d’échange. Cette solution semble en effet être la plus pertinente car elle permettra d’une part aux éditeurs de rentrer dans leurs comptes à moyen terme et réservera d’autre part une marge suffisamment confortable aux distributeurs pour les encourager à porter en avant cette nouvelle forme de télévision mobile. Les reprises de chaines en simulcast de la télévision par voie 3G devraient pour leur part continuer de se négocier sur la base d’achats de droits de diffusion, cette solution étant la plus économique pour les deux partis en lisse.

Il semble peu probable qu’un diffuseur réel engage la totalité des mouvements stratégiques décrits dans le cours de cette étude. Cette affirmation n’invalide cependant aucunement le modèle économique.

Le succès de la publicité sur la télévision mobile dépendra de plusieurs éléments :
– Elle se doit tout d’abord d’apporter une expérience réellement convaincante, tant d’un point de vue contenu ergonomique (visualisation adapté du message publicitaire) que d’un point de vue contenu interactif (programme conversationnel et participatif).
– Les messages publicitaires et la programmation du bouquet de chaînes accompagnant ceux ci, devront s’adapter aux rythmes et formes d’usages : On ne consomme pas de la même manière selon le lieu (transports, foyer, travail) et l’horaire (pics d’audience).

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QUESTIONS LIBRES

– Plusieurs chaînes audiovisuelles [1] sous-entendaient une évolution progressive des programmes en fonction de l’usage sur la TMP, si oui, pensez-vous que nous verrons apparaître un paysage complémentaire de l’offre TNT ?

– Tout médias à une publicité propre à son support, pensez-vous que la publicité présente sur la télévision mobile est adaptée à son support (format et mobilité) ?

– La publicité de la télévision doit elle être un héritage de son support fixe (TNT) ?

– Que pense le SNPTV de la publicité sur la télévision mobile ? A t’il conscience d’éventuelles pertes d’efficacités et de mémorisations des messages publicitaires ? Est-il en mesure d’initier un changement auprès du Législateur et du CSA ?

– Le CSA a effectué un premier pas en adoptant la règle de 30 % du temps d’antennes de programmes dédiée au format mobile, qu’en est-il de la publicité (base de financement des chaînes audiovisuelles, hormis les chaînes publiques et bouquets d’abonnés) ?

– La publicité (géo-ciblée et en situation de mobilité) dispose d’un taux d’efficacité et de mémorisation augmentée, la publicité sur la télévision mobile doit elle nier ces données ?

– Le lancement d’un nouveau média est-il l’occasion d’effectuer des phases de tests, sans bousculer l’équilibre économique des autres mass média (TNT, RNT, Presse) ?

– Un certain nombre de contributeurs [2] à la consultation lancée par le CSA du 17 janvier 2007 marquait leurs volontés de « générer des recettes publicitaires spécifiques dont l’arrivée de nouveaux annonceurs (par exemple locaux) », qu’elles ont été les suites de ce projet ?

– Le hors média reste une valeur refuge durant la crise économique, n’est-ce pas la preuve d’un besoin de proximité utilisateurs – points de vente ?

– La publicité géo-ciblée est-elle un adjuvant ou une substitution au financement des autres médias ?

– Pensez vous qu’un grand nombre d’annonceurs locaux auront les moyens de financer ce type de publicité (coûts de production et de diffusion) ? De devenir un risque pour le financement des médias presses et radios locales ?

– La convergence de tous les supports média est indéniable, les annonceurs allant de l’un à l’autre selon leurs budgets et leurs plans média, la publicité télévisuelle doit-elle s’adapter à ces transformations en s’inspirant des autres médias ?

– Les smartphones prônent un usage interactif, financé par la publicité et par l’achat d’applications, la télévision mobile ne devrait elle pas profiter de cette tendance ?

– Les annonceurs délaissent de plus en plus le média TNT pour le média Internet, le média télévisuel a-t-il perdu de sa crédibilité ?

– Google commence la monétarisation de sa plateforme vidéo en ligne Youtube, par l’intermédiaire de bannières interactives [3], d’applications géo-ciblées sur son téléphone mobile Android, Apple en fait de même avec sa plateforme publicitaire iAd, ces modèles économiques ne seront-ils pas celui des médias audiovisuels futurs ?

– Google, Facebook et Apple sont-ils des dangers pour les médias TNT/TV unicast/TV broadcast en accaparant progressivement tous les annonceurs du marché locale ?

– La chaîne EuropaCorp débute dans le monde de la télévision par le biais de la télévision mobile, devra-t-elle suivre les règles publicitaires de ces partenaires de multiplexe ?

– Les chaînes Orange Sport TV et TF1-NT1 disposent d’un atout majeur en ayant au sein de leurs capitaux des opérateurs de télécommunications (France Télécom et Bouygues Télécom, ce dernier étant détenu à 10,45 % par JC Decaux), ne vont-elles pas être enclin à diffuser des publicités en fonction des bases marketing de leurs abonnés ? N’en serait-il pas de même pour les opérateurs SFR et Free, au travers des forfaits globaux « Téléphonie-Télévision-Internet-Mobile » ?

– L’idée de « chaînes vitrines » proposé par Cyril VIGUIER, faisant participer les médias dans leurs intégralités (presses, radios), permettraient elles d’être une aide financière à ces deux médias, actuellement en récession, et de trouver le point d’équilibre que nous cherchons ?


Notes :

[1] Réponse du groupe M6 à la consultation publique du CSA, propos de Direct8, Eurosport et NT1, disponible sur le site http://www.tvntmobile.com.

[2] M6, Direct 8, Euronews, MTV, NRJ, Nextradio, France Télécom, Thomson.

[3] Les annonceurs paient toutes les 1 000 apparitions du message, ainsi que pour chaque clic. Pour les recherches incluant un élément géographique, Google classe les réponses sur une carte. Les entreprises référencées le sont gratuitement, mais d’autres paient pour figurer sur la carte grand format qui s’affiche si on clique sur le lien.

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UN ÉCOSYSTEME ISSU DE LA CONVERGENCE

Dernier moyen de communication électronique asservi à une réception fixe, la télévision est en train d’accéder à son tour à la mobilité, comme l’ont déjà fait depuis longtemps la radio, le téléphone et l’ordinateur. Initiée dans les années 2000, la diversification des vecteurs de diffusion s’est intensifiée :

  • d’une part par la forte croissance des accès à haut débit par ADSL [1], qui proposent des services de télévision (linéaires et non-linéaires) [2] ;
  • d’autre part par le lancement de services de télévision en mobilité qui, s’ils restent jusqu’ici limités à des offres sur les réseaux des fournisseurs d’accès à Internet (Wifi) [3] et des opérateurs de téléphonie mobile (3G/4G), vont se développer par l’intermédiaire de la restructuration du spectre de fréquences hertziennes en décembre 2011 (le dividende numérique) et de la mise en place d’un réseau « point à multipoints», sous le nom de « Télévision mobile personnelle » (TMP) [4].

Par ailleurs, le Législateur accompagne cette mutation en modifiant les cadres de la loi du 30 septembre 1986 relative à la liberté de communication, par la loi du 5 mars 2009 [5], qui transpose la directive communautaire 89/552/CEE, intitulée « Services de médias audiovisuels » [6] dans le droit français.

Cette nouvelle convergence entre les éditeurs de services télévisuels et les supports média se représenterait sous le schéma suivant :

La légende :

  • 1 : des contenus audiovisuels crées par l’utilisateur à partir de la fonction caméscope de son terminal mobile (tablette, téléphone mobile, smartphone, baladeur MP4) ;
  • 2 : des services de communication au public par voie hertzienne numérique à destination des terminaux mobiles ;
  • 3 : des services de communication au public par voie hertzienne numérique à destination des terminaux fixes (chaînes de la TNT-HD-3D). Alain MÉAR, membre du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), estime que les 18 chaînes de la TNT pourraient être diffusées en HD d’ici à 2016 ;
  • 4 : des services de communication au public par voie électronique comprenant une offre TV et/ou permettant le visionnage au moment choisi par l’utilisateur et sur sa demande, à partir d’un catalogue de programmes dont la sélection et l’organisation sont contrôlées par l’éditeur de ce service (télévision par ADSL [7], télévision de rattrapage [8], « podcasting» [9] et vidéo à la demande [10]) ;
  • 5 : des services de communication au public en ligne ou sites Internet échappant à l’ensemble des restrictions énoncées par la loi n° 2009-258 du 5 mars 2009 [11]. Selon une étude récente, 35,8 % des Français regardent au moins une fois par mois la télévision ailleurs que sur son support traditionnel [12];
  • 6 : des plateformes vidéo de l’Internet mobile.
Source : D’après les données de l’enquête réalisée par le Credoc pour le Conseil général des technologies de l’information et l’Autorité de régulation des communications électroniques et des Postes, 2007.

Source : D’après les données de l’enquête réalisée par le Credoc pour le Conseil général des technologies de l’information et l’Autorité de régulation des communications électroniques et des Postes, 2007.

Source : Prévisions 2007 d’Enders Analysis, extrait de la Lettre du CSA, n° 212, janvier 2008, reprise dans la revue Télé Satellite & Numérique, avril 2008, page 15.

Source : Prévisions 2007 d’Enders Analysis, extrait de la Lettre du CSA, n° 212, janvier 2008, reprise dans la revue Télé Satellite & Numérique, avril 2008, page 15.


Notes :

[1] L’ADSL (Asymetric Digital Subscriver Line) permet un accès à hauts débits à Internet, supérieurs à 128 kbit/s. Elle réserve une partie de la ligne au transport de la voix et une autre au transport de données. Selon Médiamétrie, sur la période de septembre 2008 au 15 février 2009, près de 9,5 millions de personnes étaient équipées d’au moins un téléviseur relié à l’ADSL.

[2] Nous nous reporterons aux figures 1 et 2 présentes en annexe.

[3] Le Wifi (Wireless Fidelity) désigne une connexion réseau sans fil par ondes radio qui autorise un débit théorique de 11 Mbps à 50 Mbps par seconde dans un rayon de 50 à 100 mètres.

[4] L’appellation TMP a été normalisée en 2007, lors de la révision du cadre juridique de la TNT, afin qu’il permette d’encadrer le déploiement à venir de la télévision numérique pour les terminaux mobiles individuels. Le terme « personnelle » a été jugé pertinent pour caractériser ce dispositif médiatique dans la mesure où le téléphone mobile donne lieu à une appropriation individualisée. A la différence des dispositifs médiatiques domiciliaires (postes de radio, télévisions et ordinateurs fixes), il appartient à un usager qui en détient les droits exclusifs d’utilisations. L’appropriation de ce support se fait de manière désolidarisée du collectif familial et de ces contraintes normatives. L’utilisateur peut regarder ce qu’il veut, quand il veut, sans avoir à rendre de compte sur sa consommation.

[5] Loi n° 2009-258 du 5 mars 2009 relative à la communication audiovisuelle et au nouveau service public de télévision, J.O. du 7 mars 2009, supplément à LP 260, avril 2009.

[6] PE et Conseil UE, Directive n° 2007/65/CE modifiant la directive 89/552/CEE du Conseil du 3 octobre 1989 : JOUE n° L 332, 18 décembre 2007.

[7] On entend par télévision par ADSL ou IP TV, un service de télévision intégré aux services proposés par les fournisseurs d’accès, notamment au sein des offres multiservices dites « triple play » (Internet, téléphonie, télévision), qui se sont généralisées depuis 2005. Pas moins de huit opérateurs ou distributeurs proposent aujourd’hui des offres ADSL, sur ce marché dominé par Orange et Free, et qui comptait 2,6 millions de foyers équipés fin 2006.

[8] On définit par télévision de rattrapage ou « catch-up TV », un service consistant à proposer aux téléspectateurs équipés et reliés à Internet, la rediffusion d’un programme peu de temps après sa première diffusion sur la chaîne et généralement pour une période de quelques jours. Après ce délai, soit le contenu est inaccessible ou supprimé, soit il devient payant. On y trouve les offres de M6 Replay (100 millions de vidéo ont été vu entre mars 2008 et mai 2009), de W9 Replay (lancé en mars 2009), de TF1 Vision (150 millions de vidéo visionnées depuis janvier 2009), de Player Canal + (lancé en janvier 2009), d’Arte+7 (lancé en octobre 2007), de 24/24 TV by Orange (lancé en janvier 2008). Selon une étude Global TV de Médiamétrie d’octobre-novembre 2008, 6,3 millions de Français ont utilisé ce service en 2008, soit 2,3 millions de plus qu’en 2007.

[9] On entend par « Podcast » ou « podcasting », le fait de télécharger rapidement du son ou des images sur un ordinateur ou un baladeur numérique. Les radios et les chaînes proposent ainsi sur leurs sites Internet de « podcaster » leurs émissions, afin de les écouter ou de les regarder au moment qui convient à l’internaute.

[10] La « Vidéo à la demande » (VàD) propose des films, séries ou émissions généralement sur les sites Internet des chaînes, que l’internaute peut louer sur son ordinateur pour une durée limitée. Ce service est inspiré du « pay-per-view » du câble et du satellite. Nous devons remarquer que malgré le succès de la VàD, la majorité des téléspectateurs ne font pas le choix de regarder un programme précis, à un horaire donné. La plupart se laissent divertir, guider et surprendre par la programmation de l’antenne (choix des acteurs détenant les droits des contenus et les exploitant déjà au sein d’une offre plus rémunératrice). Nous verrons à ce sujet l’ouvrage La programmation de la télévision à l’ère numérique de Laurent FONNET, édition Dixit, Paris, juin 2010.

[11] Sont exclus, « les services qui ne relèvent pas d’une activité économique au sens de l’article 256 A du CGI », sites personnels – tels les blogs – émanant de personnes non assujetties à la TVA, « ceux dont le contenu audiovisuel est secondaire » et qui n’ont donc pas pour finalité principale la fourniture de programmes telles les versions électroniques de publications de presse, « ceux consistant à fournir ou à diffuser du contenu audiovisuel créé par des utilisateurs privés à des fins de partage et d’échanges au sein de communautés d’intérêt », sites participatifs relevant du web 2, que sont notamment Youtube et Dailymotion, « ceux consistant à assurer, pour mise à disposition du public par des services de communication au public en ligne, le seul stockage de signaux audiovisuels fournis par des destinataires de ces services », services fournis par des hébergeurs au sens de l’article 6 de la loi du 21 juin 2004 pour la confiance en l’économie numérique, enfin, « ceux dont le contenu audiovisuel est sélectionné et organisé sous le contrôle d’un tiers », catégorie qui, au même titre que les deux précédentes, regroupe des services proposant des programmes dont la sélection et l’organisation ne sont pas contrôlées par leur éditeur.

[12] Les Français, qui se déplacent de plus en plus, gardent un lien fort avec la télévision en dehors de leur domicile. Plus de 96 % d’entre eux affirment regarder la télévision quand ils ne sont pas chez eux, selon un sondage par Tolona pour KRMédia. Ce sondage a été effectué du 12 au 17 juin 2009 auprès d’un échantillon national de 873 personnes âgées de 16 à 60 ans représentatif de la population française.

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REVUE DE PRESSE

Source : Article « La télévision du futur est à nos portes », extrait du quotidien La Croix, 14 novembre 2015.

Source : Article « La télévision du futur est à nos portes », extrait du quotidien La Croix, 14 novembre 2015.

Source : Article « L’envol de la télé sur mesure », extrait du quotidien Le Monde, 1 septembre 2015.

Source : Article « La télévision fait de l’œil à la génération smartphone », extrait du quotidien La Croix, 13 juin 2015.

Source : Article « La télévision fait de l’œil à la génération smartphone », extrait du quotidien La Croix, 13 juin 2015.

Source : Article « La télévision sur mobile se développe », extrait du quotidien Le monde, 7 juin 2015.

Source : Article « La télévision sur mobile se développe », extrait du quotidien Le monde, 7 juin 2015.

Source : Article « Des start-up pour aider la télévision à basculer dans le futur », extrait du quotidien La Tribune, 12 décembre 2014.

Source : Article « Des start-up pour aider la télévision à basculer dans le futur », extrait du quotidien La Tribune, 12 décembre 2014.

Source : Article « La Commission européenne lève le voile sur l'avenir des fréquences », extrait du quotidien Les échos, 1 septembre 2014.

Source : Article « La Commission européenne lève le voile sur l’avenir des fréquences », extrait du quotidien Les échos, 1 septembre 2014.

Source : Article « Démobilisation générale », extrait de l’hebdomadaire Télérama, 8 avril 2012.

Source : Article « Démobilisation générale », extrait de l’hebdomadaire Télérama, 8 avril 2012.

Source : Article « Jusqu'où ira la télévision interactive », extrait du quotidien Les échos, 10 juin 2014.

Source : Article « Jusqu’où ira la télévision interactive », extrait du quotidien Les échos, 10 juin 2014.

Télévision mobile personnelle : L’enterrement approche

Source : Article « Télévision mobile personnelle : L’enterrement approche », extrait du quotidien La Tribune, 16 janvier 2012.

TDF espère se relancer avec le multimédia mobile

Source : Article « TDF espère se relancer avec le multimédia mobile », extrait du quotidien La Tribune, 17 juin 2011.

La télévision mobile personnelle encore repoussée

Source : Article « La télévision mobile personnelle encore repoussée », extrait du quotidien Les Échos, 4 janvier 2011.

Le projet de télévision sur téléphone mobile à nouveau compromis

Source : Article « Le projet de télévision sur téléphone mobile à nouveau compromis », extrait du quotidien La Tribune, 20 octobre 2010.

Source : Article « La géolocalisation, nouvel eldorado de la pub », extrait du quotidien La Tribune, 1 octobre 2010.

Source : Article « La géolocalisation, nouvel eldorado de la pub », extrait du quotidien La Tribune, 1 octobre 2010.

La TMP prête à l’automne 2011

Source : Article « La TMP prête à l’automne 2011 », extrait du quotidien Le Figaro, 9 juin 2010.

Source : Article « La télévision mobile personnelle passera par TDF ou ne sera pas », extrait du quotidien Les Échos, 7 juin 2010.

Source : Article « La télévision mobile personnelle passera par TDF ou ne sera pas », extrait du quotidien Les Échos, 7 juin 2010.

Source : Article « La TMP pourrait opter pour une technologie américaine », extrait du quotidien Les Échos, 3 mai 2010.

Source : Article « La TMP pourrait opter pour une technologie américaine », extrait du quotidien Les Échos, 3 mai 2010.

Source : Article « TDF tente de débloquer la télévision sur mobile », extrait du quotidien La Tribune, 23 avril 2010.

Source : Article « TDF tente de débloquer la télévision sur mobile », extrait du quotidien La Tribune, 23 avril 2010.

La télévision mobile personnelle naît dans la douleur grâce à TDF et Virgin Mobile

Source : Article « La télévision mobile personnelle naît dans la douleur grâce à TDF et Virgin Mobile », extrait du quotidien Les Échos, 23 avril 2010.

Source : Article « Le CSA dans l’impasse sur la RNT et la TMP », extrait du quotidien Les Échos, 1 avril 2010.

Source : Article « Le CSA dans l’impasse sur la RNT et la TMP », extrait du quotidien Les Échos, 1 avril 2010.

Source : Article « Ultime tentative pour sauver la télévision sur téléphone mobile », extrait du quotidien La Tribune, 1 février 2010.

Source : Article « Ultime tentative pour sauver la télévision sur téléphone mobile », extrait du quotidien La Tribune, 1 février 2010.

L’État n’est pas prêt à donner les fréquences de la TNT mobile aux opérateurs

Source : Article « L’État n’est pas prêt à donner les fréquences de la TNT mobile aux opérateurs », extrait du quotidien La Tribune, 4 décembre 2009.

Source : Article « TV mobile : la solution satellite refait surface », extrait du quotidien La Tribune, 27 novembre 2009.

Source : Article « TV mobile : la solution satellite refait surface », extrait du quotidien La Tribune, 27 novembre 2009.

Télévision mobile : TDF propose de financer intégralement le réseau

Source : Article « Télévision mobile : TDF propose de financer intégralement le réseau », extrait du quotidien Les Échos, 12 octobre 2009.

Source : Article « La TV mobile en quête d’argent », extrait du quotidien La Tribune, 2 octobre 2009.

Source : Article « La TV mobile en quête d’argent », extrait du quotidien La Tribune, 2 octobre 2009.

Source : Article « Frédéric Mitterrand veut sa part du grand emprunt pour la TMP », extrait du quotidien Les Échos, 11 septembre 2009.

Source : Article « Frédéric Mitterrand veut sa part du grand emprunt pour la TMP », extrait du quotidien Les Échos, 11 septembre 2009.

Source : Article « La télévision mobile personnelle tarde à arriver dans les poches », extrait du quotidien Le Figaro, 5 août 2009.

Source : Article « La télévision mobile personnelle tarde à arriver dans les poches », extrait du quotidien Le Figaro, 5 août 2009.

La publicité sur mobile se professionnalise

Source : Article « La publicité sur mobile se professionnalise », extrait du quotidien La Tribune, 22 juillet 2009.

Télévision mobile : Ce que recommande le rapport Viguier

Source : Article « Télévision mobile : Ce que recommande le rapport Viguier », extrait du quotidien Les Échos, 9 juillet 2009.

Source : Article « NKM et Fillon relancent la télévision mobile », extrait du quotidien Le Figaro, 9 juillet 2009.

Source : Article « NKM et Fillon relancent la télévision mobile », extrait du quotidien Le Figaro, 9 juillet 2009.

Source : Article « Nathalie Kosciusko-Morizet n’exclut pas que la TMP ne soit pas lancée », extrait du quotidien Les Échos, 3 juillet 2009.

Source : Article « Nathalie Kosciusko-Morizet n’exclut pas que la TMP ne soit pas lancée », extrait du quotidien Les Échos, 3 juillet 2009.

Source : Article « Pas de solutions miracle pour la télévision sur téléphone mobile », extrait du quotidien La Tribune, 29 juin 2009.

Source : Article « Pas de solutions miracle pour la télévision sur téléphone mobile », extrait du quotidien La Tribune, 29 juin 2009.

Source : Article « Nouveaux scénarios pour développer la télévision sur mobile », extrait du quotidien Les Échos, 24 juin 2009.

Source : Article « Nouveaux scénarios pour développer la télévision sur mobile », extrait du quotidien Les Échos, 24 juin 2009.

Le CSA met la pression sur les chaînes candidates à la télévision mobile

Source : Article « Le CSA met la pression sur les chaînes candidates à la télévision mobile », extrait du quotidien Les Échos, 2 juin 2009.

Source : Article « La TMP est l’avenir de la télévision », extrait de la revue Stratégies, n° 1547, 28 mai 2009.

Source : Article « La TMP est l’avenir de la télévision », extrait de la revue Stratégies, n° 1547, 28 mai 2009.

Source : Article « Télévision mobile personnelle : Le plan de la dernière chance », extrait du quotidien Le Figaro, 18 mai 2009.

Source : Article « Télévision mobile personnelle : Le plan de la dernière chance », extrait du quotidien Le Figaro, 18 mai 2009.

La télévision sur mobile menacée d’écran noir

Source : Article « La télévision sur mobile menacée d’écran noir », extrait du quotidien Les Échos, 26 mai 2009.

Source : Article « Télévision mobile personnelle : le plan de la dernière chance », extrait du quotidien Le figaro, 18 mai 2009.

Source : Article « Télévision mobile personnelle : le plan de la dernière chance », extrait du quotidien Le figaro, 18 mai 2009.

Source : Article « La TV mobile d’Eutelsat et de SES Astra est mal partie », extrait du quotidien La Tribune, 15 mai 2009.

Source : Article « La TV mobile d’Eutelsat et de SES Astra est mal partie », extrait du quotidien La Tribune, 15 mai 2009.

Source : Article « La télévision mobile en panne », extrait de la revue Valeurs actuelles, 11 mai 2009.

Source : Article « La télévision mobile en panne », extrait de la revue Valeurs actuelles, 11 mai 2009.

Source : Article « Télé mobile : le plan présenté à Fillon », extrait du quotidien Le Figaro, 7 mai 2009.

Source : Article « Télé mobile : le plan présenté à Fillon », extrait du quotidien Le Figaro, 7 mai 2009.

Solution en vue pour débloquer la télévision mobile

Source : Article « Solution en vue pour débloquer la télévision mobile », extrait du quotidien La Tribune, 5 mai 2009.

La télévision sur mobile espère trouver son salut dans le satellite

Source : Article « La télévision sur mobile espère trouver son salut dans le satellite », extrait du quotidien Les Échos, 10 avril 2009.

Source : Article « Télé mobile : le CSA a édicté des règles intangibles », extrait du quotidien Le Figaro, 23 mars 2009.

Source : Article « Télé mobile : le CSA a édicté des règles intangibles », extrait du quotidien Le Figaro, 23 mars 2009.

Source : Article « Pour Cyril Viguier, médiateur sur la télévision mobile personnelle : Le pari de la TMP se gagnera sur la matinée », extrait du quotidien Le Figaro, 5 mars 2009.

Source : Article « Pour Cyril Viguier, médiateur sur la télévision mobile personnelle : Le pari de la TMP se gagnera sur la matinée », extrait du quotidien Le Figaro, 5 mars 2009.

NKM veut sortir de la télé mobile de l’impasse

Source : Article « NKM veut sortir de la télé mobile de l’impasse », extrait du quotidien Le Figaro, 4 mars 2009.

Source : Article « Les français boudent la future télévision sur mobile », extrait du quotidien Les Échos, 3 mars 2009.

Source : Article « Les français boudent la future télévision sur mobile », extrait du quotidien Les Échos, 3 mars 2009.

La télévision sur téléphone mobile a du mal à décoller

Source : Article « La télévision sur téléphone mobile a du mal à décoller », extrait du quotidien Le Monde, 26 février 2009.

Nathalie Kosciusko-Morizet veut lancer une télévision mobile allégée

Source : Article « Nathalie Kosciusko-Morizet veut lancer une télévision mobile allégée », extrait du quotidien Les Échos, 10 février 2009.

Source : Article « Une médiation pour débloquer la TV mobile », extrait du quotidien La Tribune, 28 janvier 2009.

Source : Article « Une médiation pour débloquer la TV mobile », extrait du quotidien La Tribune, 28 janvier 2009.

Source : Article « La télé sur mon mobile », extrait de la revue Le Monde Télévisions, 17-23 novembre 2008.

Source : Article « La télé sur mon mobile », extrait de la revue Le Monde Télévisions, 17-23 novembre 2008.

Source : Article « La télévision mobile personnelle est totalement en panne », extrait du quotidien Le figaro, 27 novembre 2008.

Source : Article « La télévision mobile personnelle est totalement en panne », extrait du quotidien Le figaro, 27 novembre 2008.

Télévision mobile par satellite : Nouveaux clients pour Alcatel-Lucent

Source : Article « Télévision mobile par satellite : Nouveaux clients pour Alcatel-Lucent », extrait du quotidien Les Échos, 18 janvier 2008.

Source : Article « La télévision mobile sera dans les poches fin 2008 », extrait du quotidien Le Figaro, 16 janvier 2008.

Source : Article « La télévision mobile sera dans les poches fin 2008 », extrait du quotidien Le Figaro, 16 janvier 2008.

Source : Article « 2008, année de la télévision mobile personnelle », extrait du quotidien L'humanité, 23 octobre 2007.

Source : Article « 2008, année de la télévision mobile personnelle », extrait du quotidien L’humanité, 23 octobre 2007.

Source : Article « La télévision mobile dans les poches pour fin 2008 », extrait du quotidien Le Figaro, 9 novembre 2007.

Source : Article « La télévision mobile dans les poches pour fin 2008 », extrait du quotidien Le Figaro, 9 novembre 2007.

La télévision de poche offrira seize chaînes

Source : Article « La télévision de poche offrira seize chaînes », extrait du quotidien Aujourd’hui en France, 9 novembre 2007.

Le CSA donne le coup d’envoi à la télévision sur mobile

Source : Article « Le CSA donne le coup d’envoi à la télévision sur mobile », extrait du quotidien Les Échos, 9 novembre 2007.

Source : Article « La bagarre pour la télévision mobile est lancée », extrait du quotidien Le Figaro, 29 octobre 2007.

Source : Article « La bagarre pour la télévision mobile est lancée », extrait du quotidien Le Figaro, 29 octobre 2007.

2008, année de la télévision mobile personnelle

Source : Article « 2008, année de la télévision mobile personnelle », extrait du quotidien L’humanité, 23 octobre 2007.

Les ambiguïtés de la télévision mobile

Source : Article « Les ambiguïtés de la télévision mobile », extrait du quotidien Les Échos, 1 octobre 2007.

Source : Article « Le téléphone mobile, support de choix pour les publicitaires », extrait du quotidien Le Monde, 25 septembre 2007.

Source : Article « Le téléphone mobile, support de choix pour les publicitaires », extrait du quotidien Le Monde, 25 septembre 2007.

On verra les J.O. de Pékin sur des écrans de poche

Source : Article « On verra les J.O. de Pékin sur des écrans de poche », extrait du quotidien Aujourd’hui en France, 25 septembre 2007.

Coup d’envoi à la TV sur mobile dans un certain scepticisme

Source : Article « Coup d’envoi à la TV sur mobile dans un certain scepticisme », extrait du quotidien Les Échos, 25 septembre 2007.

Hervé Novelli : La télé sur mobile générera 10 000 emplois

Source : Article « Hervé Novelli : La télé sur mobile générera 10 000 emplois », extrait du quotidien Le Figaro, 24 septembre 2007.

Cacophonie autour de la télévision mobile personnelle

Source : Article « Cacophonie autour de la télévision mobile personnelle », extrait du quotidien L’humanité, 23 août 2007.

Bruxelles pousse une norme unique de télévision mobile

Source : Article « Bruxelles pousse une norme unique de télévision mobile », extrait du quotidien Le Figaro, 18 juillet 2007.

Source : Article « Polémique sur le choix de la norme de diffusion de la télévision mobile », extrait du quotidien Le Monde, 18 juillet 2007.

Source : Article « Polémique sur le choix de la norme de diffusion de la télévision mobile », extrait du quotidien Le Monde, 18 juillet 2007.

Source : Article « Bruxelles d’accord pour aider la télévision mobile », extrait du quotidien La Tribune, 11 mai 2007.

Source : Article « Bruxelles d’accord pour aider la télévision mobile », extrait du quotidien La Tribune, 11 mai 2007.

Télévision sur mobile : Le soutien de Paris au projet d’Alcatel-Lucent critiqué

Source : Article « Télévision sur mobile : Le soutien de Paris au projet d’Alcatel-Lucent critiqué », extrait du quotidien Les Échos, 13 juin 2007.

Source : Article « La télévision haute définition va s’installer sur les mobiles », extrait du quotidien Les Échos, 10 avril 2007.

Source : Article « La télévision haute définition va s’installer sur les mobiles », extrait du quotidien Les Échos, 10 avril 2007.

Source : Article « Télévision mobile : équilibre précaire entre télécoms et TV », extrait du quotidien Le Figaro, 27 mars 2007.

Source : Article « Télévision mobile : équilibre précaire entre télécoms et TV », extrait du quotidien Le Figaro, 27 mars 2007.

La TV mobile personnelle, faux ami de la TNT

Source : Article « La TV mobile personnelle, faux ami de la TNT », extrait du quotidien La Tribune, 7 mars 2007.

Télévision mobile personnelle : les clés du succès auprès du grand public

Source : Article « Télévision mobile personnelle : les clés du succès auprès du grand public », extrait du quotidien Le Figaro, 8 février 2007.

Source : Article « La radio cherche à se marier avec la télévision mobile », extrait du quotidien Le Figaro, 19 décembre 2006.

Source : Article « La radio cherche à se marier avec la télévision mobile », extrait du quotidien Le Figaro, 19 décembre 2006.

Source : Article « La télévision sur les mobiles arrive en 2007 », extrait du quotidien Le Figaro, 9-10 décembre 2006.

Source : Article « La télévision sur les mobiles arrive en 2007 », extrait du quotidien Le Figaro, 9-10 décembre 2006.

Source : Article « Loi audiovisuelle : Accord médias-télécoms sur la télévision mobile », extrait du quotidien Les Échos, 24 novembre 2006.

Source : Article « Loi audiovisuelle : Accord médias-télécoms sur la télévision mobile », extrait du quotidien Les Échos, 24 novembre 2006.

L’Italie, pionnière en Europe de la télévision mobile avec Tre

Source : Article « L’Italie, pionnière en Europe de la télévision mobile avec Tre », extrait du quotidien Le Figaro, 10 octobre 2006.

Source : Article « La télévision mobile se branche sur le satellite », extrait du quotidien Les Échos, 4 octobre 2006.

Source : Article « La télévision mobile se branche sur le satellite », extrait du quotidien Les Échos, 4 octobre 2006.

La publicité sur mobile décolle enfin

Source : Article « La publicité sur mobile décolle enfin », extrait du quotidien Les Échos, 3 octobre 2006.

La téléphonie mobile flirte avec la télévision au Japon

Source : Article « La téléphonie mobile flirte avec la télévision au Japon », extrait du quotidien La Tribune, 27 décembre 2005.

Corée : La télévision sur les téléphones mobiles démarre

Source : Article « Corée : La télévision sur les téléphones mobiles démarre », extrait du quotidien Les Échos, 24 novembre 2005.

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QUEL RÉGIME APPLICABLE À LA PUBLICITÉ TÉLÉVISÉE, AU PARRAINAGE TÉLÉVISÉ ET AU TÉLÉACHAT ?

La publicité sur la télévision mobile devra prendre acte de la libéralisation des régimes de publicités télévisées [1], de parrainage [2] et de téléachat [3] au niveau communautaire avec l’adoption de la directive Services de médias audiovisuels du 17 décembre 2007, le Gouvernement a souhaité assouplir certaines dispositions du décret n° 92-280 du 27 mars 1992 [4].

En outre, ces spots devraient continuer à être diffusés dans des écrans publicitaires annoncés par des jingles suivant les dispositions de l’article 14 du décret du 27 mars 1992 [5].

La principale modification intéresse les durées de programmes publicitaires. A été entériné, pour les services de télévision privée, le passage de l’heure glissante à l’heure d’horloge – méthode de calcul plus favorable aux services – qui s’entend d’une « période de soixante minutes successives commençant à la minute zéro et finissant à la minute cinquante-neuf ». La durée maximale de publicité reste fixée à 12 minutes pour une heure donnée. La durée moyenne quotidienne quant à elle a été portée de 6 à 9 minutes pour les services à vocation nationale diffusés par voie hertzienne terrestre, notamment TF1 et M6, et abolie pour les autres services de télévision privés. Selon les services de l’Union européenne, cette modération profitera au secteur de l’audiovisuel car elle renforcera sa base économique et les échanges intracommunautaire (uniformisation de la durée des programmes) et, en substance, ce surcroît de revenus permettra de contribuer à la création et, de fait, à la diversité culturelle.


Notes :

[1] On entend par « publicité télévisée », toute forme de message télévisé, que ce soit contre rémunération ou paiement similaire, ou de diffusion à des fins d’autopromotion par une entreprise publique ou privée dans le cadre d’une activité commerciale, industrielle ou artisanale ou d’une profession libérale dans le but de promouvoir la fourniture, moyennant paiement, de biens ou de services, y compris les biens immeubles, ou de droits et d’obligations.

[2] On entend par « parrainage » toute contribution d’une entreprise publique ou privée, n’exerçant pas d’activités de radiodiffusion télévisuelle ou de production d’œuvres audiovisuelles, au financement de programmes télévisés, dans le but de promouvoir son nom, sa marque, son image, ses activités ou ses réalisations.

[3] On entend par « télé-achat », la diffusion d’offres directes au public en vue de la fourniture, moyennant paiement, de biens ou de services, y compris les biens immeubles, ou de droits et d’obligations.

[4] Décret n° 2008-1392 du 19 décembre 2008 modifiant le régime applicable à la publicité télévisée, au parrainage télévisé et au téléachat, JO du 24 décembre 2008.

[5] L’article 14 du décret du 27 mars 1992 indique que « les messages publicitaires ou les séquences de messages publicitaires doivent être aisément identifiables comme tels et nettement séparés du reste du programme, avant comme après leur diffusion, par des écrans reconnaissables à leurs caractéristiques optiques et acoustiques ».

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ET A L’ÉTRANGER ?

EN ALBANIE :

En Albanie, la société « DigitALB » a lancé depuis le 20 décembre 2006, un service de télévision mobile en DVB-H. Un réseau de 24 émetteurs (de 150W à 2kW) couvre 65 % de la surface du pays dont la capitale, Tirana. Le service propose gratuitement un bouquet de seize chaînes.

EN ALLEMAGNE :

En Allemagne, la société Mobiles Fernsehen Deutschland (MFD) a lancé en juin 2006, à l’occasion de la Coupe du monde de football, une offre commerciale de télévision mobile (nommée Watcha) à la norme T-DMB. MFD s’appuie sur une licence nationale lui donnant accès à un canal de 1,5 MHz sur les 16 Länder. L’offre Watcha, commercialisée par les opérateurs Debitel, Mobilcom et MFD et disponible sur 16 grandes villes allemandes, propose un accès à 5 services de télévision (les chaînes de télévision publiques Eins et ZDF, la chaîne d’informations N24, la chaîne de divertissements PRO7/SAT1 et la chaîne musicale MTV) et une radio à partir de 5 euros par mois. Nokia, Philips, Universal Studios Network Deutschland et Vodaphone ont mené une coopération expérimentale à Berlin autour du projet BMCO (Broadcast Mobile Convergence), plate-forme de convergence des contenus vers les terminaux mobiles. Les tests ont été initiés en août 2003 au moment du démarrage de la TNT. Le projet a testé techniquement la transmission du DVB-H dans un multiplexe DVB-T. Après une première phase pilote, jusqu’en septembre 2004, des essais commerciaux ont eu lieu jusqu’en mars dernier. En outre, des expérimentations de télévision mobile en Allemagne ont été lancées à la norme DVB‑H en mai 2006 : les quatre opérateurs de télécommunications Vodafone, T-Mobile, O2 et E‑Plus se sont ainsi associés pour proposer sur 4 villes une offre comprenant jusqu’à 16 chaînes, pour un tarif mensuel compris entre 5 et 15 euros suivant les chaînes retenues.

EN AUTRICHE :

La filiale de TDF, MEDIA BROADCAST, a remporté l’appel à candidatures pour la diffusion du multiplexe national DVB-H en Autriche. Le service a été lancé le 5 juin 2008 pour la Coupe d’Europe de football dans les quatre villes d’accueil : Vienne, Salzbourg, Innsbruck, Klagenfurt. Le réseau a été étendu aux agglomérations d’Eisenstadt, Graz, Linz et St. Pölten et devrait atteindre un taux de couverture de 50 % de la population en 2009.

EN CORÉE DU SUD :

La Corée du Sud a été le premier pays du monde à proposer en mai 2005, deux offres de services de télévision mobile.

– La première offre provient de la société TU Média, détenue à 40 % par l’opérateur de télécommunications SK Télécom. Cette offre payante est construite à partir d’un système hybride satellitaire et terrestre à la norme S‑DMB (Satellite Digital Multimedia Broadcasting). Elle comprend un bouquet d’une douzaine de chaîne et d’une trentaine de radios, qui couvre environ 90 % de la population sud coréenne. Cette offre payante n’a pas obtenu l’adhésion escomptée initialement par TU Média, qui estime le seuil de rentabilité du service à 4,5 millions d’abonnés. Toutefois, l’offre a progressé.

– La deuxième offre, gratuite quant à elle, est proposée par un consortium regroupant 6 opérateurs de la norme T-DMB, à partir d’un réseau terrestre. Le bouquet est constitué de 7 chaînes de télévision, de 18 radios et de 6 flux de données interactifs. La rémunération des infrastructures de réseau, déployées par les éditeurs, est assurée par les équipementiers et les opérateurs télécoms, qui reversent 5 % du chiffre d’affaires issu de la vente des terminaux (à hauteur toutefois de 5 millions de récepteurs vendus). Cette offre gratuite rencontre un grand succès puisque elle comptait 8,2 millions d’utilisateurs en novembre 2007 et la grande majorité des terminaux téléphoniques vendus en Corée du Sud permettent de recevoir les services de TMP à la norme T-DMB. LG (numéro 4 mondial) détenant 55 % du marché. Le reste allant à Samsung (numéro 2 mondial).

En 2009, 6,3 millions de Coréens utilisent ainsi la télévision mobile [1].

EN CÔTE D’IVOIRE :

Depuis le premier trimestre 2009, trois opérateurs de services, la société de téléphonie mobile MTN Côte d’Ivoire, le diffuseur d’émission par câbles CanalSat Horizons et l’intégrateur de solutions Monicash viennent de lancer « MTN Mobile TV », pour un millier d’abonnés aux services de CanalSat Horizons et de MTN. Ils ont accès à une demi-douzaine de chaînes de télévision (dont TV5 Monde et France 24) et une radio, disponibles sur le bouquet du diffuseur de contenu, CanalSat Horizons. Les prévisions tablent pour la première année sur une moyenne de 3 000 abonnés.

AUX ÉTATS-UNIS D’AMÉRIQUE :

Aux États-Unis, la Federal Communication Commission américaine (FCC) a décidé depuis octobre 2004 de libérer 20 MHz de fréquence pour favoriser les expérimentations de vidéo à destination des mobiles, ou d’accès à l’Internet haut débit sans fil. Cette expérimentation explore ainsi les possibilités laissées par la norme DVB-H de recourir à une canalisation de 5 MHz, un réseau indépendant du réseau TNT et des fréquences situées en bande L.

S’appuyant sur la technologie de diffusion MediaFlo [2] de la société Qualcomm[3], l’opérateur Verizon Wireless a lancé V CastMobile TV depuis février 2007 une offre de services de télévision mobile dans 64 grandes villes américaines [4]. L’offre est accessible à partir de 9 €/mois pour un accès à 4 chaînes [5] et 10,5 €/mois pour 11 chaînes [6]. V CastMobile TV aurait attiré en mai 2008 moins de 100 000 abonnés. En outre, AT&T Mobility a ouvert en mai 2008 ses services à partir de la même norme.

Par ailleurs, la société Modeo (ex Crown Castle [7]), qui avait piloté depuis 2 ans des expérimentations à la norme DVB-H en bande L à Pittsburgh (Pennsylvanie) et à New-York City (New-York), en partenariat avec Nokia et la société française DiBcom, et prévoyait de lancer ses offres commerciales cette année, a annoncé en juillet 2007 qu’elle se retirait du marché de la télévision mobile.

EN INDE :

Depuis mai 2007, la société Doordarshan offre un service de télévision mobile. Cinq émetteurs NEC (5 kW) couvrent sur un rayon de dix kilomètres la ville de New Delhi. L’offre gratuite est composée d’un bouquet de huit chaînes (DD 1, DD News, DD Bharati, DD Sports, DD Urdu, DD Bangla, DD Punjabi et DD Podhigai Tamil).

EN ITALIE :

En Italie, l’opérateur Tre (« 3 ») propose depuis mai 2006 (en prévision de la Coupe du monde de football, dont il détenait les droits de retransmission) une offre de services de télévision mobile à la norme DVB-H, suite au rachat des fréquences du diffuseur et éditeur d’une chaîne nationale Canale 7 disposant d’une licence de télévision numérique. Le réseau est aujourd’hui déployé sur plus d’une centaine de villes, couvrant près de 80 % de la population. L’accès au bouquet de 12 chaînes [8]. est proposé selon des formules d’abonnement à la journée (3 euros), la semaine (9 euros), le mois (19 euros) ou le trimestre (29 euros).

Tre revendiquait environ 600 000 abonnés en mai 2007, 800 000 en mai 2008 à l’une de ces formules, loin des objectifs initiaux de l’opérateur lors du lancement. Ce bilan mitigé peut s’expliquer par les raisons suivantes :

– d’une part, la réception des services de TMP est pratiquement impossible à l’intérieur des bâtiments, ce qui limite son intérêt ;

– d’autre part, les formules prépayées constituent en Italie 90 % des souscriptions à la téléphonie mobile, et de ce fait les terminaux ne font pas l’objet de subventions, contrairement à la France. Le coût d’accès au terminal TMP est donc encore élevé et n’a pas permis jusqu’à présent l’émergence d’un véritable marché de masse.

Par ailleurs, Tim-Telecom Italia et Vodafone Italia, après avoir conclu des accords avec Mediaset pour disposer d’un des deux multiplexes dont Mediaset est titulaire, ont lancé des services de télévision mobile au début du mois de septembre 2006 sur un réseau DVB-H distinct de celui de Tre. Les premiers résultats semblent là aussi relativement décevants. Première à s’être lancée, l’Italie a compté cet été, à l’occasion de la coupe du monde de football, 111 000 clients en six semaines. « Les Italiens prévoient 7 millions d’utilisateurs et 3 milliards de revenus à l’horizon 2011 », avance allègrement Emmanuel FOREST, directeur général adjoint de Bouygues Telecom.

AU JAPON :

Au Japon, une offre de télévision mobile gratuite, dénommée One-Seg, a été lancée le 1er avril 2006. Cette offre utilise le réseau de la TNT à la norme ISDB‑T [9], qui couvre 79 % de la population. Si le bouquet se limite aujourd’hui aux chaînes de la TNT, les éditeurs et les opérateurs de télécommunications [10]. souhaitent développer de nouveaux services rémunérateurs, liés notamment à l’interactivité permise par l’accès à Internet. Véritable engouement populaire, 20 millions de terminaux mobiles équipés du tuner One-Seg ont été commercialisés, et les estimations en prévoient 31 millions en 2011.

En matière de publicité, nous retrouvons au Japon des services de publicités innovantes et géo-localisées :

– Le logiciel « Seeker Wireless » propose aux opérateurs télécoms et aux prestataires de services mobiles, une plateforme permettant de diffuser des messages publicitaires sur des zones géographiques de l’ordre de 100 mètres de côté.

– Dentsu, a commencé de proposer aux chaînes de télévision diffusées sur la TNT mobile un système de liens interactifs géo-localisés pour accompagner la diffusion des programmes. Les bannières et informations apparaissant sous les images vidéo sont dépendantes du lieu où se trouve le téléspectateur, tout comme le contenu des sites mobiles auxquels ces liens renvoient. L’annonceur ne paye qu’en fonction du nombre de clics (ou d’appels reçus).

– Le service Ekitan ne tient non seulement compte de la situation géographique mais également de ses déplacements prévus. Ainsi l’individu qui se rend de Nihonbashi à Shinjuku (distants de 10 kilomètres au cœur de Tokyo), se verra proposer des réclames pour les commerces de Shinjuku (sa destination) plutôt que des annonces concernant les boutiques de Nihonbashi (son point de départ). Le service intégrera l’horaire et des types de rames (toutes stations, semi-rapides, rapides) que le voyageur est susceptible d’emprunter dans le créneau horaire. Les annonces publicitaires sont donc en adéquation avec les gares desservies par le train de l’utilisateur.

AU MAROC :

Au Maroc, depuis le 21 mai 2008, la Société Nationale de Radiodiffusion et de Télévision (SNRT), associée au constructeur de téléphonie Nokia, a lancé le service de télévision mobile grâce à la technologie DVB-H [11]. Le bouquet de chaînes proposé gratuitement comprend deux chaînes généralistes et trois chaînes thématiques du pôle public audiovisuel [12]. Lors de la cérémonie de lancement, en présence du ministre de la Communication, porte-parole du Gouvernement, Fayçal Laraïchi, le président-directeur général de la SNRT, a indiqué que de nouveaux services (mini-chaînes, applications locales) seront créés prochainement mais payants. Ce service est actuellement disponible dans cinq zones urbaines : Dar el-Beida (Casablanca), Rabat-salé, Tanger, Meknès et Oujda. L’extension de la couverture se réalisera progressivement avec l’extension du réseau de la TNT, le système analogique étant abandonné en 2015 dans l’ensemble du Maroc.

EN NORVÈGE :

En Norvège, MiniTV [13] a lancé un petit bouquet TMP, de six chaînes vidéo [14] diffusées dans le standard DMB [15] et quinze radios diffusées en DAB. La zone de couverture est pour l’instant limitée à la capitale, Oslo, et ses environs par quatre émetteurs. Aucune date n’ayant été fixée pour une diffusion plus large. Il est prévu de lancer d’ici la fin de l’année des services interactifs, des infos trafic et des programmes à la demande. Normalement, les chaînes publiques du diffuseur NRK resteront gratuites tandis les autres chaînes TV2 et MTG pourront instaurer un modèle crypté payant.

AU PAYS-BAS :

Aux Pays-Bas, l’opérateur national KPN a lancé en juin dernier son offre de 10 chaînes, au tarif relativement élevé de 10 €/mois. Plusieurs terminaux ont été lancés à cette occasion sur le marché néerlandais, dont certains capables de gérer le « time shifting » (visionnage en léger différé d’un programme) ou encore le « split-screen » (permettant de regarder deux services de télévision en même temps).

EN POLOGNE :

Depuis septembre 2009, l’opérateur Info-TV-FM propose la TMP gratuitement dans une dizaine de villes dont Varsovie, Poznan, Cracovie, Łódz, Lublin, Katowice, Słupsk, Gorzów, Zielona Góra et Elbląg. Au total, plus de 5,5 millions de personnes peuvent, en théorie, bénéficier des programmes de la télévision mobile sous réserve d’être équipés d’un terminal compatible avec le standard DVB-H. Or ces terminaux en question coûte relativement cher et reste très difficile à trouver en Pologne. Par ailleurs, le Conseil polonais de la Concurrence et de la Protection des Consommateurs (UOKiK) a annoncé le 26 septembre 2010 l’ouverture d’une enquête contre les quatre opérateurs de téléphonie mobile (Era, Orange, Plus et Play), accusés d’entente illicite visant à compromettre le développement de la TMP. Des perquisitions ont eu lieu aux sièges de Polkomtel et de Polska Telefonia Cygrowa.

AU ROYAUME-UNI :

Au Royaume-Uni, Virgin Mobile propose une offre de services de télévision et radio numérique au tarif de 7,5 €/mois depuis la fin d’année 2006, à partir du réseau de diffusion « Movio » de l’opérateur national British Telecom (BT) à la norme DAB, qui couvre 80 % de la population. L’offre se limite en matière de télévision à la diffusion de 4 services : BBC1, ITV, Channel 4, et E4. Toutefois, fin juillet 2007, au vu des résultats très décevants de cette offre (10 000 abonnés seulement), BT décidait de mettre un terme au partenariat avec Virgin Mobile, obligeant ce dernier à mettre fin à son service.

EN SUISSE :

En Suisse, la Commission fédérale de la communication (ComCom) a octroyé une concession nationale de dix ans à Swisscom Broadcast SA. Cette société a lancé la Bluewin TV Mobile en juin 2008, à l’occasion du championnat d’Europe de football, dans quatre régions [16]. Elle offre une vingtaine de services sur l’ensemble du territoire suisse proposée à 8 €/mois. Par manque d’appareils équipés en tuner DVB-H sur le marché, Bluewin TV Mobile s’est arrêté en avril 2010. Il a été remplacé par Swisscom TV Air qui utilise les réseaux Wifi et 3G (en concurrence avec les services Wattoo et Wilma). On estimait que plus de 44 % de la population était couverte par la TMP en DVB-H à la fin de l’année 2008 et 60 % en 2012.


Notes :

[1] Nous verrons sur ce sujet les articles : « L’Asie se pose en premier de la classe », revue CB News, n° 958, 25 février 2008 ; « Télévision : Le coréen LG a deux ans d’avance », revue Capital, mars 2008, p. 80.

[2] Qualcomm avait acquis en juin 2003 pour 38 millions de dollars le canal UHF 55 (716 – 722 MHz), au cours d’enchères lancées par la FCC. Sur la bande UHF 700 Mhz (bande passante de 6 MHz), la technologie MediaFlo (Media Forward Link Only) permet de délivrer 25 images à la seconde, au format QVGA en MPEG-4 (320 x 240 pixels, 25 images par seconde), avec un zapping de 2 secondes entre les chaînes.

[3] La société Qualcomm est l’une des spécialistes de la technologie américaine de téléphonie cellulaire CDMA. Elle possède de très nombreux brevets dans ce domaine, dont elle a vendu les licences d’exploitation à plus de 65 équipementiers dans le monde. Cette société a également conçu une plate-forme d’applications mobiles (Brew), et développe des solutions de géo localisation.

[4] Little Rock, Phoenix, Tucson, Los Angeles, Palm Springs, San Diego, San Luis Obispo, Santa Barbara, Washington, Colorado Springs, Denver, Fort Collins, Jacksonville, Ocala-Gainesville, Orlando, Tampa, Athens, Atlanta, Chicago, Indianapolis, Kansas City, Topeka, Wichita, Lafayette, New Orleans, Annapolis, Baltimore, Detroit, Grand Rapids, Minneapolis-St. Paul, Kansas City, St. Louis, Omaha-Lincoln, Las Vegas, Reno, Albuquerque-Santa Fe, Las Cruces, New York City, Rochester, Syracuse, Cincinnati, Columbus, Dayton, Toledo, Corvallis, Eugene, Portland, Philadelphia, Pittsburgh, Charleston, Chattanooga, Memphis, Nashville, Corpus Christi, Dallas-Fort Worth, El Paso, McAllen-Brownsville, Provo, Salt Lake City, Norfolk-Richmond, Bellingham, Seattle, Spokane, Everett.

[5] Fox Mobile, NBC, NBC News et CBS Mobile.

[6] CBS Mobile, Comedy Central, ESPN, ESPN Radio, Fox Mobile, MTV, MSNBC, NBC, NBC News, Nickelodeon, TR3S.

[7] La société Crown Castle avait remporté aux enchères, pour un montant de 12 millions de dollars, une licence exclusive lui permettant d’exploiter une bande de fréquence d’une largeur de 5 MHz, située en bande L, précédemment utilisée pour les ballons sondes et les liaisons descendantes de satellites météorologiques. Elle avait également réalisé un partenariat avec la plateforme satellite SES Americom, dans le but d’alimenter, à partir du satellite AMC-9 et en bande Ku, des sites d’émissions DVB-H qu’elle souhaitait déployer sur le continent américain.

[8] Chaînes de la RAI, du groupe Mediaset, de Sky, ainsi que 2 chaînes éditées directement par Tre : Tre Sport et Tre Live (chaîne d’information).

[9] La norme ISDB-T permet la diffusion de services de télévision mobile sur un segment temporel, les 12 autres segments assurant la diffusion des services de la TNT.

[10] NTT DoCoMo, KDDI, Vodafone et Softbank.

[11] Dans une déclaration à la MAP, Serge FERRE, vice-président de Nokia, a indiqué que le choix de cette technologie constituait « un signal fort » qui témoigne de la capacité du Maroc à être en phase avec les dernières nouveautés survenues en matière de télévision mobile.

[12] TVM Al Aoula (première chaîne de télévision marocaine), 2M, Arryadia (chaîne consacrée au sport), Arrabia (chaîne dédiée à la culture et au soutien scolaire) et Assadissa (chaîne à vocation religieuse).

[13] Le service de TMP MiniTV est géré par la NMTV (Norwegian Mobile TV Corporation), une co-entreprise comprenant les trois grands diffuseurs norvégiens NRK, TV 2 et MTG. La licence de MiniTV est valable depuis juillet 2011.

[14] On y retrouve les chaînes NRK1, NRK2, NRK3, TV 2, TV 2 News 24 et Viasat TV 3.

[15] Le choix du DMB a été préféré par le ministère de la Culture norvégien au format DVB-H choisi par l’Union européenne.

[16] Bâle, Berne, Zurich et Genève.

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QUELS TÉLÉSPECTATEURS ?

Deux types d’utilisateurs sont visés par la télévision mobile :

– Les moins de 25 ans : Urbains et étudiants, ils ont intégré les usages numériques [1] et adoptent en premiers toutes nouveautés. Ils sont de plus habitué à consommer des services sur des écrans de petite taille (multimédia mobile, jeux vidéo, plate-forme vidéo). Malgré un pouvoir d’achat actuel limité (736 € par an [2]), ils seront la force d’achat des nouveaux supports dans les années 2015-2025.

– Les 30 à 40 ans : Technophiles, très urbains et actifs. Ils sont intéressés par des services qui leur font gagner du temps (informations, proximités). Cette catégorie croîtra en fonction du choix de modèle économique. Comme le sociologue Bruno LATOUR le préconise, si l’option de la gratuité est adoptée, elle contribuera à rendre le profil technophile de moins en moins clivant [3].

Source : TF1 Publicité.

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La valeur d’usage de l’offre de télévision mobile est très grande car elle satisfait le désir exprimé par un public cible, la clientèle masculine, qui représente près des deux tiers des inscrits aux offres « unicast », de retrouver l’univers télévisuel en tout lieux et tout temps.


Notes :

[1] D’après l’enquête « Consojunior 2008 » de TNS Media Intelligence, 65 % des 12-15 ans et 89 % des 16-19 ans ont un téléphone mobile ; 35 % des 12-15 ans et 42 % des 16-19 ans ont un poste téléviseur dans leur chambre ; 49 % des 12-15 ans et 53 % des 16-19 ans visionnent des vidéos sur Internet.

[2] Revue Points de vente, n° 1025 du 19 mai 2008, p. 29.

[3] Propos tenus en 2007 lors d’un séminaire au laboratoire des usages d’Orange Labs.

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QUELLES PÉRIODES DE VISIONNAGES ?

En termes d’horaires, les heures de pointe de la télévision mobile se situent le matin pendant le trajet pendulaire pour se rendre au travail (8h00-10h00), en mi journée après le repas (13h00-14h00) et le soir au cours du trajet de retour au domicile (17h30-21h00). Les périodes de visionnages se focalisent lors de courtes pause (mi-matinée, milieu d’après-midi, situation d’attente et de rendez-vous). Les journées du samedi et du dimanche apparaissent clairement comme les journées possédant les plus fortes audiences. Le week-end, les usages à domicile sont plus nombreux et se répartissent entre le début d’après-midi et le soir très tard.

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COMMENT QUANTIFIER LE BINÔME PROGRAMME-UTILISATEUR ?

La télévision mobile ouvre le champ à de nouvelles méthodes de mesure de l’audience et de rémunération des annonceurs. Outil essentiel et enjeu pour toute la profession publicitaire car ces données dictent les tarifs des espaces (détermination du « juste prix »). Ce calcul reposera sur une solution hybride entre mesure de téléphonie mobile, de télévision mobile et d’Internet mobile. Elle comprendra :

  • Une approche exhaustive, par le traitement automatique des connexions des utilisateurs (aux guides de programmes, aux applications, à l’Internet mobile ou à la mise en marche du terminal). L’annonceur paie de plus en plus le contact utile, à savoir celui qui mène au clic sur son site Internet mobile, une manière qui se confirme par le choix de la firme Google, en acquérant au prix de 503 M€ en action la société AdMob [1]. Il en est de même des objectifs des bourses d’échanges ou plateformes publicitaires iAd d’Apple [2], du rachat d’Enpocket par Nokia et des accords stratégiques des filiales de Publicis (Phonevalley et Microsoft Mobile Advertising, Vivaki et Google). Tous visant à créer des solutions sur-mesure pour les annonceurs présents sur l’Internet mobile.
  • Une approche par panel, pour donner le temps de consommation et le profil des utilisateurs. C’est la méthode traditionnellement utilisé pour la télévision par le Médiamat [3] depuis le 2 janvier 1989 et le MédiaCabSat depuis le 28 août 2001.

C’est en multipliant et en croisant ce type d’investigations que les études mercatiques de ce nouveau média seront pertinentes et précises.

Tableau explicatif des données à acquérir :

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LES NORMES TECHNIQUES DE DIFFUSION BROADCAST : L’ARRÊTÉ DU 24 SEPTEMBRE 2007

Suite à une consultation menée auprès de la Direction générale des médias et des industries culturelles (DGMIC, ex DDM), de la Direction générale de la compétitivité, de l’industrie et des services (DGCIS, ex DGE), du CSA et de l’ARCEP [1], un arrêté technique fixant les caractéristiques de diffusion des services de Télévision mobile personnelle a été convenu. Ce texte retient les normes DVB-H et DVB-SH dont les signalétiques visuelles sont les suivantes :

L’arrêté technique fut signé conjointement entre Christine LAGARDE, ministre de l’Economie, des Finances et de l’Emploi, Christine ALBANEL, ministre de la Culture et de la Communication, et Hervé NOVELLI, secrétaire d’État chargé des Entreprises et du Commerce extérieur et publié au J.O. le 24 septembre 2007. Il avait été préalablement notifié à la Commission européenne en mai 2007, sans susciter de réelles difficultés.

 

Pour la bande de fréquences UHF [2], l’utilisation de la norme européenne de diffusion terrestre Digital Video Broadcast [3] – Handheld (DVB-H), déclinaison de la norme de la TNT (DVB-T) a été retenue. Le choix de cette norme, soutenue de manière constante par le Forum TV Mobile [4] devenu Forum Médias Mobile, s’est trouvé de plus conforté par la Commission européenne qui l’a inscrit, le 17 mars 2008, comme norme de l’Union sous la référence EN 302 304.

La norme DVB-H introduit trois nouveautés par rapport au DVB-T :

  • Le flux de données n’est plus transmis de manière continue, mais en rafales, découpées dans le temps (ce mécanisme s’appelle le « time slicing »). Ainsi, le terminal mobile reste inactif la plupart du temps, et ne s’éveille que lors de la réception d’une rafale, divisant ainsi sa consommation d’énergie par 10 ;
  • Un code de correction d’erreurs plus robuste a été introduit, le MPE-FEC (Multi Protocol Encapsulation – Forward Error Correction). Ce mécanisme permet d’assurer une meilleure qualité de services lors d’une réception à vitesse élevée (< 200 km/h), ou lors du changement de cellule de réception ;
  • Une modulation 4K a été introduite. Ce mode optionnel permet un compromis entre le mode 2K du DVB-T (vitesse élevée possible, mais zone de couverture réduite) et le mode 8K (vitesse plus faible, pour une couverture plus grande). Cette modulation permet une compatibilité plus forte avec un réseau DVB-T, un même multiplexe pouvant accueillir les deux normes.

La conception de la norme DVB-H à partir de la norme de la télévision numérique terrestre DVB-T :

Source : « Évolution de la télévision numérique et les implications sur la gestion du spectre attribué au service de radiodiffusion », séminaire régional sur la télévision numérique UIT- ARPT, 4 et 5 décembre 2007.

Source : « Évolution de la télévision numérique et les implications sur la gestion du spectre attribué au service de radiodiffusion », séminaire régional sur la télévision numérique UIT- ARPT, 4 et 5 décembre 2007.

Les paramètres des différents modes de transmission OFDM possibles de la DVB-H :

Paramètres OFDM Mode de transmission 2K Mode de transmission 4K Mode de transmission 8K (préconisation du Forum Médias Mobile)
Porteuses globales (taille FFT) 2 048 4 096 8 192
Porteuses modulées 1 705 3 409 6 817
Porteuses utiles 1 512 3 024 6 048
Durée de symbole OFDM (µS) 224 448 896
Intervalle de garde (µS) 7, 14, 28, 56 14, 28, 56, 112 28, 56, 112, 224
Espacement entre porteuses (kHz) 4 464 2 232 1 116
Distance maximale entre les émetteurs et répétiteurs 17 km 33 km 67 km

Source : Tableau extrait de l’ouvrage de Michael KORNFELD et Ulrich REIMERS, DVB-H, the emerging standard for mobile data communication, Institut des techniques de Communications de Brunswick, janvier 2005. En comparaison du mode de diffusion de la TNT, la distance maximale entre les émetteurs est relativement faible. L’adage « Sur une zone réduite, il faut perdre en puissance pour gagner en qualité de réception » est mis en évidence.

D’autre part, pour la bande de fréquences à 2 GHz et seulement pour cette bande de fréquences [5], le DVB-SH, standard de diffusion hybride satellite et terrestre (norme ETSI EN 302 583) est autorisé. C’est une technologie que l’Agence de l’innovation industrielle a subventionné de manière partielle à hauteur de 38 millions d’euros [6]. Le DVB-SH a été la norme intégrante du projet de la société Solaris Mobile et du projet d’Alcatel dénommé Télévision mobile sans limite (TVMSL).

Suite aux différentes expérimentations dans la bande de fréquence UHF avec la technologie DVB-H et DVB-SH, plusieurs acteurs ont fait part de leur volonté de promouvoir le DVB-SH pour le réseau de diffusion terrestre. L’arrêté du 24 septembre 2007 laissant cette possibilité ouverte.

La norme DVB-SH s’est retrouvée spontanément valorisé :

  • Elle abaisse les frais d’investissement par deux [7]. Pour chacune des chaînes de télévision, il en coûtera ainsi 2,2 millions d’euros par mois pour couvrir 30 % de la population si elle emprunte un réseau DVB-SH au lieu de 4,4 millions pour un réseau DVB-H ;
  • Elle ne risque pas de brouiller un autre service ou d’être brouillée. Alors que le DVB-H dans la bande UHF (fréquence 730 – 750 MHz pour la TMP) risque de brouiller la TNT, le DVB-SH est au-delà des bandes Telco 2G/3G ;
  • Elle permet de réutiliser les structures déjà en place (antennes 3G, facilité des autorisations d’implantation) ;
  • Elle est une technologie adoptée par de nombreux acteurs économiques français : Alcatel-Lucent pour les émetteurs terrestres, DibCom [8] pour les démodulateurs (puces intégrables dans les terminaux mobiles), TeamCast pour les modulateurs, Sagem pour la conception des terminaux mobiles, TowerCast (réseau d’émetteurs terrestres), Eutelsat (opérateur de satellites dont la France est actionnaire).

 

Suite à l’annonce d’une offre par Télédiffusion de France (TDF) et Omer Télécom [9] (Virgin Mobile), la norme MediaFLO de Qualcomm Incorporated est revenue sur le devant de la scène. Moins coûteuse en termes de déploiement technique par rapport aux normes DVB-H/DVB-SH, elle offre l’avantage aux utilisateurs d’être répandu sur les terminaux mobiles et aux éditeurs de développer des services interactifs annexes (vote par service de messageries SMS notamment). Qualcomm serait en négociation avec TDF pour l’adoption de sa norme (« projet 360 degrés »), en échange d’une prise de participation à hauteur de 49 % dans le capital de MobMux (société de TDF) [10].

Le Gouvernement se retrouve ainsi au mois de juin 2011 face à trois problématiques majeures :

  1. valider une norme américaine, soumise aux royalties de la société Qualcomm (qui détient déjà la 3G américaine), au détriment de l’écosystème européen ;
  2. assumer les contestations légitimes des sociétés de l’Union ayant fondées leurs développements sur les normes DVB-H/DVB-SH ;
  3. attribuer des fréquences pour les récupérer ultérieurement, le temps que soit mise au point une nouvelle norme, telle que le DVB-NGH en 2014. Actuellement en phase de conception par le forum DVB, cette technologie faciliterait en théorie les passerelles avec le réseau 4G.

 


Notes :

[1] L’autorité de régulation des Communications et des Postes (anciennement ART) est un organisme français chargé de réguler les télécommunications ainsi que de réglementer le secteur des postes. Ses activités vont de la délivrance de permis pour réseaux indépendants à la sanction en cas d’infraction. Ses décisions relèvent pour partie du juge administratif et judiciaire (Cour d’appel de Paris). Elle règle aussi les litiges d’interconnexion et d’accès des opérateurs aux réseaux.

[2] La bande de fréquences UHF (Ultra High Frequencies) est comprises entre 300 MHz et 3 GHz. Elle correspondant à une longueur d’onde comprise entre 1 mètre et 10 centimètres. En France, la bande 470 – 830 MHz (canaux 21 à 65) est affectée au CSA (en tant que « service de radiodiffusion ») à titre exclusif et à l’ART (en tant que « service mobile ») à titre secondaire, avec utilisation limitée aux auxiliaires de radiodiffusion ; la bande 830 – 862 MHz (canaux 66 à 69) est affectée au ministère de la Défense (en tant que « service mobile ») à titre exclusif, avec utilisation possible pour la radiodiffusion par le CSA dans les conditions fixées par un accord entre le ministère de la Défense et le CSA.

[3] Le Digital Video Broadcasting est un consortium né en 1993, regroupant plus de 260 industriels mondiaux couvrant toute la chaîne audiovisuelle et développant des spécifications pour la télévision numérique qui sont ensuite normalisées par l’ETSI (European Telecommunications Standards Institute) ou le CENELEC (Comité Européen de Normalisation Électrotechnique). Les normes issues du DVB couvrent tous les vecteurs de diffusion de la télévision : le câble (DVB-C), le satellite (DVB-S et maintenant DVB-S2), le terrestre hertzien (DVB-T), la diffusion vers les terminaux mobiles (DVB-H), mais aussi la télévision interactive (MHP) et les services associés (sous-titrage, guide électronique des programmes, contrôle parental).

[4] Lancé le 23 novembre 2004 par Patrick DEVEDJIAN, alors ministre délégué de l’Industrie, le Forum TV mobile réunit plusieurs sociétés, actives sur l’ensemble de la chaîne de valeur : Opérateurs de téléphonie mobile, chaînes de télévision, diffuseurs hertziens et satellite, constructeurs de terminaux, réseaux, logiciels, créateurs de contenus et institut de mesure d’audience. On y retrouve Alcatel-Lucent, Alliance TICS, Allociné, Astra, BFM TV, Bouygues Telecom, DiBcom, Direct 8, Envivio, Eutelsat, Expway, France Télévisions, Groupe Canal +, Groupe Sporever, Irdeto, Iwedia Technologies, Lagardère, M6, Médiamétrie, Mediatvcom, Motorola, Nagravision, NDS, NRJ Group, Orange, Rohde & Schwarz, SACD, Sagem Communication, Samsung, SFR, Sopleased, Streamezzo, TDF, TF1, Thomson, Towercast (filiale de NRJ), UDcast, VDL et Vivendi (détenant SFR à 56 %).

[5] Le DVB-SH n’est autorisé par l’arrêté du 24 septembre 2007 qu’en bande S, et non en bande UHF. Une modification de cet arrêté est donc nécessaire, le cas échéant, en cas d’autorisation de cette norme en bande UHF.

[6] Le budget total de développement du projet est estimé à 98 millions d’euros.

[7] Estimation d’Olivier COSTE, président de la branche « Mobile Broadcast » d’Alcatel-Lucent, responsable de l’expérimentation de Pau menée entre juillet et décembre 2007, article « Alcatel-Lucent estime que le DVB-SH permet de diviser par deux les coûts de diffusion de la télévision mobile », revue La Correspondance de la Presse, 17 janvier 2008, p. 19.

[8] En septembre 2007, la société DibCom a débloquée plus de 60 millions d’euros de capital-risque, financés à 50 % par Natexis.

[9] Créé en 2004, Omer Télécom est une joint venture entre les groupes Virgin, Carphone Warehouse et Financom. Omer Télécom commercialise en France quatre marques de téléphonie mobile dont Virgin Mobile, Télé2 Mobile, Breizh Mobile et Casino Mobile.

[10] « NKM rencontre P.E. Jacobs, pdg de Qualcomm », quotidien Satellifax, n°3401, 10 juin 2010.

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TERMINAUX DE RÉCEPTION MOBILE

Un parc varié de terminaux où prédomineraient toutefois les téléphones mobiles : Les contributions envisagent la réception de la télévision mobile sur l’ensemble des terminaux possibles (téléphones mobiles, assistants numériques personnels, récepteurs DVB-H dédiés, consoles de jeux, lecteurs DVD portables, récepteurs embarqués) afin d’en maximiser l’usage. Plusieurs contributeurs (TF1, M6, MTV, TDF, SFR, Bouygues, PlayFab) estiment cependant que les téléphones mobiles constitueront une part majoritaire du parc, notamment grâce à la présence d’une voie de retour immédiate. Le fait qu’il soit peu pratique pour le consommateur de transporter deux terminaux distincts plaide également en faveur de la réception de la télévision mobile principalement sur les téléphones mobiles. Plusieurs contributeurs soulignent que la résolution des écrans devra être limitée à la résolution QVGA, ce qui permettrait d’optimiser le débit et l’utilisation de la ressource d’une part, et de préserver l’autonomie des terminaux, facteur déterminant dans la consommation, d’autre part (Forum Médias Mobile, France Télévisions, TDF).

Le surcoût actuel de l’intégration de la fonctionnalité de réception DVB-H à un terminal mobile est estimé à quelques dizaines d’euros. Plusieurs contributeurs prévoient une extension progressive de la fonctionnalité DVB-H des terminaux haut de gamme vers le moyen de gamme, parallèlement à une baisse du prix des terminaux, en fonction du volume distribué et de la courbe d’expérience des fabricants. Les tarifs prévus en année 5 se situent entre 29 euros (après subvention) et 75 euros. A quelques exceptions près (SIRTI, Nextradio, NRJ, Sony) les contributeurs prévoient un mode de financement mixte des terminaux par le consommateur et par le distributeur au moyen d’une subvention. Les prévisions d’équipement en année 5 varient entre 5 millions de consommateurs (TF1) et 25 millions (Jet Multimédia). Peu de contributeurs avancent des hypothèses quant aux perspectives d’abonnement aux offres payantes.

Malgré les déceptions sur la qualité de l’offre actuelle de télévision sur mobile, l’appétence des consommateurs pour les promesses de la télévision mobile, en termes de qualité d’image, de contenus et de couverture est bien réelle.

 

Source : D’après les données de l’enquête réalisée en ligne par le « Journal du Net », réponse à la question « Pour recevoir la TMP, seriez-vous prêt à changer de téléphone ? », base 358 votants, février 2007. Plus des deux tiers des répondants seraient ainsi prêts à changer de téléphone, donc a priori, à payer plus cher leur terminal pour pouvoir bénéficier de la télévision mobile.

Source : D’après les données de l’enquête réalisée en ligne par le « Journal du Net », réponse à la question « Pour recevoir la télévision mobile, seriez-vous prêt à changer de téléphone ? », base 358 votants, février 2007. Plus des deux tiers des répondants seraient ainsi prêts à changer de téléphone, donc a priori, à payer plus cher leur terminal pour pouvoir bénéficier de la télévision mobile.

Les hypothèses sur l’évolution du marché des terminaux mobiles incluant la fonctionnalité de télévision mobile :

En France, la télévision mobile génèrerait ainsi des ventes de 4,9 millions de terminaux dans le scénario favorable contre 1,3 million de terminaux dans le scénario modéré [1].

On distingue ainsi trois catégories d’équipements pouvant servir de supports :

Catégories d’équipements Diagonale de l’écran Modulation et format d’image Résolution Débit binaire
Téléphone mobile 2 à 2,5 pouces (5 à 6,5 centimètres) QCIF 176 x 144 128 kbit/s
PDA [6] / Pocket Video Recorder / Smartphones 3 à 4 pouces (7 à 10 centimètres) CIF

QVGA à 25 images par seconde (la plus couramment citée lors des entretiens)

352 x 288

320 x 240

256 kbit/s
Tablette / écran embarqué / lecteur DVD portable 5 à 7 pouces (12 à 18 centimètres) VGA 640 x 480 384 à 512 kbit/s

Un consensus émerge des contributions publiques sur la question des terminaux, qui seront de nature variée mais dont les téléphones mobiles devraient constituer une proportion substantielle. Le parc de téléphones mobiles en France est aujourd’hui de plus de 45 millions de terminaux, avec un renouvellement moyen tous les 16 à 18 mois [7]. Ils abriteront bien évidemment la télévision mobile dès son lancement. Les fabricants de mobiles commencent tout doucement à annoncer des appareils compatibles « TV Broadcast » même si le réseau français n’est toujours pas construit : Nokia avec ses N77, N92, casque Nokia Mobile TV Headset [8] et 5330 Mobile TV Edition, LG et son U900 ou VX9400, le P930 de Samsung, le Bravia de Sony-Ericsson ou encore les prototypes vus chez Motorola. Les « smartphones », avec un écran large, parfois tactiles, et leurs fonctionnalités avancées (appareil photographique, musiques, courriel, applications tactiles et géo-localisés), tireront également leur épingle du jeu. En France, ils représentent 2,7 millions de terminaux, 16 % des ventes (28 % en Italie), ce taux devrait dépasser les 50 % d’ici 3 ans [9].

Utilisation de la Télévision mobile personnelle sur le téléphone mobile Nokia 5330 Mobile TV Edition.

Utilisation de la télévision mobile sur le téléphone mobile Nokia 5330 Mobile TV Edition.

Utilisation de la Télévision mobile personnelle sur le smartphone Nokia 7710.

Utilisation de la télévision mobile sur le smartphone Nokia 7710.

Utilisation de la Télévision mobile personnelle sur le smartphone Nokia N96.

Utilisation de la télévision mobile sur le smartphone Nokia N96.

La télévision mobile sera proposée également dans les véhicules ou dans les moyens de transport collectifs (sans pouvoir choisir le programme diffusé). Selon, Thierry WERLING, ingénieur senior à LG Electronics Mobilcomm France, « la qualité de la réception serait normale en mobilité jusqu’à 100 km/h, voire 200 km/h. Au-delà, par exemple dans le TGV, il pourrait y avoir des problèmes » [10].

Libérés des contraintes d’autonomie, les récepteurs embarqués pourraient exploiter les deux modulations du service de télévision (DVB-T et DVB-H/SH). Certains taxis parisiens proposent déjà la possibilité aux clients de regarder les 18 chaînes de la TNT, sans surcoût sur le prix de courses. Accrochée au pare-soleil ou incrustés dans les appuie-tête, cette nouveauté apporte davantage de confort aux passagers, mais également aux chauffeurs qui peuvent bénéficier de la télévision pendant leur heure d’attente.

Néanmoins, il nous faut remarquer que malgré la taille du marché que représente ce type de récepteurs, la rapidité de son développement est apparue bien moindres que ceux que l’on peut pressentir pour les terminaux mobiles. Le cycle de vie d’un véhicule est en effet lent : le nombre de véhicules neufs achetés chaque année en France est de l’ordre de 2 millions d’unités, avec un cycle de vie d’une dizaine d’années pour chaque véhicule.

Photographie de véhicule équipé d’écrans multimédias pour les passagers arrière.

Photographie de véhicule équipé d’écrans multimédias pour les passagers arrière.

Au cours de la décennie 2015-2025, de nouvelles générations de terminaux seront connectés :

– Les lecteurs DVD portables dont beaucoup intègrent déjà des tuners TNT intégrés [11] ;

– Les appareils de type tablettes ou « afficheurs de contenus » : L’iPad d’Apple (450 000 vendus en France pour la version 1, pouvant inclure l’application EyeTV), le PlayBook de BlackBerry, le Tabbee d’Orange Vallée, le Hubster de SFR, le Steak de Dell, le WinPad 100 de MSI, l’Home Tablet d’Archos, l’Eee Pad EP121 d’Asus, le Slate d’HP-Palm ou le JooJoo de Fusion Garage.

– Les baladeurs numériques (6,17 millions de Français en possèdent aujourd’hui dont 4,5 millions de baladeurs MP4). Leurs usages correspondent principalement à la lecture de fichiers audiovisuels téléchargés (moins de 5 % des modèles disponibles sont en effet capables de se connecter aux réseaux cellulaires) ;

– Les disques durs vidéo de type Archos et Thomson (Archos et Alcatel avaient signé un accord de coopération en novembre 2006 pour démontrer la justesse de recevoir de la télévision mobile via le protocole DVB-SH) ;

– Les mini-PC portable et PAM (Personal Area Mediator). Le numéro un mondial de la téléphonie mobile, Nokia, a annoncé le lancement prochain de son premier mini-PC portable, le Booklet 3G ;

– Les PlayStation Portable (PSP) : Deux millions de PSP ont été vendues en France. Doté d’un écran large et d’une mémoire extensible via Memory stick [12], la PSP est un support incontournable à la télévision mobile (enregistrement et sauvegarde de programmes) ;

– Les consoles 3DS de Nintendo : Ces consoles comportent un écran de la technologie Sharp reproduisant des images en relief sans le port de lunettes spéciales.

Dans ce sens, le Simavelec [13] s’est dit favorable à une contribution du financement du réseau en reversant une part des recettes issues des ventes des terminaux mobiles aux diffuseurs. Le prix du terminal n’en serait que très légèrement augmenté [14].

 


Notes :

[1] Étude « Enjeux de l’introduction de la télévision mobile en France », Alliance TICS et de l’Union des syndicats des industries des technologies de l’information, de la communication et des services associés (SFIB, GITEP TICS), 16 novembre 2005.

[2] Propos extrait de l’article « La télévision mobile se branche sur le satellite », quotidien Les Échos, 4 octobre 2006.

[3] Au-dessus de 24 images par seconde, cadence du cinéma, l’œil ne perçoit pas de saccades. Il est généralement admis que ce taux peut être réduit jusqu’à 15 images par seconde tout en permettant une fluidité acceptable.

[4] Nous verrons à ce sujet l’article « Télévision sur téléphone mobile : le DMB concurrence le DVB-H », revue Les Échos, 14 septembre 2005, mais également l’article « Les promesses de la télévision mobile personnelle », revue Micro Hebdo, hors série n° 52, septembre-octobre 2009.

[5] Une étude « Use it » révèle que les écrans 4 pouces sont très largement plébiscités à 85 % pour l’utilisation de la télévision sur téléphone mobile.

[6] Un Personal Digital Assistant est un appareil numérique portable originellement basés sur le principe d’une calculatrice évoluée.

[7] « Tableau de bord annuel de l’innovation », publié par le ministère de l’Économie. Repris dans l’article « Les français accros aux nouvelles technologies », quotidien Le Figaro, 21 juillet 2009.

[8] Premier du genre, ce kit mains-libres multitâches est compatible avec la norme DVB-H, et peut gérer le contrôle des appels, mais aussi le changement des chaînes ou encore la lecture des fichiers multimédia.

[9] Extrait de l’article « Microsoft est Mobile Ready », revue Le Journal des télécoms, octobre 2009, p. 5. Reprise de ces données dans la revue Tarif Média, 5 octobre 2009.

[10] Extrait de l’article « Télévision sur téléphone mobile : Le DMB concurrence le DVB-H », revue Les Échos, 14 septembre 2005.

[11] On notera en exemple les modèles suivants : Xoro HSD 7570/7580, Airis LW 278, Scott DPX 9040, Toshiba SD-P71DT, Toshiba SDP 93, Philips PET1035, Odys SLIMTV 700-R.

[12] La Memorystick est un format de mémoire Flash Card développé par Sony.

[13] Syndicat des industries de matériels audiovisuels électroniques.

[14] Propos de Marc PALLAIN, président de NRJ Group, recueillis par David MÉDIONI, revue CB News, n° 958, 25 février 2008, p. 25.

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DÉVELOPPER DES PROGRAMMES ET DES CONTENUS SPÉCIFIQUES

La nécessité de résoudre les contingences techniques reste indéniable, mais il est absolument clair qu’ils ne doivent pas obscurcir le fait que ce sont les contenus qui feront le succès de la télévision mobile.

Que vas t’on voir sur la télévision mobile ? Faut-il concevoir des programmes spécifiques ? Faut-il diffuser les programmes des chaînes de télévision ? Quelles seront les implications économiques pour les uns et les autres ?

La majorité des chaînes sélectionnées par le CSA sont issus de la télévision classique. Ce fait a soulevé deux problématiques :

  • Au niveau de la programmation : L’usage de la télévision mobile modifie la notion de grille de programmes (sessions courtes et pics d’audience décalés) [1].
  • Au niveau des contenus : Les règles de tournage de la télévision supposent des formats de longues durées, en 16/9, avec des plans larges [2]. La télévision mobile se devant assurément de conserver en grande majorité des attributs de la TNT (« produit vache à lait ») afin de rester un média fédérateur aux yeux des Français.

Une volonté d’encourager le reformatage et l’écriture de contenus a donc été prise en compte par le CSA dans la limite des 30 % du temps d’antenne. Malgré le coût nécessaire en matière de création, plusieurs chaînes [3] ont sous-entendue une évolution progressive de leurs services linéaires. On y retrouverait ainsi :

  • Des successions de programmes courts de 6 à 10 minutes et « pastilles» de 1 à 2 minutes, non produit autour d’une structure d’intrigue (miniséries [4], mini-documentaires [5], mini-interview [6], télé-crochet, bandes-annonces du prime-time) ;
  • Des programmes « fragmentés » en association ou en déclinaison avec des plateformes de télévision de rattrapage. L’objectif serait pour les producteurs de marier les multiples supports médias en proposant aux diffuseurs des « packs» (contenus classiques, contenus spécifiques et services interactifs) ;
  • Des programmes fédérateurs promouvant le « pré-access» et « access prime-time ». Le jeu étant particulièrement adapté aux tranches horaires ou le téléspectateur rentre chez lui car dès lors qu’il connaît la mécanique, l’animateur, il est capable de prendre l’émission en cours de route, de la comprendre et d’y prendre plaisir. Selon Olivier ABCASSIS, directeur général adjoint d’E-TF1 et directeur général de WAT [7], ces types de programmes seront le plus courant (« Les mobinautes consomment des programmes qu’ils connaissent, ensuite parce que l’économie ne permet pas de produire exclusivement pour le mobile. L’enjeu, c’est de bien adapter les contenus existants »)  ;
  • Des programmes dédiés aux cultures mobiles urbaines (des pistes de recherche se dégagent en autre sur le blog http://www.culturemobile.net d’Orange) ;
  • Des émissions diffusées en boucle (flash d’informations, vidéos « buzz») ;
  • Des pilotes et prototypes de concept. Il sera enfin possible de diffuser des émissions sur un public spécifique et d’analyser les résultats avant de les généraliser [8].
  • Des émissions dont le contenu est produit par les utilisateurs eux-mêmes (divertissements, reportages, comédies) : Les vidéos filmés à partir de téléphones portables, smartphones, baladeurs numériques de type iPod Nano [9] et prochainement tablette iPad 2, font le succès des blogs et des portails vidéos Internet. Dans tous les domaines de la production, le matériel amateur devient d’une qualité quasi-professionnelle [10]. Selon l’Association française du téléphone mobile (Afom), un abonné sur quatre au téléphone mobile utilise son appareil pour tourner des vidéos. 27 % des internautes ont ainsi consulté des vidéos réalisées par leurs pairs au cours des trois derniers mois [11]. Notons qu’il existe déjà le « Festi-Mobiles de la Fondation d’Auteuil », le « Mobile Film Festival », le « Mobile Video Days Awards » et le « Festival Pockets Films » qui promeuvent les productions audiovisuelles, conçus, adaptées ou déjà diffusées sur mobile [12].

La télévision mobile  verra ainsi une coexistence de l’offre TNT au sens classique (prolongement mobile du téléviseur traditionnel) et un paysage audiovisuel complémentaire. Quel qu’il soit, ces contenus devront être facilement disponibles sur des plateformes de visionnages en différé (des diffuseurs ou des producteurs). La consommation individuelle ne permettant pas de partage et de synchronisation émotionnelle [13], la publication du lien d’une vidéo existante sur les réseaux sociaux et les blogs du téléspectateur répondra à ce processus.


Notes :

[1] Aujourd’hui, la notion de grille de programmes se trouve confronté à une profonde mutation. Avec des sites de VàD tel qu’orange.fr et MyTF1.fr, près de 24 millions de personnes peuvent avoir accès au film, soit beaucoup plus qu’une diffusion sur une chaîne hertzienne en deuxième partie de soirée.

[2] Emmanuel VACHER, directeur marketing multimédia d’Orange, souligne que « l’écran est petit, à peine quelques centimètres de large. Cela crée une limite physique, l’utilisateur se lasse beaucoup plus vite qu’avec un écran normal », propos recueillis dans l’article « Reformater les contenus de télévision et de cinéma pour le téléphone mobile », revue La Correspondance de la Presse, 6 avril 2006, p. 7. Pour Bertrand MEHEUT, président de Canal +, « ce mode de consommation va se développer pour l’information ponctuelle et les programmes courts », propos paru dans l’article « Enjeux et défis du média Télévision au XXIe siècle », revue Mines Revue des Ingénieurs, n° 441, juillet-août 2009, p. 11.

[3] Réponse du groupe M6 à la consultation publique du CSA ; Propos de Direct8, Eurosport et NT1 disponibles sur le site http://www.tvntmobile.com.

[4] La série « 24h00 » a été adaptée en format 24 x 1 minute pour la diffusion sur téléphone mobile.

[5] La chaîne France 5 a multipliée les programmes de type interlude (« Mes années 60 », « Avis de sorties », « La vie des animaux selon les hommes », « Femmes du monde »).

[6] Des programmes tels que « C à dire » présentée par Thierry GUERRIER ont des formats adaptés à une consommation mobile (durée de 9 à 12 minutes).

[7] Acronyme de “We are talented ».

[8] Aux Etats-Unis, des tests de pilote auprès de focus-groupe avant diffusion sont organisés par les chaînes avec parfois des propositions différentes pour tenter d’anticiper les réactions du public.

[9] Steve JOBS, Président-directeur général d’Apple, avait présenté le 9 septembre 2009, une nouvelle version du baladeur iPod Nano. Il est équipé d’une caméra vidéo et facilite le transfert de clips filmés sur Youtube.

[10] Propos tenus par Simone HALBERSTADT HARARI dans son ouvrage La télé déchaîné, édition Flammarion, Paris, 2009.

[11] Article « Le téléviseur n’a plus le monopole de la télévision », revue Écran total, n° 695, 20 février 2008, p. 13.

[12] Les contenus autoproduits ou « user generated content » (UGC) se sont développées sur Internet (Web 2) en impliquant les téléspectateurs d’un même réseau dans la production de contenus distribués. Cette catégorie rassemble les services type Youtube, Dailymotion, Hulu, Wat ou Wideo qui permettent aux utilisateurs de charger leurs propres contenus vidéo sur une plate-forme accessible à tous les autres abonnés. Selon, Jean-Noël TRONC, directeur stratégie de la marque Orange, « la France est le 3e pays au monde dans l’explosion des blogs. On en compte 9 millions dont 2,5 actifs. 48 % des 18-24 ans font de la vidéo avec leurs mobiles. Or, 80 % des blogueurs ont moins de 24 ans. Donc le marché des contenus auto générés est appelé à exploser ».

[13] La synchronisation émotionnelle est l’opération qui consiste à unifier ces émotions lors d’une consommation collective. Les regards se détournant de l’écran afin de capter les expressions des voisins et former ainsi une impression générale dominante. A l’inverse, lors d’une consommation individuelle ou dans l’obscurité (salle de cinéma), la question « Tu as aimé ? » reviendra pour palier à ce sentiment de solitude.

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QUELS TYPES DE CONSOMMATION ?

La multiplication des vecteurs de diffusion a fait éclore une pluralité d’utilisation que n’avait jamais connu le monde de l’audiovisuel. La télévision est devenue au cours d’une décennie « spectacle grâce à la TNT-HD, intime avec la télévision mobile, interactive avec la télévision de rattrapage » [1]. Toutefois, ce fait ne correspond pas à une logique négative de fragmentation de l’audience : les utilisateurs transposant leurs regards d’un support à l’autre. En effet, si l’on superpose les courbes d’audience de ces trois régimes d’image télévisuelle, on remarque que les pics d’audience ne se confondent pas. Arnaud BOSON, directeur des Nouveaux Médias de TF1 et président d’eTF1 et WAT, le souligne avec le sourire : « Il n’y a pas de cannibalisation entre les supports » [2]. Les chaînes restent les prescripteurs en matière de production de contenus et grilles de programmes. En conséquence, ce fait nous invite à nous questionner dans quel univers appartient le cadre managérial dans lequel s’inscrit notre problématique : s’agit-il d’un service de télévision sur un terminal mobile ? Ou d’un terminal mobile avec une télévision de taille réduite ?

Deux grands types d’usage se dessinent pour la télévision mobile :

– Le premier regroupe une utilisation extensive, destinée à « tuer le temps », en s’informant ou en se divertissant, durant les périodes d’attentes, que ce soit dans les transports en commun (bus, métropolitains) ou les lieux publics (rues, gares, aéroports) ou privés (salles d’attente).

– A l’inverse, un ensemble d’utilisations apparaît destiné à « gagner du temps » en restant au plus près de l’information même en situation de mobilité mais aussi en utilisant les possibilités d’interactivité pour accéder au moment que l’on choisit à un contenu précis, dans une logique de consommation à la demande. Ce dernier usage est actuellement le plus exploré par la commercialisation de l’UMTS (3G+/4G et EDGE).


Notes :

[1] Propos de Michel COMBES, président de TDF, recueillis par David MEDIONI, extrait de l’article « TNT, elle a presque tout d’une grande », revue CB News, n° 965, 14 avril 2008, p. 9.

[2] Propos recueillis dans la revue La Correspondance de la publicité, 27 août 2009. Sur ce fait, nous pourrons nous reporter au compte rendu de la conférence Mobilit du Cluster Imaginove de novembre 2006.

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QUELS CONTENUS VISIONNÉS ?

Les offres basiques de services télévisuels sur téléphone mobile affichent une sélection de chaînes semblables à celles du bouquet de la télévision mobile et sont donc porteuses d’une valeur d’usage équivalente. Les offres premium proposent quant à elles une sélection de chaines thématiques bien plus conséquente que les offres basiques. On y retrouve globalement plus de chaines orientées vers un public jeune, plus de chaine d’information et plus de chaîne de sport. On gagera que leur valeur d’usage se traduit plus en termes de volume d’offre qu’en termes d’adéquation entre thématiques des programmes et attentes du public. Les offres thématiques exploitent pour leur part pleinement la valeur d’usage associée aux thématiques de certains contenus. Leur but est de proposer une offre réduite de chaines porteuses d’une forte valeur d’usage relativement aux thématiques qu’elles véhiculent.

Les programmes les plus plébiscités sont l’information, la musique, le divertissement, le sport, les documentaires et, pour les testeurs de Canal+, le cinéma. Les derniers résultats d’audience chez Orange World le confirment : l’humour arrive en tête (22 %), puis la musique (19 %), le charme [1] (18 %), le sport (12 %), l’actualité (9 %), suivi des séries et du cinéma. Selon une étude d’Aegis Média de mars 2009, les journaux télévisés (56 %) puis les séries (37 %) et enfin les films et fictions (33 %) seraient d’avantage visionné.


Notes :

[1] La présence de contenus sexy et pornographiques dans la programmation du bouquet One TV Sexy permet d’expliquer la poursuite du pic du soir jusqu’à minuit. Il représente 60 % du chiffre d’affaire de son éditeur, Mobibase.

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QUELLE DIFFUSION PAR VOIE SATELLITAIRE ?

Afin de compléter le réseau terrestre, l’utilisation d’un réseau satellitaire s’avère indispensable :

– Premièrement, il soulage la pression sur la bande UHF : la couverture de l’ensemble du territoire en bande S permettra une diffusion de la télévision mobile sur toutes les régions où les fréquences UHF sont saturées ou d’utilisation difficile (zones désertiques, montagneuses ou frontalières notamment). Le surcoût en relais n’étant pas compensé par l’intérêt présenté par l’élargissement de la bande.

– Deuxièmement, il permet de diffuser la télévision mobile sur l’Europe de l’Ouest à un coût marginal : sur toutes les zones à faible densité de population (réseau routier et ferroviaire [1]), l’infrastructure satellitaire supprime la nécessité d’étendre un réseau terrestre. Le coût du réseau s’en trouve réduit de 50 %, soit 250 millions d’euros environ sur les cinq prochaines années pour couvrir 60 % de la population [2].

– Troisièmement, il stimule la concurrence au niveau des infrastructures : les opérateurs auront une possibilité réelle de choix entre infrastructures différentes permettant de fournir des services comparables. Les terminaux mobiles pouvant être compatibles avec la bande UHF et la bande S, permette ainsi aux utilisateurs de ne pas être captif d’un seul opérateur.

– Quatrièmement, il permet d’augmenter l’offre en termes de contenu, ouvrant la voie par exemple à des services locaux.

Dans cette voie, un appel à candidatures a été lancé par la Commission européenne. Deux candidats ont été retenu le 14 mai 2009 : Solaris Mobile Limited (jonction des opérateurs Eutelsat et SES Astra) et Inmarsat Ventures Limited. Ces deux entreprises se voient accorder par les États membres le droit d’utiliser les fréquences de la bande S (2 GHz : 1 980 – 2 010 et 2 185 – 2 200 MHz) et d’exploiter leur système mobile par satellite respectif [3]. Leurs engagements portent sur la zone de couverture du service : au moins 50 % de la population et 60 % du territoire terrestre des États membres entre juin 2011 (date d’ouverture du service) et mai 2016.

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Solaris Mobile, a lancé le 3 avril 2009, depuis Baïkonour, avec une fusée Proton, le satellite géostationnaire W2A (à 36 000 km, position 10° Est). Pour minimiser les risques, W2A emporte avec lui 46 répéteurs en bande Ku, 10 répéteurs en bande C et une antenne pour la bande S. Ainsi, sur les 220 millions d’euros qu’a coûtés le satellite, seulement 20 % des coûts sont attribuables à l’exploitation des services de vidéo et de données vers les terminaux portables et les véhicules. Même si le satellite W2A est en orbite, il reste à ce jour des points à éclaircir :

  • En raison d’un problème de panneaux solaires, l’antenne de W2A, une sorte de parapluie de 12 mètres de diamètre, voit sa performance de diffusion diminuée de 50 %. Si l’antenne ne peut être réparée depuis la plate-forme terrestre Spacebus 4000C4 de Thales Alenia Space, Eutelsat et SES Astra devront alors revoir leur plan : soit s’adapter à la puissance insuffisante de l’appareil, ce limiterait la qualité du service ou réduire le nombre de pays européens couverts (au lieu des 27 initialement envisagés). Soit relancer un nouveau satellite, ce qui risque alors de reporter de quelques mois l’ouverture du service. Une demande d’indemnisation a déjà été faite auprès des assureurs [4].
  • Eutelsat et SES Astra disposaient de l’autorisation d’exploitation commerciale jusqu’en mai 2007 [5]. Cette autorisation provenant d’un accord de la Commission Européenne et de l’ARCEP (affectataire des bandes de fréquences concernées). Le montant des redevances dues étant fixé par décret [6].
Source : Photographies du satellite W2A dans une salle blanche de Thales Alenia Spaces, Cannes La Boca.

Source : Photographies du satellite W2A dans une salle blanche de Thales Alenia Spaces, Cannes La Boca.

Source : Représentation du satellite W2A, Thales Alenia Space, Le satellite fut lancé le 3 avril 2009, Courtesy ILS International Launch Services.

Source : Représentation du satellite W2A, Thales Alenia Space, Le satellite fut lancé le 3 avril 2009, Courtesy ILS International Launch Services.


Notes :

[1] Nous nous rapporterons au propos de Jean-François RODRIGUEZ de la direction marketing de France Télécom, article « La télévision mobile se branche sur le satellite », quotidien Les Échos, 4 octobre 2006.

[2] Voir les articles : « La télévision sur mobile espère trouver son salut dans le satellite », quotidien Les Échos, 10 avril 2009 ; « La télévision mobile en panne », revue Valeurs actuelles, 11 mai 2009.

[3] En référence à la décision n° 626/2008/CE du Parlement européen et du Conseil du 30 juin 2008 concernant la sélection et l’autorisation de systèmes fournissant des services mobiles par satellite (MSS).

[4] Nous verrons à ce sujet les propos d’Evert DUDOK, président d’Astrium Satellites, lors du Salon du Bourget 2009, revue Air & Cosmos, n° 2178, 26 juin 2009. Ainsi que l’article « La TV mobile d’Eutelsat et de SES Astra est mal partie », quotidien La Tribune, 15 mai 2009. Solaris Mobile est assurée en cas de défaillance du satellite à hauteur de 133 millions d’euros pour le seul programme de télévision mobile.

[5] Article « La télévision sur mobile espère trouver son salut dans le satellite », quotidien Les Échos, 10 avril 2009.

[6] Décret n° 2007/1532 du 24 octobre 2007 modifié par le décret n° 2008/656 du 2 juillet 2008 relatifs aux redevances d’utilisation des fréquences radioélectriques dues par les titulaires d’autorisation d’utilisation des fréquences délivrées par l’ARCEP.

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SOURCES DOCUMENTAIRES

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LA CONVENTION ENTRE LE CSA ET LES SOCIÉTÉS AUDIOVISUELLES

Article 1 : Règles d’usage de la ressource :

L’éditeur ne peut, sauf autorisation spécifique, utiliser les ressources en fréquences qui lui sont attribuées pour un usage autre que celui prévu dans la présente convention.

Les caractéristiques des signaux diffusés par l’éditeur sont conformes à l’arrêté du 24 septembre 2007 relatif à la télévision mobile personnelle diffusée en mode numérique par voie hertzienne terrestre ou par voie satellitaire en bande S et fixant les caractéristiques des signaux émis. Elles sont également conformes au document établissant « les services et le profil de signalisation pour la diffusion de la télévision mobile personnelle » élaboré au sein de la commission technique des experts du numérique réunie sous l’égide du Conseil supérieur de l’audiovisuel. Ce document et les modifications qui lui sont apportées sont approuvés par le Conseil, après examen par la commission technique des experts du numérique, et publiés sur son site internet.

Afin de permettre au Conseil de faire respecter les dispositions du huitième alinéa de l’article 25 de la loi du 30 septembre 1986, pour les services nécessitant l’emploi d’un moteur d’interactivité, l’éditeur l’informe du système que lui-même et, le cas échéant, son ou ses distributeurs souhaitent utiliser. Les spécifications ou les références à des normes reconnues sont transmises au Conseil, qui est également informé des évolutions du moteur d’interactivité ou des changements de ce moteur.

L’éditeur informe le Conseil du système d’accès sous conditions que lui-même et, le cas échéant, son ou ses distributeurs se proposent d’utiliser. Dans le même temps, l’éditeur transmet les spécifications ou les références à des normes reconnues. Les évolutions du système d’accès sous conditions, ou les changements de ce système, font l’objet d’une information du Conseil.

L’éditeur indique, sur demande du Conseil, les mesures mises en place pour respecter les dispositions de l’article 95 de la loi du 30 septembre 1986.

Article 2 : Couverture territoriale :

L’éditeur fait assurer la diffusion de son service sur la télévision mobile personnelle sur toutes les zones pour lesquelles il bénéficie d’une autorisation d’usage de ressource en fréquences et selon le pourcentage de population minimale requis sur la zone par le Conseil supérieur de l’audiovisuel. Ce pourcentage est défini après consultation des éditeurs de services présents sur le multiplex.

Le calendrier et les modalités de déploiement du réseau de diffusion seront définis par le Conseil, après consultation des éditeurs de services présents sur le multiplex.

En tout état de cause, l’éditeur s’engage à couvrir au moins les pourcentages suivants de la population française, avec une qualité de réception dans la « première pièce », soit une couverture à l’intérieur des bâtiments à six mètres des fenêtres :

– 30 % de la population française, sur le territoire métropolitain, trois ans après le début des émissions de la télévision mobile personnelle ;

– 60 % de la population française, sur le territoire métropolitain, six ans après le début des émissions de la télévision mobile personnelle.

L’engagement de couverture de 60 % fera l’objet d’un examen par le Conseil trois ans, puis cinq ans et demi après le début des émissions de la télévision mobile personnelle. Pour cet examen, il sera tenu compte de l’évolution du contexte technique et économique de cette dernière.

Les modalités de calcul de la population couverte, ainsi que la liste des zones à couvrir, seront définies par le Conseil, après consultation des éditeurs de services présents sur le multiplex.

Article 3 : Financement d’une étude de couverture et de qualité de réception :

L’éditeur s’engage à participer, pour le compte du Conseil supérieur de l’audiovisuel, à une étude annuelle concernant la couverture et la qualité de réception de la télévision mobile personnelle, dont le financement sera assuré dans sa totalité par l’ensemble des utilisateurs de la bande passante du multiplex. Cette enquête sera réalisée selon des modalités qui seront définies ultérieurement par le Conseil, après consultation de l’ensemble des utilisateurs de la bande passante du multiplex.

Article 4 : Financement des réaménagements :

L’éditeur s’engage à faire réaliser, sur décision du Conseil supérieur de l’audiovisuel, tous les réaménagements de sites nécessaires pour le déploiement de la télévision mobile personnelle. Le financement sera assuré dans sa totalité par l’ensemble des utilisateurs de la bande passante du multiplex.

L’éditeur s’engage à mettre en œuvre les solutions techniques nécessaires à la protection des services existants et à la garantie de la qualité de réception du service. En particulier, dans le cas des services analogiques, l’éditeur s’engage à faire numériser les foyers brouillés, après consultation des éditeurs des services diffusés en analogique et de ceux qui sont présents sur le multiplex de la télévision mobile personnelle. Le financement de toutes ces solutions, dont la numérisation des foyers, sera assuré dans sa totalité par l’ensemble des utilisateurs de la bande passante du multiplex.

Article 5 : Conventions conclues avec l’opérateur de multiplex :

L’éditeur communique au Conseil supérieur de l’audiovisuel, à titre confidentiel, les conventions conclues avec la société chargée de faire assurer les opérations techniques nécessaires à la transmission et à la diffusion du service auprès du public.

Article 6 : Guide électronique de services :

L’éditeur met à la disposition de l’opérateur de multiplex, ou de tout autre opérateur technique responsable de la constitution du guide électronique de services, les informations relatives à la programmation de son service, suivant les modalités (contenus et formats) à définir d’un commun accord entre les parties.

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L’AVÈNEMENT DE FUTURS SERVICES INTERACTIFS, NOUVEAUX OUTILS DE DIALOGUES POUR LES MARQUES ET LES ENTREPRISES

Actuellement, de nombreux services sont proposés aux abonnés des offres de télévision sur mobile (services d’information, de jeux et questions, de musique, concours et votes, services de météo ou d’informations liées au trafic routier). En outre, certaines chaînes présentes sur les bouquets de télévision sur mobile ont développées des services spécifiques qui enrichissent leurs programmes [1]. L’arrivée de Google TV en 2012 ayant exacerbée cette tendance.
Afin d’obtenir une même interactivité sur la télévision mobile et contribuer à son économie, l’article 30-7 de la loi du 5 mars 2007 relative à la modernisation de la diffusion audiovisuelle et à la télévision du futur a prévu que le CSA réserve une part du futur multiplexe de la télévision mobile à la diffusion d’autres services de communication audiovisuelle autres que de radio et de télévision [2].

On peut distinguer 2 types d’interactivité, avec voie de retour ou sans voie de retour :

  • L’interactivité sans voie de retour correspond à l’interface développée par le diffuseur pour améliorer sa prestation au téléspectateur et consiste à intégrer dans ses programmes une série de services annexes permettant au client d’obtenir un complément d’information sur le contenu en cours de diffusion. Le premier service mis en œuvre est toujours l’« ESG » [3], guide des services que l’on retrouve dans les spécifications de l’ensemble des initiatives de télévision mobile partout dans le monde.
  • Au delà de l’ESG il peut être pertinent de prévoir un service permettant un focus sur un élément précis du programme sous forme de texte ou de vidéo. Cette forme d’interactivité n’est pas une source de revenus pour l ‘opérateur mais constitue un élément fort de différentiation de son offre vis-à-vis de la concurrence. Ce type d’interactivité sans voie de retour existe sur la télévision numérique terrestre au Royaume-Uni., le « red button ». Ce service à été repris comme une des composantes du service de télévision mobile Movio lancé au Royaume uni par BT.

Les conditions économiques des opérateurs qui vont déployer les services de télévision mobile vont nécessiter, pour boucler leur équilibre, de faire appel aux « revenus de l’interactivité », les abonnements et la publicité supplémentaire, générés par les services de télévision mobile, ne suffisant probablement pas pour amortir les investissements techniques importants et les coûts des contenus.

Grâce à une consultation du CSA lancée le 1er avril 2008, les acteurs ont défini huit types de services complémentaires à valeur ajoutée :

  • Les services sans interactivité : Une notification (information, publicité) est présentée sur l’écran du terminal de l’utilisateur, sans qu’il puisse interagir dessus. Cela pourrait être par exemple une information venant enrichir un programme (nom des invités d’une émission, pochette du disque qui passe sur un clip, résultats sportifs), un message à caractère officiel [4] ou une publicité additionnelle ;
  • Les services d’informations avec interactivité par lien local : L’utilisateur reçoit dans la notification un lien pour aller chercher un service ou un programme déjà intégré au sein de son terminal (applications, « widget», « goodies » [5], jeux, agenda) ;
  • Les services d’informations avec interactivité par lien URL : Une notification avec une adresse URL est présentée sur l’écran du terminal de l’utilisateur, à la manière des services de partage Facebook, Twitter ou d’« AdSense » [6]. Celui-ci pourra interagir avec l’information en se connectant sur l’Internet mobile [7] (sites commerciaux d’une enseigne ou d’un point de vente, couplage entre une chaîne musicale et un kiosque de téléchargement, partage et appréciation sur les réseaux sociaux en direct ou en différé) ;
  • Les services d’informations avec interactivité par lien appel fixe ou SMS : L’utilisateur reçoit une notification avec un numéro de téléphone ou SMS et lorsqu’il clique dessus, un appel sera généré vers le numéro de téléphone ou SMS indiqué (participation à un programme en cours [8], « télé-tirelire » [9]) ;
  • Les services de téléchargement gratuit ou payant [10] d’un contenu : Lorsque l’utilisateur clique sur le service interactif, un contenu est téléchargé sur son terminal. Des applications (visite virtuel du plateau de tournages), des programmes audiovisuels ou des sonneries de musiques qui viennent d’être à l’antenne, des jeux, des rencontres avec l’animateur, des « avatar», des abonnements à un flux RSS (suivre l’actualité d’une dépêche, d’un candidat à une téléréalité), des formulaires ou des tickets de transaction (assister à une finale). La plupart des contenus sous forme d’applications s’est largement diffusé sur le marché hexagonal. Les éditeurs de systèmes d’exploitation mobiles ayant choisi d’ouvrir le marché des applications embarquées en diffusant librement leurs différents kits de développement, dans le but de maximiser le nombre de développeurs et implicitement le nombre d’applications disponibles ;
  • Les services de vote : Un vote est présenté sur l’écran du terminal de l’utilisateur. Ce vote pourra comporter deux ou plusieurs choix et lorsque l’utilisateur clique sur le vote de son choix, un SMS+ de vote sera envoyé pour prendre en compte son vote [11]. Selon les résultats de l’étude « Mon portable et moi », menée auprès de 977 Français par l’institut Lightspeed Research, 20 % des sondés ont déjà voté à une émission de téléréalité via leur téléphone portable ;
  • Les services de quizz avec lien SMS ou URL : Une série de questions/réponses est proposée à l’utilisateur, à laquelle il peut répondre dans un temps limité, au moyen de SMS ou d’une connexion URL ;
  • Les services de pari : Un pari est proposé à l’utilisateur, à laquelle il peut répondre dans un temps limité, au moyen de SMS ou d’une connexion URL. Ce type de service entre dans le cadre de libéralisation des paris hippiques [12] et sportifs en ligne depuis juin 2010. A noter que les diffuseurs se sont vivement intéressés au pari en ligne. Le groupe TF1 détient via sa filiale Eurosport la société SPS (Société de Paris sportifs) qui commercialise la marque EurosportBET.com. Le groupe M6 est propriétaire du club Les Girondins de Bordeaux. La chaîne France 3, ayant acquis les droits des courses hippiques, diffuse depuis septembre 2009, toutes les courses support du Tiercé et du Quinté, soit dix minutes d’antenne quotidienne.

Au vu du potentiel de marché de ce type d’initiatives, de tels services interactifs devraient être subventionné par le gouvernement afin d’inciter les consommateurs à acquérir des terminaux mobiles adaptés à la consommation de contenu.

 


Notes :

[1] La notion de programme est définie par l’article 1.b de la directive SMA, « un programme est un ensemble d’images animées, combinées ou non à du son, constituant un seul élément dans le cadre d’une grille ou d’un catalogue établi par un fournisseur de services de médias et dont la forme et le contenu sont comparables à ceux de la radiodiffusion télévisuelle ».

[2] « Lors des appels à candidature portant sur la télévision mobile personnelle, le Conseil supérieur de l’audiovisuel réserve, en la rendant publique, une part de la ressource radioélectrique à la diffusion des services de radio et des services de communication audiovisuelle autres que de radio et de télévision qu’il a fixée à l’issue de la consultation prévue à l’article 31. Les déclarations de candidature sont soumises aux prescriptions du II de l’article 30-1 ».

[3] On entend par ESG (Electronic Service Guide), le guide électronique des services qui décrit les services disponibles et diffuse les informations permettant à l’utilisateur de les sélectionner. L’ESG peut véhiculer des données associées aux contenus permettant l’interactivité. Ces données peuvent être associées à des programmes, des services (par ex : une chaîne de télévision), des bouquets de services (par ex : un opérateur commercial) et peuvent être soit référencées pour être téléchargées indépendamment dans le flux ou par l’intermédiaire d’autres réseaux (voie descendante UMTS), soit transmises directement au sein du guide. Ces données associées permettent de bâtir divers scénarios interactifs (votes, sondages, promotion de services offerts par ailleurs).

[4] Messages entrant dans le cadre d’une « Alerte Enlèvement », du « plan Épervier » ou d’une évacuation de zones géographiques sinistrées. Suite à l’adoption du projet de la fondation Casques rouges de l’ancienne secrétaire d’État aux Droits des victimes, Nicole GUEDJ, ces messages sont susceptibles d’être reçus sur tous les téléphones portables.

[5] Le terme « goodies » désigne des produits dérivés physique ou virtuels accompagnant la sortie d’un jeu ou d’un film.

[6] Ce service diffuse sur la vidéo durant quinze secondes une barre additionnel publicitaire (le plus souvent un lien vers les sites iTunes et eMusic) ou un lien vers un sponsor (monabanq et Holosfind en autre). Pour Chris ANDERSON, auteur de « Free », un livre sur les industries culturelles et l’Internet, « Google va transformer Youtube en cash machine et bouleverser l’économie de l’audiovisuel ». – Voir l’article «  Son mobile s’attaque à la domination de l’iPhone », revue Capital, n° 216, septembre 2009.

[7] Selon une étude du cabinet américain Forrester, 41 % des Français surferont sur leur téléphone portable en 2014, contre 11 % actuellement. L’apparition de forfaits incluant un usage illimité d’Internet sur mobile a d’ores et déjà stimulé cet usage chez les clients. Extrait de la revue La Correspondance de la Publicité, 4 septembre 2009.

[8] France 5 a été la première a lancé cette idée dans l’émission « C dans l’air » présentée par Yves CALVI en affichant les SMS des téléspectateurs à l’écran, les faisant ainsi participer au débat. A l’époque, le numéro n’était pas surtaxé et l’émission a reçu 500 messages seulement le premier jour. La plupart des chaînes surtaxent ce service (0,05 € pour « C dans l’air », 0,10 € pour « le 13H de France 2 », 0,35 € pour « l’Eurovision » ou encore à 0,50 € pour la « Star Academy ». En 2007, les SMS surtaxés ont généré en France un chiffre d’affaires de 184 millions d’euros.

[9] On entend par « télé tirelire » ou « call-tv », un type de jeu télévisé auquel les téléspectateurs peuvent participer par le biais d’un numéro de téléphone ou de SMS surtaxé. Le but est d’inciter au maximum le téléspectateur à appeler, afin de financer les programmes de la chaîne.

[10] Les services interactifs payant pouvant être facturés à l’acte ou au forfait, par le fournisseur de services interactifs ou par le distributeur. Le prix d’une application embarquée se situe entre 0,99 € et 2,99 € mais peut occasionnellement dépasser les 10 €.

[11] L’utilisation du vote public est devenue une pierre angulaire lors des finales de programmes de variétés telles que « Loft Story », « Nouvelle Star », « Star Académie », « Koh-Lanta » ou « Miss France ». Une partie des profits du vote pouvant aller à des fondations caritatives.

[12] Dans le cadre de la proposition de canal partagé, les sociétés de courses (PMU, France Galop et Le Cheval français) pourraient participer à ce service de manière active. Le PMU, premier opérateur de pari hippiques d’Europe avec 9,3 milliards d’euros de chiffre d’affaire en 2009, dispose d’un site de paris en ligne sur l’Internet mobile depuis décembre 2009 et d’un relai sur la radio RMC (partenariat éditorial et publicitaire signé le 27 janvier 2010).

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TESTS UNITAIRES JAVA

NOTIONS :

Ils sont où les tests ?

Source : Planche « Where are the test? », CommitStrip.com, février 2017.

L’objectif est de tester une « unité » du logiciel, à savoir une méthode, un groupe de méthode ou une classe.
Chaque type de test répond à un besoin particulier et c’est l’ensemble de ces tests qui permet d’avoir un logiciel de qualité.
Un test unitaire ne fait appel à d’autres ressources que la classe testée (≠ test d’intégration qui utilise une base de données ou des sockets).
Il faut séparer le code de la classe, du code qui permet de la tester. Dans chaque classe de test, il y aura une méthode par méthode à tester. Dans chaque classe du logiciel, il y aura une classe sœur dédiée au test unitaire.
Une fois que le test unitaire existe, il valide la fonction auquel il est associé, à un moment « t » de la vie du projet.

Il évite ainsi :

  • que la fonction soit inutilisée ou trop complexe (plus susceptible de défaillir) ;
  • les régressions (la fonction perdure s’il y a une évolution). On soulage ainsi les équipes de QA (Assurance Qualité).

Se poser les questions suivantes :

  • Une méthode fait-elle bien ce que vous voulez qu’elle fasse ?
  • Est-ce que je peux faire le test qui va avec chaque fonction ?
  • Dois-je concevoir mon test avant d’écrire ma fonction ?
  • Quel est le coût pour l’écriture du test, pour l’écriture du code et pour la dette technique ?
  • Quels sont vos objectifs de performance et de maintenabilité ?
  • Quelle est votre tolérance aux pannes ?

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Mise en pratique grâce à un framework de test unitaire, dans notre cas JUnit (import org.junit.Assert et org.junit.Test).
JUnit fournit des méthodes pour tester que certaines conditions sont satisfaites. Il crée une instance de la classe, appelé avec la méthode @Test. Il compare le résultat attendu avec le résultat obtenu. Si échec, une exception est levée.

TDD (Test Driven Development) : Technique de développement où l’écriture du test précédent l’écriture du code. Le code est alors plus proche du besoin fonctionnel et documenter en permanence.

BDD (Behavior Driven Development) : Approche de développement basé sur la notion de comportement de l’application. Faciliter la compréhension du besoin du client.

Le réfactoring : Consiste à améliorer le code existant sans modifier son comportement.

Tests boite noire (black-box) : Les tests se font sans que le testeur ne connaisse le contenu de la méthode qu’il va tester.

Tests boite blanche (white-box) : Les tests donne accès au contenu de la méthode à tester.

La couverture de code : Mesure qui permet d’identifier la proportion du code testé. On distingue la couverture linéaire (proportion de lignes de code exercées lors du test) de la couverture conditionnelle calcule la proportion des chemins logiques couverts.

INTÉGRATION DE JUNIT AVEC POWERMOCK ET MOCKITO :
Pour tester en isolation (test unitaire), nous allons avoir besoin d’une librairie de mock, qui écrira de fausses implémentations de toutes les dépendances de notre objet.

Intégration de Powermock

Source : Bertrand Minisclou

Notes : Utiliser les mocks pour les données / les stubs pour les interfaces. Les stubs ne peuvent jamais faire échouer les tests.

ARCHITECTURE D’UN TEST UNITAIRE :

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Voici un squelette de test :
① Instancier la classe à tester T (New=> Junit Test Case, la règle de nommage de la classe de test : NomClassTest) ;
② Initialiser T ;
③ Générer les arguments pour la méthode à tester ;
④ Générer le résultat (run as et JUnit test) ;
⑤ Tester la méthode avec les arguments ;
⑥ Vérifier le résultat ;
⑦ Recommence depuis 3 tant qu’il y a des cas à tester.

Un échec de test par défaut :

@Test<br/> 
public void test() {<br/> 
fail("Ce test a échoué");<br/>
} 

Instancier la classe contenant les méthodes à tester :

StringHelper helper=new StringHelper();<br/> 
@Test<br/>
public void test() {<br/>
}

 

MÉTHODES D’ASSERTIONS :

New JUnit Test

Source : Bertrand Minisclou

JUnit fournit des méthodes d’assertion, vérifiant qu’une condition, à savoir :

  • assertFalse(boolean b) : vérifie qu’une méthode retourne faux ;
  • assertTrue(boolean b) : vérifie qu’une méthode retourne vraie ;
  • assertEquals(Object e, Object a) : vérifie que a est égal à e ;
  • assertnotEquals ;
  • assertArrayEquals ;
  • assertNotNull (message, object) ;
  • assertSame(expected, actual) ;
  • assertThat (reason, actual, matcher).
    Le premier argument doit être toujours la valeur attendue (« expected value »), le second la valeur obtenue effectivement (« actual value »). En cas d’inversion, JUnit produira le message d’erreur « org.junit.ComparisonFailure ».

Syntaxe :

@Test<br/> 
public void test () {<br/> 
assertEquals(expected, actual);<br/> 
} 

Si expected != actual alors il y aura échec du test.

@Test<br/> 
public void test() {<br/>
StringHelper helper=new StringHelper();<br/>
String actual=helper.truncateAInFirst2Positions("AACD");<br/>
String expected= "CD";<br/>
assertEquals(expected, actual);<br/>
} 

Il faut tester uniquement une seule condition dans une méthode de test : une seule assertion. Les méthodes de test ne doivent pas retourner un objet : public void

ANNOTATIONS DE DÉCLENCHEMENT :
Les annotations @Before et @After permettent d’exécuter un traitement avant et après TOUTES les méthodes de test.
Les annotations @BeforeClass et @AfterClass permettent d’exécuter un traitement avant et après la classe de test. Les méthodes de AfterClass et BeforeClass doivent être statiques.

  • @Before : La méthode annotée sera lancée avant chaque test ;
  • @After : La méthode annotée sera lancée après chaque test ;
  • @BeforeClass : La méthode annotée sera lancée avant le premier test ;
  • @AfterClass : La méthode annotée sera lancée après le dernier test ;
  • @Test(timeout=100) : Permet de faire échouer le test si l’exécution de la méthode de test dépasse le délai précisé (100 millisecondes).

Syntaxe :

@Before<br/> 
public void sysouTest() {<br/> 
helper=new StringHelper();<br/> 
System.out.println("Beforetest");<br/> 
}

Syntaxe :

@After<br/> 
public void tearDown(){<br/> 
System.out.println("aftertest");<br/> 
}

TESTS D’EXCEPTIONS :
Il est utile de tester qu’une exception est bien levée, ce que les méthodes d’assertion de JUnit ne permettent pas de faire.

@Test(expected=NullPointerException.class)<br/> 
public void testArraySort_NullArray() {<br/> 
int[] numbers = null;<br/> 
Arrays.sort(numbers);<br/> 
} 

Attention cela ne remplace pas le « try catch trow » qui permet de sauter l’exception et ne pas faire échouer le test.

@Test(expected=NullPointerException.class)<br/> 
public void testArraySort_NullArray() {<br/> 
int[] numbers = null;<br/> 
try {<br/> Arrays.sort(numbers);<br/> } 
catch (NullPointerException e) {<br/> 
throw e;<br/> 
}<br/> 
}

TESTS PARAMÉTRÉS :
Les tests paramétrés sont utiles si on souhaite répéter les tests avec des inputs et outputs différents sans avoir à refaire plusieurs assertions dans une même méthode de test.

Créer un test paramétré :

@RunWith(Parameterized.class) public class<br/> 
StringHelperParameterizedTest {<br/> 

Définir les paramètres (collection d’input, output à comparer dans les méthodes de tests) :

@Parameters<br/> 
public static Collection testConditions(){<br/> 
String expectedOutputs[][]={{"AACD", "CD"}, {"ACD", "CD"}};<br/> 
return Arrays.asList(expectedOutputs);<br/> 
} 

Créer un constructeur pour utiliser les arguments locaux :

private String input;<br/> 
private String output; <br/> 
public StringHelperParameterizedTest(String input, String output) {<br/> 
this.input = input;<br/>
this.output = output;<br/> 
} 

Utiliser les paramètres dans le test :

@Test<br/> 
public void testTruncateAInFirst2PositionsWithParameters_condition2() {<br/> 
assertEquals(output,helper.truncateAInFirst2Positions(input));<br/> 
} 

Le test sera exécuté autant de fois qu’il y’a de paramètres dans la collection.
Il n’est pas possible de faire plusieurs tests paramétrés dans une seule classe car on ne peut pas avoir plusieurs constructeurs.

UTILISER LE RUNNER MOCKITO :
Mockito va créer tous les mocks qui sont déclarés, que ce soit des interfaces ou des classes.
Syntaxe :

@RunWith(MockitoJUnitRunner.class)<br/> 
public class TestMaClasse<br/> 
{<br/> 
@InjectMocks<br/> 
private MaClasse maClasse = new MaClasse(); 
<br> 
@Mock<br/> private MaComplexeClasse maComplexeClasse;

RÉALISER UN ENCHAÎNEMENT DE TESTS UNITAIRES :
Pour organiser un groupe de test, avec Junit Test Suite.
New → Junit → Junit Test Suite

@RunWith(Suite.class)<br/> 
@SuiteClasses({ ClientBOTest.class, ClientBOTestRefactored.class })<br/> 
public class AllTests {<br/> 
}

 

 

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GRANDS PROJETS INDUSTRIELS DE 1958 À 1969

La IVe République laisse une situation financière très alarmante : non seulement l’inflation est forte et le budget déséquilibré, mais chaque mois le gouvernement doit solliciter l’aide américaine pour honorer ses dettes. Entre 1956 et 1957, afin de relancer cette économie en déclin, une forte politique d’investissement et de conversion industrielle est annoncée, dans la perspective de la mise en œuvre du Marché commun.

Les onze années de la présidence du général de Gaulle (1958-1969) marquent un âge d’or économique pour la France. Dès la fin de l’année 1958 est annoncé le plan Pinay-Rueff, destiné à assainir la situation financière du pays touché par l’inflation ; sur l’initiative d’Antoine Pinay (ministre des Finances) et de Jacques Rueff (ancien conseiller de Poincaré) ce plan prévoit une réduction du budget de l’État, la création de nouveaux impôts, une dévaluation compensée par la création d’un nouveau franc. Entre 1959 et 1970, l’indice de la production industrielle est multiplié par deux et le rendement des récoltes de céréales augmente de 50 %. Le produit national brut connaît une hausse annuelle de 5,8 % en moyenne entre 1960 et 1975, un taux qui n’est dépassé que par celui du Japon. L’intervention de l’État soutient l’élan économique à travers la planification, des concentrations (dans la sidérurgie notamment), l’aménagement du territoire (création de la DATAR), des réalisations prestigieuses (aéroport d’Orly, avion Caravelle, usine marémotrice de la Rance). Le monde agricole connaît une profonde transformation sous l’effet de gains considérables de productivité. L’exode rural se développe et l’on commence à parler de la « fin des paysans » (Henri Mendras, 1967). Le pouvoir d’achat continue à croître, favorisant une prospérité qui se matérialise par le développement de la société de consommation et l’équipement des ménages.

Si la réussite économique n’est pas une fin en soi, elle n’en demeure pas moins indispensable à la puissance du pays : « Le progrès est la seule condition de notre indépendance », affirme le Président en 1964.

En quoi les grands projets industriels des années De Gaulle ont-ils permis à la fois de fournir à la France les moyens de sa puissance et de réaliser la politique de prestige tant voulue par le Général ?
 

LE GAULLISME OU LE RÔLE MOTEUR DE L’ÉTAT :

La conception gaullienne de l’économie :

Le gaullisme n’est pas un libéralisme ; il revendique hautement, pour l’État, le rôle de diriger l’économie. De Gaulle proteste contre le désintérêt qu’on lui prête en matière économique, avec son fameux « l’intendance suivra ». Pour lui une économie solide est la condition même de la politique de grandeur qu’il veut conduire : pas d’indépendance nationale si l’économie a besoin d’assistance extérieure. Il a conscience, en outre, de l’importance qu’accordent les Français à la croissance : « C’est l’objet principal des préoccupations publiques », dit-il.

La conception gaullienne du rôle moteur de l’État est servie par des ministres et des hauts fonctionnaires jacobins, comme Michel Debré, des technocrates comme Edgard Pisani à l’Agriculture puis à l’Équipement, Pierre Massé au Plan ou Pierre Delouvrier à la tête du district de la Région parisienne. Plus pragmatiques et en outre moins dirigistes que le Général, Georges Pompidou ou Jean-Marcel Jeanneney n’en pèsent pas moins en faveur de la modernisation de l’économie.

Dans la conception du Général, l’État a deux tâches économiques principales : établir les grands équilibres pour que les acteurs économiques, entrepreneurs, patrons, salariés, syndicats, puissent prendre leurs décisions par eux-mêmes, agir et se sentir responsables ; et intervenir selon la nécessité comme initiateur, comme moteur, dans un certain nombre de domaines. Ainsi de la recherche, car dans tous les pays du monde, y compris les plus libéraux, l’innovation tient un rôle fondamental dans des secteurs comme le nucléaire ou l’aviation.

Il faut donc mettre en place des infrastructures de développement pour le gaz, l’électricité, les télécommunications… Deuxième objectif : la diminution de la dépendance dans les secteurs stratégiques, tels que l’énergie. Troisième objectif : le développement, sous l’égide de l’État, d’industries dans les domaines de l’avenir, dans le triple but d’être présent, là où la nouvelle technologie permet d’espérer l’ouverture de nouveaux marché ; de donner à la France la maîtrise intellectuelle et technique, l’aptitude à la recherche, les hommes formés, les équipes soudées autour d’un grand projet qui permettent à un pays de rester ambitieux dans la course du progrès ; d’irriguer à partir de ces pôles de compétence avancés un tissu industriel qui demeure dispersé et fragile dans beaucoup de domaines. Par ailleurs, la France exporte son savoir-faire notamment dans les pays en voie de développement. Afin de conserver une bonne entente avec l’ancien protectorat de Tunis, De Gaulle accepte le projet d’une aide au développement industriel de la Tunisie. La Tunisie est un grand exportateur de phosphate brut. Après la signature d’un protocole prévoyant le financement de projets industriels en décembre 1968, la construction d’une usine d’acide phosphorique à Gabès débute le 18 mars 1969. Après une longue période d’exportation du phosphate brut, la Tunisie, grâce à cette usine s’oriente vers la transformation et la valorisation de ce minerai en acide phosphorique et en engrais.

Le refus de la sujétion technique et économique :

La volonté d’affirmation de l’indépendance politique et militaire avait toutes chances de demeurer un vœu pieux si les États-Unis disposaient sur la France de moyens de pression d’ordre technologique, économique et financier. Aussi la politique du général de Gaulle passe-t-elle par la conquête d’une autonomie non exempte de rivalités avec le grand allié.

Sur le plan technologique, la nécessité politique de l’indépendance vis-à-vis des États-Unis est soulignée par les implications de la force nucléaire. Mais elle l’est aussi pour des raisons de prestige destinées à affirmer devant l’opinion publique l’excellence de la technologie française. Elle doit faire face au mépris ostensible dans lequel la tiennent l’administration et l’opinion américaines, ainsi qu’à la renommée d’institutions comme le Massachusetts Institute of Technology (MIT) ou la Harvard Business School auprès desquelles Centrale ou Polytechnique font désormais pâle figure.

Ainsi s’expliquent le soutien et la publicité donnés par le gouvernement du général de Gaulle à de grands projets d’audience internationale, aux destinées du reste variables : construction de l’avion de ligne supersonique Concorde, fruit d’une collaboration entre l’Aérospatiale et la British Aircraft Corporation, développement du procédé « séquentiel couleur avec mémoire » (ou SECAM) de Henri de France pour la télévision, filière d’enrichissement de l’uranium, lancement en 1967 du « Plan calcul » pour la production d’ordinateurs après le refus opposé en 1963 par les États-Unis à la vente à la France d’un ordinateur jugé indispensable pour la réalisation d’une force de frappe. Sur le plan technologique, l’heure est bien, pour e gouvernement comme pour l’opinion, à la réponse au « Défi américain », selon le titre de l’ouvrage de Jean-Jacques Servan-Schreiber publié en 1967. Interrogés par l’IFOP en 1967, 46 % des Français voient les intérêts fondamentaux de la France différents ou très différents de ceux des États-Unis contre 29 % qui les considèrent comme proches ou très proches.

Cette vision se heurte néanmoins à un courant d’oppositions :

La réforme essentielle de 1958 a été décidée par le général de Gaulle contre l’avis de la nomenklatura de l’époque ; la grande majorité de l’administration et du patronat était opposée à l’ouverture des frontières, à la dévaluation. Ce choix a été assumé par le Général face à une opposition vigoureuse, y compris au sein du gouvernement.

Rares furent les patrons à souscrire aux perspectives de grandeur proposées par de Gaulle, et bien plus nombreux ceux qui déplorèrent les dépenses improductives, parmi lesquelles ils rangeaient le plan Calcul et, à l’instar d’Antoine Pinay, la force de frappe dont le prix leur paraissait exorbitant.

Les critiques constamment renouvelées et amplifiées à l’encontre de l’alourdissement systématique de la tutelle administrative sur les affaires privées portent témoignage de l’attachement persistant des patrons à un libéralisme qui s’accommodait mal d’un Etat trop puissant. Non content de souligner la contradiction qu’ils décèlent entre l’ouverture grandissante de l’économie française à la concurrence internationale et le renforcement du rôle de l’État, ils sont de plus en plus nombreux à manifester leur mauvaise humeur contre la tutelle gouvernementale et encore davantage à se plaindre de celle des technocrates qui les traitent en suspects. Surtout, les penchants dirigistes du général de Gaulle leur déplaisent profondément, alors même qu’ils s’affichent ouvertement. « L’ardente obligation » évoquée par de Gaulle a soulevé bien des réticences, et il faut tout le talent de Pierre Massé, qui s’efforce de lui expliquer que la concurrence extérieure comme la recherche du profit peuvent être plus efficaces que le Plan, pour que le Général accepte de remplacer le terme de « diriger » par celui de « conduire ».

LA DONNE A PROFONDÉMENT CHANGÉ :

Une croissance spectaculaire et prolongée :

La décennie 1959-1970 qui représente grossièrement la période de la République gaullienne est celle au cours de laquelle le PIB (produit intérieur brut) français a connu sa croissance la plus spectaculaire, plaçant la France en tête des pays européens et même des grands pays industriels du monde (seul le Japon connaît un taux de croissance supérieur). Cette remarquable croissance apparaît comme inscrite dans une longue période puisqu’elle poursuit celle de la IVe République – accentuée il est vrai (4,5 % de croissance annuelle moyenne entre 1949 et 1959) – et se prolongera jusqu’en 1974 avec des taux avoisinant les 7 % au début des années 1970.

Il faut constater que la croissance est, durant les années qui vont de la fin de la guerre à 1974, un phénomène qui touche tous les grands pays industriels du monde : les « miracles » italien, allemand, japonais ont en réalité précédé et dépassé dans les années 1950 la croissance française. Les bons résultats français des années 1960 apparaissent comme un rattrapage, la France ayant profité d’une conjoncture mondiale favorable.

La réorientation de l’économie française :

Une volonté de rupture caractérise la modernisation : rupture par rapport aux structures industrielles qui sont jugées à la fois inadaptées et émiettées ; rupture par rapport au repli sur l’Hexagone et sur l’Empire colonial, ce qui implique le démantèlement du protectionnisme. Rappelons tout de même qu’en 1958, la France est le pays le plus protectionniste d’Europe occidentale. Apparaît la conviction croissante que l’attitude protectionniste de l’État constitue un handicap et un frein au progrès. Ainsi lit-on dans le IIIe Plan : « Notre pays ne peut choisir une politique de protectionnisme et de repliement sans risquer, du même coup, de se retrouver dans quelques années appauvri, isolé et comme rejeté de l’histoire. » En signant le traité de Rome en 1957, malgré un scepticisme largement partagé sur les capacités concurrentielles de son industrie, la France s’est engagée dans un processus irréversible.

La reconstruction, achevée, ne constitue plus le facteur d’entraînement principal pour la croissance, la relève étant prise par la consommation des ménages. La priorité est donc donnée au développement industriel, moteur d’une croissance rapide du fait de l’importance des gains de productivité qui peuvent être réalisés.

Au moment de l’arrivée au pouvoir du général de Gaulle, la France apparaît, en ce qui concerne la place de son industrie dans les échanges internationaux, comme un pays en voie de développement qui exporte des produits alimentaires, des produits manufacturés de base (électricité, verre, minerais, sidérurgie) et des biens de consommation courante (textiles, habillements, cuirs). Les Ve et VIe Plans ont fait porter l’effort sur les industries de biens d’équipement et de biens intermédiaires, avec l’objectif de combler le retard national en matière d’exportations industrielles dans les secteurs les plus modernes et à technologie avancée.

Il ne s’agit pas seulement de créer des groupes concurrentiels dans les secteurs les plus modernes comme l’informatique, l’aéronautique ou l’espace, mais aussi de rendre viables, grâce à des fusions et à des absorptions, les industries traditionnelles employant une main-d’œuvre nombreuse comme l’industrie agro-alimentaire, la mécanique, l’électronique ou la chimie. Cette politique systématique de restructurations industrielles exige l’intervention de puissants groupes financiers, seuls capables de fournir les capitaux nécessaires aux rachats d’entreprises et aux investissements. Aussi le rôle économique des grands groupes financiers français devient-il essentiel et il n’est guère de secteur industriel en voie de modernisation qui ne soit concerné par l’intervention de Rothschild, Empain-Schneider, Suez ou Paribas.

Des hommes au service des ambitions gaulliennes :

Au début des années 1960, le volontarisme interventionniste s’explique en grande partie par l’impulsion que fournissent les hommes et les équipes réunis autour du commissaire général au Plan, Pierre Massé (1959-1966). L’ancien directeur-général adjoint d’EDF allie l’expérience industrielle, la pratique du calcul économique, l’ouverture et le sens des contacts humains.

Jusqu’en 1962, le véritable ministre de l’Économie, préparant la France à affronter la concurrence internationale, est le Premier Ministre Michel Debré (1959-1962). Il est secondé par le ministre de l’Industrie Jean-Marcel Jeanneney et son Directeur de cabinet Raymond Barre (1959-1962), puisque l’objectif est bien d’industrialiser le pays. Antoine Pinay et plus encore son successeur de janvier 1960 à janvier 1962, Wilfrid Baumgarten, apparaissent dans un rôle de stricts techniciens des finances, chargés de veiller au maintien des conditions monétaires d’une croissance économique saine.

Avec l’accession en janvier 1962 de Valéry Giscard d’Estaing au ministère des Finances – Michel Debré lui succède de 1966 à 1968 – puis à l’arrivée à Matignon de Georges Pompidou (1962-68), l’objectif de la planification se modifie en s’adaptant aux besoins de l’économie. Il ne s’agit plus de produire à tout prix comme dans les années 1950, mais de moderniser l’appareil productif pour le rendre apte à affronter la concurrence internationale. La France s’ouvre au monde extérieur, abandonne le protectionnisme frileux qui a longtemps caractérisé son économie. Le Plan définit alors une politique industrielle visant à améliorer l’environnement des entreprises et à intensifier les actions communes entre les secteurs privé et public, en une économie mixte mieux équilibrée, mais plus active et élargie à des branches nouvelles (sidérurgie, électronique). Les IVe et Ve Plans sont placés sous le signe de la « compétitivité » de l’économie française qui se frotte désormais à un marché hautement concurrentiel où le succès passe par un dynamisme commercial de tous les instants. Le Comité Ortoli-Montjoie, qui réunit les experts du comité de développement industriel du VIe Plan, définit en 1966-68 « l’impératif industriel » qui sert de devise au Plan de 1970-75.

La recherche, indispensable à toute politique de grandeur :

L’innovation technologique et scientifique est, pour le général de Gaulle, la condition à la fois du progrès et de l’indépendance nationale : il nous faut dit-il, « pousser sans relâche nos recherches scientifiques et techniques sous peine de nous enliser dans une amère médiocrité et d’être colonisés par les participations, les inventions et les capacités étrangères ». C’est d’abord une politique de la recherche, au sens strict du terme. Dès novembre 1958, un organisme nouveau est créé pour coordonner toute la recherche publique : la DGRST (Délégation générale à la recherche scientifique et technique). Assurant le secrétariat du Comité interministériel de la recherche, créé simultanément, la DGRST est directement rattachée au Premier ministre. Elle va se soucier particulièrement de la recherche-développement, c’est-à-dire du passage des recherches fondamentales aux applications ; elle appuie notamment l’essor d’une industrie d’instrumentation scientifique.

A côté du CNRS (réorganisé en 1961, il comptera jusqu’à 15000 chercheurs en 1969), du CEA et de l’INRA (Institut national de recherche agronomique), qui existaient déjà, le gouvernement  crée en 1961 le CNES (Centre national d’études spatiales), en 1964 l’INSERM (Institut national pour la santé et la recherche médicale), et en 1967 l’IRIA (Institut de Recherche en Informatique et en Automatique), le CNEXO (Centre national pour l’exploitation des océans) et l’ANVAR (Agence nationale pour la valorisation de la recherche). Des pôles de recherche se développent, comme dans le sud de Paris (Orsay-Saclay), en Bretagne-Nord (pour les télécommunications), à Toulouse (pour l’aérospatial), à Lyon (chimie, biologie, médecine). Les dépenses de recherche-développement passent de 2,46 % du budget de l’État en 1958 à 6,2 % en 1967, et l’effectif des chercheurs de 9000 environ en 1958 à 31 000 en 1969. Jamais la recherche n’avait connu un tel essor qu’à cette époque de colbertisme scientifique et technologique.

LES BOULEVERSEMENTS QUI AFFECTENT L’INDUSTRIE FRANÇAISE :

Une importante vague de restructurations :

Dès la IVe République, l’État a pris l’initiative de la concentration des entreprises en la réalisant dans les houillères nationalisées et en la favorisant dans la sidérurgie. Le traité de Rome accélère le mouvement, et le nombre annuel de fusions d’entreprises dans l’industrie passe de 32 en 1950-59 à 74 en 1959-1965 puis à 136 en 1966-1972. D’importants mouvements de restructuration affectent les entreprises : 1850 opérations se déroulent de 1961 à 1970, contre 850 concentrations de sociétés anonymes de 1950 à 1960.

Les exportations industrielles de la France, sur la base de 1958, atteignent en 1964 l’indice 295 vers la CEE et 140 hors CEE. Le Marché commun ne coïncide pas seulement avec cet essor, il l’explique. La réussite de Peugeot en est un bon exemple : ses exportations se hissent à 43 % de la production en 1960, laquelle a augmenté d’un tiers depuis 1957.

Avec les progrès en matière de productivité, la population active employée dans l’industrie stagne dans les années 1960. Le VIe Plan l’affirme, « le développement des exportations ne peut être fondé que sur une industrie puissante et compétitive ». La France industrielle réussit bien, mais pas mieux que les autres ; elle accompagne sans faiblir la croissance mondiale du commerce des produits manufacturés. Tout son effort a abouti à maintenir sa part dans les exportations industrielles mondiales autour de 7-8 %. La part de l’industrie dans le PIB qui était de presque 20 % dans les années 1950 monte à 28,3 % en 1973 (38,8 % si on y ajoute l’énergie et l’industrie agro-alimentaire).

Le secteur industriel constitue le lieu privilégié du mouvement de concentration des entreprises. Vers 1970, les résultats sont patents, bien qu’ils diffèrent d’un secteur à l’autre. Trois groupes contrôlent 86 % de la production de ciment ; l’industrie chimique est entre les mains de trois géants : Péchiney-Ugine-Kuhlmann, Rhône-Poulenc, Saint-Gobain-Pont-à-Mousson ; l’automobile est dominée par quatre constructeurs : Renault, Peugeot, Citroën et Simca. Les industries au dynamisme réduit n’échappent pas à la règle : le textile est atteint par la disparition de nombreuses entreprises insuffisamment modernes, et l’Etat pose en 1966 comme condition à son aide à une sidérurgie en voie d’effondrement une restructuration autour de 3 firmes : Wendel-Sidélor, Denain-Nord-Est-Longwy et Creusot-Loire. C’est aussi l’État qui impose la fusion dans les industries de haute technologie où il finance partiellement les programmes de recherche : l’électronique avec la création en 1967 de la CII (Compagnie internationale d’informatique) ou l’aviation avec le regroupement en octobre 1969 dans la SNIAS des entreprises nationalisées.

L’État n’est pas seulement un promoteur de la concentration, il en est aussi un acteur. La loi du 12 juillet 1965 institue un nouveau régime de faveur pour les opérations de fusion et de scission. L’ordonnance du 24 septembre 1967 institue les groupements d’intérêt économique (GIE). Nouveau cadre juridique offert aux entreprises, les GIE visent à permettre l’adaptation des entreprises à la concurrence tout en conservant leur individualité et leur autonomie. La souplesse de cette formule, les avantages fiscaux qui s’y rapportent, expliquent en partie son succès. Si certaines de ses actions ont connu un relatif succès (plan sidérurgique, construction navale, textiles, ameublement…), d’autres tentatives, en revanche, n’ont pas abouti. Dans l’industrie chimique par exemple – la profession considérant la tentative d’intervention de l’État comme une ingérence mal venue.

Un exemple de secteur modernisé : la sidérurgie assistée :

La sidérurgie française, au milieu des années 1960, offre un mélange de technologie très moderne (autour de Dunkerque, par exemple) et de procédés vieillis (les convertisseurs Thomas de Lorraine), d’un corporatisme frileux et de stratégie d’avant-garde. Les sociétés ont investi massivement afin de suivre la demande intérieure et internationale. La production atteint 20 millions de tonnes en 1965. Le blocage des prix de l’acier, qui sera maintenu jusqu’en 1970, conduit à des marges très faibles. D’où un endettement préoccupant, à hauteur de 46 % du chiffre d’affaires en 1960 et de 69 % en 1965. Le retournement de la conjoncture mondiale de l’acier en 1963-64 a mis la sidérurgie française à découvert. Elle ne peut cesser d’investir, sous peine d’être submergée par ses concurrents ; mais elle ne peut continuer de le faire sans le soutien de l’État.

Les pouvoirs publics considèrent que les investissements ont été dispersés dans de trop nombreuses unités de production. Le « plan professionnel » de 1966 prévoit que la sidérurgie modernise ses structures en fermant les installations dépassées. On envisage 15 000 suppressions d’emploi. L’État prêt, via le FDES, 27 % des dépenses de modernisation et de concentration à un taux très avantageux. La sidérurgie a aussi besoin de « champions nationaux » : en 1966 Usinor absorbe Lorraine-Escaut, Saulnes-Uckange et Vallourec et devient la plus grande unité sidérurgique de France ; de Wendel et Sidélor s’associent à la fin de 1967 ; deux ans plus tard, les aciéries de la Loire (CAFL) et celles du Creusot (SFAC) fondent Creusot-Loire, moyennant des aides substantielles. Différenciation régionale (produits plats dans le Nord, produits longs en Lorraine, aciers spéciaux dans le Centre-Midi), délocalisation et gigantisme (la ZIP [zone industrielle portuaire] de Dunkerque, créée en 1963, a une capacité de 9 millions de tonnes) caractérisent la sidérurgie de la fin des années 1960. On assiste en outre à une littoralisation de la sidérurgie, rendue nécessaire par la concurrence internationale ; la décision de construire une ZIP à Fos-sur-mer est prise en 1968.

Les limites de la modernisation de la branche industrielle :

La modernisation de l’économie française à l’époque de la croissance ne doit pas faire illusion. En dépit du phénomène de la concentration industrielle, la France reste marquée par la forte empreinte de la petite entreprise : sur les 617 000 entreprises qui existent au début des années 1970, plus de 54 000 emploient moins de 10 salariés et 58 000 en emploient entre 10 et 50. En 1961, l’effectif médian des entreprises, c’est-à-dire un effectif tel qu’il y ait autant d’entreprises plus grandes que plus petites, était de 144 salariés ; à la même époque, il était de 250 en Allemagne, de 280 aux Pays-Bas, de 360 aux États-Unis, mais de 80 au Japon.

L’artisanat emploie encore à la même époque 2 millions de personnes. On assiste à la disparition relativement rapide des entreprises artisanales soumises à la concurrence directe de la grande industrie (verre, chimie, textile). Au dessus de cette strate de l’artisanat se développe le monde des PME (petites et moyennes entreprises) employant de 10 à 500 salariés. Il a certes très durement subi le contrecoup de la modernisation industrielle des années 1960, comme le montre la diminution du nombre des établissements industriels employant entre 10 et 19 salariés qui passent de 35 % du total des entreprises de ce secteur en 1962 à 23 % en 1972. Mais la capacité d’adaptation du secteur des PME lui permet d’employer encore plus de 40 % de la main d’œuvre industrielle.

La concentration a certes amené une importante modification des structures industrielles. Mais l’objectif qui consistait à créer de grands groupes industriels de taille internationale n’a obtenu que des résultats limités. Au début des années 1970, 1500 entreprises assurent 90 % des exportations françaises, tandis que 45 000 petites et moyennes industries sont exclues du marché international. Première entreprise française, Renault ne figure qu’au 22e rang mondial, et la France ne compte de grandes entreprises que dans un nombre limité de secteurs : l’automobile (Renault, Peugeot, Citroën), le pétrole (Compagnie française des pétroles, ELF-ERAP), le verre (Saint-Gobain-Pont-à-Mousson et BSN-Gervais-Danone), l’aluminium (Péchiney-Ugine-Kuhlmann), l’aéronautique. En revanche, aucune grande société française n’est capable de faire jeu égal avec les géants internationaux de la sidérurgie, de la chimie, du matériel électrique, de l’électronique, de la mécanique ou de la construction navale.

DE GRANDS PROJETS MIS EN AVANT DANS LES SECTEURS-PHARES :

Les premiers pas de l’industrie aérospatiale :

En 1953, face à la montée en puissance des deux grandes nations de la conquête spatiale, l’URSS et les États-Unis, la France, sous l’égide de la DEFA (Direction, études et fabrication d’armements), se rend compte qu’il est indispensable de se lancer dans la conquête des cieux et de chercher une « troisième voie ». Il s’agit avant tout de rattraper le retard pris sur ces deux États, qui sont alors tout près d’accéder à l’espace, avec Spoutnik pour l’URSS et Explorer 1 pour les États-Unis.

Le programme de la fusée Véronique est confié à une des sections de la DEFA, le LRBA (Laboratoire de recherches balistiques et aérodynamiques). Véronique est un projet de fusée modeste dont l’objectif premier est d’envoyer des appareils de mesure au-delà de l’atmosphère. Les Véronique sont lancées depuis la base de Colomb-Béchar, dans le Sahara.

Le CNES (Centre national d’études spatiales) est fondé en 1961, avec à sa tête Pierre Auger, dans le but de restructurer le programme spatial français. De 8 personnes au départ, il passe à 80 après seulement 1 an d’existence.

Alors que Youri Gagarine a déjà rejoint l’espace depuis 4 ans et que les concurrents du CNES bénéficient d’effectifs et de budgets colossaux, la France poursuit ses efforts avec une seconde fusée, capable de satelliser une charge : la fusée Diamant. C’est un succès : le 26 novembre 1965, la première Diamant met en orbite le premier satellite français, le A1, dit Astérix. La France est devenue une puissance spatiale – elle est le troisième pays à satelliser un objet artificiel.

En 1964 est créé le CERS (Conseil européen de recherches spatiales), l’ancêtre de l’ESA (l’Agence spatiale européenne). Douze pays adhèrent alors à ce conseil ; l’Europe spatiale est née. Le projet d’une fusée européenne (Europa 1 puis Europa 2) est lancé, mais, doté d’un budget insuffisant et mal bâti, son résultat fut catastrophique. Son abandon priva l’Europe d’un lanceur puissant jusqu’à l’avènement des Ariane.

Le CNES poursuit son développement technique et humain, s’implantant notamment à Toulouse. On décide de construire en 1964 le centre spatial de Kourou, en Guyane française. Ce site est bien meilleur que celui de Cap Canaveral en Floride, car plus proche de l’équateur de 23,5° : il permet à énergie égale d’envoyer 17% de masse en plus en orbite, une différence énorme. Les derniers tirs depuis l’Algérie ont lieu en 1966, quand deux fusées Diamant lancent, à dix jours d’intervalle, les satellites Diadème 1 et 2. Le premier tir à Kourou date de 1968. Un an après, Neil Armstrong et Edwin Aldrin marchent sur la Lune.

Les années 1960, des années fastes pour l’aviation :

Le régime du général de Gaulle a su définir une politique aéronautique de grande envergure : en dehors du programme spatial, le principal dessein est de doter la France d’une construction aéronautique civile qui équilibrerait la construction militaire. Cette volonté est affirmée avec éclat lors de l’élaboration du VIe Plan, dont « l’option principale est l’établissement de cette industrie sur les marchés civils ». Dès les premières années 1960, pour réaliser ces ambitions, on accroît de façon massive les crédits de recherche-développement (ils augmentent de 60 % entre 1958 et 1960). Trois programmes sont lancés et largement financés par l’État : le programme Mercure (Société Dassault), les programmes Concorde et Airbus (SNIAS). Mais les imprévisions techniques sont impressionnantes. L’exemple du programme Concorde est déconcertant : le coût de développement est passé de 1600 MF (millions de francs) en 1961 à 14 000 MF en 1972 et le prix unitaire de 30 à 190 MF.

Dans le domaine de l’aviation, la Ve République hérite de projets dont l’exécution est bien avancée. Le moyen courrier Caravelle est mis en service en 1959 ; s’il n’a rien de révolutionnaire, il crée une situation nouvelle, car son succès à l’exportation stimule l’industrie aéronautique française. Sous l’impulsion de la société franco-allemande Allianz, créée en janvier 1955, la France accepte l’idée d’un projet de fabrication d’un appareil de transport militaire à moyen rayon d’action. A la suite d’une importante réunion tenue à Bonn le 28 janvier 1959, les gouvernements franco-allemands décident de confier l’étude de ce futur cargo à une association de travail Transall (pour « Transport – Alliance »). Les firmes Aérospatiale, pour la France, Messerschmitt-Bölkow et VFW-Fokker, pour l’Allemagne, sont chargées de la construction du Transall. Le contrat est signé par les deux pays le 16 décembre 1959 ; le premier vol a lieu en 1961. Le Transall fait figure de premier pas dans la coopération aéronautique et spatiale franco-allemande, qui s’est poursuivie avec de nombreux programmes tels que les avions d’entraînement militaire Alpha Jet, les hélicoptères Tigre, des missiles tactiques, des satellites, les lanceurs Ariane.

Pendant la période 1950-58, le recours à la technologie étrangère, via l’OTAN, dominait la branche aéronautique. Mais à partir de 1961, le solde de la balance de ce secteur est positif. L’exportation de moyens courriers, d’avions d’interception et d’hélicoptères autorise l’importation des gros porteurs civils et militaires.

Du coup, il ne paraît plus déraisonnable de concurrencer les États-Unis dans la catégorie où ils ont le monopole, celle des longs courriers. Le Concorde, dont la construction est décidée en 1962, sera franco-britannique. La France souhaite aussi être présente sur le marché des gros porteurs. On discute à partir de 1965 de la conception d’un avion européen, l’Airbus, jusqu’à la création d’une société européenne, Airbus Industrie, en 1970. Cette fois, c’est une triple alliance – France – Angleterre – Allemagne – qui se charge de réaliser l’Airbus. L’État est au centre puisqu’il décide, finance et fait construire : à la SNECMA, les moteurs, à Sud-Aviation, les cellules.

L’informatique et les télécommunications :

Les recherches nucléaires et spatiales requièrent de puissants moyens de calcul. Quand le gouvernement américain refuse, en 1966, de livrer un ordinateur Control Data à la France pour le développement de la force de frappe, les pouvoirs publics réagissent. La Compagnie des machines Bull a été rachetée en 1964 par General Electric. Elle ne peut servir de base à une solution nationale. C’est pourquoi le « Plan Calcul » nécessite la création d’une nouvelle société, la Compagnie internationale pour l’informatique (CII), réunissant Schneider, Thomson et la CGE. L’Etat apporte 580 millions de francs sous forme de d’études et de prêts. L’Institut de recherche d’informatique et d’automatique (IRIA) est créé en 1967 et constitue l’un des organes principaux d’exécution de ce Plan Calcul. La France conclut également des partenariats avec l’étranger. Le 8 novembre 1967, la France signe un accord avec la Tunisie pour la construction, l’entretien et l’exploitation d’un système de télécommunication par câble sous-marin entre les deux pays.

L’énergie :

La consommation d’énergie a naturellement crû au cours des années 1960, passant de 85,6 à 176 millions de tonnes équivalent pétrole (TEP). Mais durant ces mêmes années, la part du charbon dans le bilan énergétique français n’a cessé de décroître au profit de celle des hydrocarbures, importés dans leur quasi-totalité. Il en résulte un accroissement de la dépendance énergétique de la France : en 1946, elle importait 41 % de son énergie ; en 1973, elle en importe 75%. Il est vrai qu’il s’agit d’une énergie dont le coût va décroissant puisque la thermie issue du fuel baisse de près de 60 % entre 1958 et 1970 et que le rapport entre la thermie issue du fuel et celle provenant du charbon se révèle de plus en plus favorable au pétrole. L’intérêt économique l’emporte donc sur l’inconvénient de la dépendance ; l’ouverture des frontières et l’acceptation de la concurrence internationale imposent en outre ce choix.

En 1959, le « Plan Jeanneney » tire les conséquences de cette évolution. Il prévoit, pour améliorer la compétitivité des houillères, la fermeture des mines les plus déficitaires. Toutefois, pour réagir contre l’emprise jugée excessive des grandes compagnies étrangères et des groupes financiers sur le marché pétrolier, le gouvernement favorise la constitution de sociétés nationales orientées vers la recherche et la commercialisation du pétrole. Ainsi est créée en novembre 1960 l’Union générale des pétroles. Jean-Marcel Jeanneney, ministre de l’Industrie, se voit confié le soin de rassembler et de fusionner l’ensemble des sociétés et agences publiques du secteur pétrolier. Pour réaliser ces montages complexes, Jeanneney s’adjoint comme directeur de cabinet un habile technicien de l’économie, Raymond Barre. Grâce à leurs efforts, en 1962, le secteur est restructuré autour d’une puissante société, ELF. Pour la diriger, Pierre Guillaumat, fondateur historique de la Direction générale des services spéciaux et ami de longue date de la famille De Gaulle, abandonne son maroquin de ministre de la Défense. La société française s’allie avec des sociétés de recherche et des équipementiers américains. En 1965, la naissance de la société ELF-ERAP fournit à l’Etat un instrument de politique pétrolière plus docile que la Compagnie française des pétroles, société d’économie mixte.

Les moyens de la grandeur : l’impératif nucléaire :

La politique d’indépendance nationale préconisée par le général de Gaulle comme la volonté de peser dans les affaires du monde, qui constitue sa grande ambition, rendent indispensable la possession de l’arme nucléaire, élément clé de toute stratégie internationale. De ce point de vue, le général de Gaulle peut s’appuyer sur les travaux préparatoires entrepris par le Commissariat à l’énergie atomique (CEA), créé en 1945.

C’est en 1954 que se trouve pris le tournant décisif ; sensible aux prises de position en faveur de la construction de l’arme atomique du colonel Ailleret, du général Chassin, de René Pleven – ministre de la Défense nationale du cabinet Laniel – puis du général de Gaulle lui-même, Pierre Mendès France crée un comité des explosifs nucléaires et propose de lancer un programme d’études et de préparation d’un prototype d’arme nucléaire et d’un sous-marin atomique. Par la suite, malgré des hésitations, un ensemble de décisions est pris et aboutit, en particulier après la crise de Suez, à accélérer le programme nucléaire français par la construction de centrales et d’une usine de séparation isotopique. Avant la fin de la IVe République, le CEA commence la construction des premiers engins expérimentaux, et on choisit le site de Reggane au Sahara pour une première explosion dont la date est fixée en avril 1958 au premier trimestre 1960.

Parvenu au pouvoir, le général de Gaulle va faire fructifier l’héritage nucléaire de la IVe République, qu’il considère comme l’instrument indispensable de sa politique. La priorité désormais reconnue à la force de frappe en matière stratégique se manifeste par la nomination comme ministre des Armées du commissaire à l’Energie atomique Pierre Guillaumat ou par le rôle dévolu à la tête de l’armée aux théoriciens du nucléaire comme le général Ailleret. Le 13 février 1960, la première bombe atomique française éclate à Reggane : « Hourra pour la France ! Depuis ce matin, elle est plus forte et plus fière », télégraphie Charles de Gaulle à son ministre des Armées. La France fait désormais partie du cercle fermé des puissances nucléaires. Aussitôt, le chef de l’Etat fait pousser les études pour l’expérimentation de la bombe thermonucléaire (la bombe H), s’impatientant des délais nécessaires à sa mise au point. Le 25 août 1968, la première bombe H explose à Mururoa, le nouveau site nucléaire dans le Pacifique depuis l’indépendance de l’Algérie.

Dotée de l’arsenal nucléaire qui assure son statut de grande puissance, la France ne possède toutefois pas les vecteurs qui le rendent opérationnel. Si bien que, dans un premier temps, c’est l’armée de l’air qui est chargée de la nouvelle stratégie nucléaire française. En 1967, une flotte de 62 Mirage IV construits par la société Dassault porteurs de bombes A de 60 kilotonnes chacune constitue la « force de frappe ». Dès 1960 commencent les études d’un missile sol-sol balistique stratégique (SSBS) destiné à relayer les Mirage IV, mais qui ne sera opérationnel qu’à partir de 1971. C’est également à partir de 1960 que débutent les premières études destinées à la construction d’un sous-marin nucléaire qui aboutiront au lancement en mars 67 du Redoutable. En même temps commencent les travaux de mise au point d’un missile balistique mer-sol (MBMS) transporté par sous-marin ; ce MBMS devient l’arme absolue puisqu’il est à peu près impossible à détecter et qu’il peut frapper de n’importe quel point du globe. Le Redoutable sera équipé lors de sa mise en service en 1971 de 16 MBMS de 2500 à 3000 km de portée, possédant chacun une tête nucléaire de 500 kilotonnes.

Parallèlement, le CEA gonfle ses équipes – il passe de 9000 salariés en 1957 à environ 30 000 en 1967 – et multiplie ses centres de recherche (Cadarache en 1963). La mise au point de l’armement atomique conduit à la construction en 1965-67 de l’usine de séparation isotopique de Pierrelatte, destinée à la production d’uranium enrichi. Ainsi se constitue la « filière française » de production d’énergie nucléaire, dans la suite du Second Plan atomique (1957-1961) qui s’accompagne de l’ouverture de l’usine expérimentale de Marcoule (en 1959) et de la première centrale nucléaire (Chinon 1 en 1962).

La force nucléaire permet à de Gaulle d’obtenir ce qu’on lui refusait en 1958, un statut de partenaire responsable. Mais, si la politique étrangère du général de Gaulle et sa volonté d’indépendance à l’égard des États-Unis est largement approuvée par la France, l’armement nucléaire qui en est inséparable suscite pour sa part une large incompréhension. Les raisons tiennent au sentiment d’un bellicisme français quelque peu archaïque, que cet armement est inefficace et onéreux, ou encore à la crainte d’une guerre atomique. C’est donc face à l’hostilité et au scepticisme de la majorité des Français que de Gaulle a doté la France de la force nucléaire qui assure son indépendance.

Désireux de témoigner sa vigilance en faveur des armes, de Gaulle manifeste également de l’intérêt pour les applications civiles. Il choisit de visiter et d’exalter quelques réalisations. Il visite le Commissariat à l’énergie atomique de Grenoble en octobre 1960, inaugure l’aérogare d’Orly Sud le 24 février 1961, l’usine marémotrice de la Rance – une première mondiale – le 26 novembre 1966.

LE MODÈLE DU PLAN EN PARTIE REMIS EN CAUSE :

Le rôle grandissant du patronat :

Les divisions du patronat et les structures industrielles qui les expliquent en partie justifient à la fois l’intervention de l’État dans l’économie et l’orientation de cette intervention. Le gouvernement de Georges Pompidou encourage délibérément la formation de grandes entreprises capable d’affronter les multinationales étrangères. Dans le patronat, l’influence des managers qui dirigent ces grandes entreprises grandit. En 1966, Ambroise Roux prend la présidence de la commission économique générale du CNPF (Confédération nationale des patrons français) ; il en fait un organe décisif de proposition et de pouvoir. C’est ce groupe qui prône, en 1969, une croissance « à la japonaise » au rythme de 8 % par an, et trouve timides les propositions des technocrates du Plan. Les années de Gaulle voient ainsi le patronat prendre progressivement le relais du Plan.

Au début de la période, le Plan est, pour les hauts fonctionnaires modernisateurs, un moyen d’appuyer les secteurs dynamiques de l’économie et d’aider le patronat innovateur à faire pression sur le patronat plus traditionnel, d’esprit plus « rentier ». Au lendemain des événements de 1968, cette politique se retourne, et ce sont les patrons modernistes qui utilisent le Plan pour faire pression sur l’État. L’initiative a changé de camp. A terme s’annonce le dépérissement du Plan, victime en quelque sorte de son propre succès : le patronat devient l’acteur central de la croissance.

Les nuances que l’on peut apporter :

La croissance est due en grande partie à ces différents acteurs. Ils ont certes fait ce que la situation leur permettait de faire, mais ils n’ont pas créé la situation. Avec la conjoncture internationale, l’économie est emportée par un mouvement qui la dépasse. La Ve République a eu le mérite fondamental d’accepter l’internationalisation de l’économie française et de l’ouvrir largement sur l’extérieur. Mais il est juste de dire qu’elle ne faisait ici que poursuivre la politique de la IVe. La France solidement amarrée à l’Europe, ce n’est pas ce qu’on attendait de De Gaulle. Pour l’économie, cela a été décisif.

On peut aussi remarquer que les fusions ont peut-être été abusivement présentées comme la panacée à tous les maux de l’industrie française, alors qu’elles ne sont réellement bénéfiques qu’assorties d’un remembrement industriel, ce qui n’a pas toujours été le cas.

Le nucléaire, l’aéronautique, l’informatique : le gaullisme a fait de ces trois secteurs d’avenir le symbole de la reconquête scientifique, technique et industrielle. Il s’agit d’un effort financier considérable où l’investissement de recherche a la meilleure part. Mais ces domaines clés ont-ils un véritable effet d’entraînement, par transferts technologiques et par commandes, qui justifie une pareille concentration de moyens ? Et le rôle déterminant des dépenses militaires dans ces industries de pointe n’esquisse-t-il pas une sorte de complexe militaro-industriel ? Par ailleurs, le souci de l’indépendance nationale n’empêche pas d’établir ou de prévoir des coopérations ; la France ne peut s’en sortir seule. Les industries aéronautiques et spatiales sont, par nécessité, des lieux de coopération, car le volume des investissements nécessaires dépasse les moyens d’un pays européen. Mais cela ne va pas sans difficultés techniques, divergences de points de vue ou incertitudes sur les objectifs.

CONCLUSION :

Jusqu’en 1969, c’est donc dans un contexte de rénovation de l’industrie que s’opère la croissance française. La France bénéficie certes d’une économie robuste, mais demeure handicapée par des structures bien souvent inadaptées. S’il est un domaine où la phrase du général de Gaulle « la France a épousé son siècle » paraît s’appliquer, c’est bien celui de la restructuration industrielle. Sans doute celle-ci ne présente pas que des aspects positifs, mais l’effort d’adaptation est indéniable et il fait de la France gaullienne un des pays les plus dynamiques du monde industriel des années 1960.

Le message de la Saint Sylvestre 1963 est ainsi d’une grande clarté : « Notre prospérité atteint un niveau que nous n’avons connu en aucun temps et notre progrès social réalise une avance sans précédent. A mesure que le couple de l’essor et de la raison nous amène à la puissance, la France retrouve son rang, son attrait, ses moyens. »

Gouverner un État, c’est avant tout le mettre en mesure de peser sur le destin du monde et lui donner les moyens de défendre ses intérêts propres dans l’impitoyable compétition que se livrent entre elles les nations.

Cela a également eu un impact sur les mentalités. Il règne dans la France de l’époque une mystique du taux de croissance surprenante pour un peuple longtemps réputé imperméable à la culture économique. De Gaulle y est pour quelque chose, lui qui, de discours en discours, rappelle au pays qu’il n’est pas de grandeur sans puissance économique, ni de richesse sans effort.


BIBLIOGRAPHIE :

BERSTEIN Serge et MILZA Pierre, Histoire du XXe siècle, Hatier, Paris 1987, tome 3.

BONIN Hubert, Histoire économique de la France depuis 1880, Editions Masson, collection Un Siècle d’histoire, Paris, 1988, chapitre 1.

BRAUDEL Fernand et LABROUSSE Ernest, Histoire économique de la France (Années 1960-1980), PUF, Quadrige, 1993, tome IV, volume 3, livre II, chapitre IV.

Institut Charles de Gaulle, De Gaulle en son siècle, T.3 Moderniser la France, La Documentation française, Plon, collection Espoir, Paris, 1992, chapitre IV.

BERSTEIN Serge, Nouvelle Histoire de la France contemporaine, Points Seuil, Paris, 1989, T.17 La France de l’expansion, volume I (La République gaullienne, 1958-1969), chapitres 2.5 et 2.7.

WORONOFF Denis, Histoire de l’industrie en France du XVIe siècle à nos jours, Seuil, Paris, 1998, Quatrième partie « Puissance retrouvée, puissance perdue ? des années 1940 à nos jours ».

BARJOT Dominique, Industrialisation et sociétés en Europe occidentale du début des années 1880 à la fin des années 1960, coédition CNED-SEDES de prépa CAPES, 1997.

MARSEILLE Jacques, Puissances et faiblesses de la France industrielle, XIXe – XXe siècle, Paris, Seuil 1997, « Le temps de la prospérité ».

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CONCEVOIR L’OPINION PUBLIQUE

L’opinion publique est l’expression de l’esprit d’un peuple. Elle combine un ensemble d’informations propre à celui-ci : Ses mœurs, ses habitudes générales et domestiques,  ses occupations agricoles ou manufacturières, son  inclination ou antipathie pour les armes, sa disposition naturelle à respecter ou à mépriser le frein des lois [1]. L’existence de la société constitue la condition essentielle de l’opinion publique, puisque celle-ci est liée à la communication qui, elle-même, postule nécessairement le rapprochement d’individus : « Là où cette majorité n’existe pas, il n’y a pas d’esprit public proprement dit » [2]. De ce fait, elle est considérée comme telle uniquement lorsque l’ensemble des voix qui la compose semble relativement cohérent. Autant surprenant que cela puisse être, l’opinion publique ne résulte pas de la somme des opinions privées. En effet, lorsque les individus jugent indépendamment les uns des autres sur un point qui ne passionne pas l’opinion, les jugements moyens ou indifférents sont les plus nombreux. Au contraire, lors qu’apparaissent des phénomènes de contagion, comme cela va se produire après la publication du 29e bulletin de la Grande Armée, les oppositions durcissent et le nombre d’indifférents diminue.

L’opinion publique prend deux formes :

– L’une visible, déclarée, qui est le fait dans la majeure partie des cas l’expression d’une minorité, du moins d’une sélection (bourgeoisie, presse, classes sociales).

– L’autre profonde, mais plus différenciée, étant sous le Premier Empire à peu près clandestine ou à peine chuchotée.

L’opinion ouverte est conjoncturelle, c’est-à-dire qu’elle s’exprime vis-à-vis d’un événement donné, nouvelle information publiée par le bulletin de la Grande Armée par exemple. Cette partie de l’opinion est la plus facile à appréhender car elle s’exprime malgré le climat de censure. Elle est aussi l’enjeu et le terrain des groupes politiques et mouvements divers.

L’opinion profonde représente des courants à long terme, des représentations mentales et mythes divers. Elle est aussi la plus difficile à cerner en raison de la multiplicité de ses composantes et de ses racines anciennes.

Par ses lectures à l’École royale militaire de Paris, Napoléon Bonaparte a été fortement imprégné des ouvrages de culture romaine, ainsi que des écrits de Rousseau et de la philosophie des Lumières. Il adopte la conception d’une opinion publique, synonyme de moralité publique. Les Romains avaient bien compris l’intérêt de l’opinion publique comme support des mérites :

« L’unique punition portée par les lois des Douze Tables contre les plus grands criminels était d’être en horreur à tous. La haine ou l’estime publique y était une peine ou une récompense dispensée par la loi » [3].

Autrement dit, le pouvoir en place prédomine sur les mœurs des individus. L’opinion publique peut alors être renforcée (par l’orgueil de la gloire militaire notamment) ou transformée à sa guise. Cette notion est reprise fortement par Jean-Jacques Rousseau, qui a vu malheureusement sous la monarchie française, une ignorance volontaire de ce concept :

« On ne peut trop admirer avec quel art ce ressort, entièrement perdu chez les Modernes, était mis en œuvre chez les Romains et mieux encore chez les Lacédémoniens » [4]. « Ce grand ressort de l’opinion publique si habilement mis en œuvre par les anciens législateurs est absolument ignoré des gouvernements modernes, car comme ils la bravent eux-mêmes, comment apprendraient-ils aux citoyens à la respecter » [5].

Les mœurs peuvent dont être modifiées, alors qu’on les pensait immuables et transmises par l’intermédiaire de la coutume :

« Je ne sache que trois sortes d’instruments à l’aide desquels on puisse agir sur les mœurs d’un peuple ; à savoir, la force des lois, l’Empire de l’opinion, et l’attrait du plaisir » [6].

D’une certaine manière, Napoléon répondra à l’appel lancé par Rousseau. Privé de la stabilité procurée par une légitimité dynastique et héritier de la Révolution qui avait installée l’opinion au cœur de la politique, Napoléon a du accorder à celle-ci une attention soutenue. Il souhaite un rapport direct et exclusif avec la Nation, afin de créer un système politique fondé sur la foi réelle en un guide. L’opinion doit être envisagée en termes d’adhésions, d’acceptations et de refus [7]. Pour Napoléon, les circonstances historiques ne relèvent ni de Dieu, ni du hasard, ni des capacités des grands hommes. Elles sont liées à l’émergence et à la diffusion parmi des millions d’êtres humains d’exigences et d’aspirations devenues constitutives de l’opinion. Il dira à Sainte-Hélène au lieutenant-général Gaspard Gourgaud en mai 1817 :

« J’ai trouvé tous les éléments de l’Empire impérial. On était las de l’anarchie, on voulait en finir. Je ne serais pas venu qu’il est probable qu’un autre aurait fait de même. La France aurait fini par conquérir le monde ! Je le répète un homme n’est qu’un homme. Ses moyens ne sont rien si les circonstances et l’opinion ne le favorisent pas. L’opinion régit tout » [8].

« Il est aujourd’hui, dans le monde civilisé, une puissance morale et universelle, qui est au-dessus de toutes les puissances, c’est l’opinion publique, formées de l’opinion des hommes libres et éclairées de toute nation et de toute religion, de celle de tous les peuples » [9].

Dépassant la notion de conscience et de mœurs d’un peuple, l’opinion publique est le déclenchement d’une attitude. Elle inspire une approbation ou une désobéissance plus ou moins marquées. Cette attitude se transforme également en actes, bénéfiques ou non au régime impérial. Ces actes peuvent aller loin dans la gravité, comme lorsque des affiches incitent des soldats à la désertion ou que certains émeutiers légitiment, par le biais du soutien des masses, un recours à la violence [10].

Néanmoins, dans certaines conditions, c’est le processus inverse qui prédomine, à savoir qu’une attitude est adoptée avant même l’opinion. Ce phénomène est particulièrement visible sous le Premier Empire, du fait de l’importance de la saisonnalité [11] et de l’organisation des communautés (les corps de métiers, les cercles, les coteries). La société paysanne repose notamment sur un enchevêtrement complexe de groupes d’appartenance, plus ou moins vastes, dont on ne perçoit d’ailleurs l’existence que par les archives de la répression [12]. La formation de ces groupes reste assez flexible dans l’ensemble. Elle n’est pas figée, comme dans le cas d’une solidarité assise sur une appartenance territoriale. Le groupe naît sur des liens de parenté, mais fait également intervenir d’autres types de relations (d’amitié, de dépendance économique, de voisinage). Dans le cas où celui si prend position, certains individus vont avoir tendance à suivre dans un premier temps cette même attitude, par imitation de l’entourage (les familles, les maisons, les factions), puis de se faire une opinion en rapport avec elle. Cette tendance à l’imitation est profondément ancrée dans toute micro-société [13]. Les  autorités du régime craignent particulièrement ce phénomène d’imitation, de contagion pourrait ont dire, qui une vingtaine d’année auparavant, avait entrainé « la Grande Peur » [14].

Pour Napoléon, la fragilité d’un État réside dans la multiplication de ces phénomènes de contagion qui entraîne une instabilité des masses à l’intérieur du pays. Lors d’un entretien avec Metternich à Dresde en 1812, il lui dira :

« La France se prête moins aux formes représentatives que bien d’autres pays. En France, l’esprit court les rues ; mais ce n’est que de l’esprit ; il n’y a derrière lui rien qui ressemble à du caractère et bien moins encore à des principes » [15].

Cette instabilité peut causer la disparition de l’opinion publique, en désorganisant les membres de la société. Se forme alors un chaos politique [16], que Jean-Jacques Rousseau avait déjà perçu antérieurement comme principe dans ces « Fragments politiques » :

« Quand la chose publique est mal assise, que tout son poids ne porte pas sur la ligne de direction et que ses forces divisées et s’opposant l’une à l’autre se détruisent mutuellement le moindre effort suffit pour renverser tout cet équilibre et l’État est détruit aussitôt qu’attaqué » [17].

En conséquence, l’opinion publique est une force politique indéniable, dont les autorités du régime napoléonien doivent prendre en compte, soit pour l’utiliser, soit pour la neutraliser, soit pour la guider à renforcer le pouvoir, soit pour améliorer les membres de la société en vue de leur bien, voire la société elle-même.


Notes :

[1] Définition tirée de José OLCINA, L’opinion publique en Belgique entre 1809 et 1816, thèse de doctorat d’histoire moderne et contemporaine, sous la direction de Jean Tulard et de Jacques-Olivier Boudon, Paris IV-Sorbonne, 1996, rééd. en 2004. Reprise dans l’article « L’opinion publique de la retraite de Russie à Waterloo », Bruxelles, La Belgique française, 1993.

[2] Lettre d’un Picard à un habitant de Paris, sur l’état des affaires présentes en France, et la situation présenté de l’esprit public dans les départements, comparé à celui de Paris, Paris, Imprimerie de Patris, 1820, p. 26.

[3] Jean-Jacques ROUSSEAU (1712-1778), Fragments Politiques, Paris, éd. Gallimard, collection La Pléiade, tome III, p. 495, paragraphe 4.

[4] Jean-Jacques ROUSSEAU (1712-1778), Le contrat social, Paris, éd. Gallimard, collection La Pléiade, tome III, chapitre 7, p. 459.

[5] Jean-Jacques ROUSSEAU (1712-1778), Fragments Politiques, Paris, éd. Gallimard, collection La Pléiade, tome III, p. 557, paragraphe 4 et p. 558, paragraphe 1.

[6] Jean-Jacques ROUSSEAU (1712-1778), Lettre à d’Alembert, Paris, éd. Garnier Flammarion, p. 74, paragraphe 2.

[7] Louis BERGERON, L’épisode napoléonien. Aspects intérieurs. 1799-1815, Paris, éd. Le Seuil, 1972, p. 17.

[8] Cette importance de l’opinion publique se retrouve sous la plume de nombreux écrivains : Pour Blaise Pascal, « l’Empire fondé sur l’opinion et l’imaginaire règne quelques temps, et cet Empire est doux et volontaire ; celui de la force règne toujours ; aussi l’opinion est comme la reine du monde, mais la force en est le tyran », Blaise PASCAL (1623-1662), Les pensées, Paris, éd. Sellier et Ferreyrolles, collection Libraire Générale Française, 2000 ; Pour Rousseau, « Elle ne peut être vaincue ni par la raison, ni par la force, ni par la vertu, ni par les lois », Jean-Jacques ROUSSEAU (1712-1778), Lettre à d’Alembert, Paris, éd. Garnier Flammarion, p. 155, paragraphe 2 ; « un monstre qui dévore le genre humain », Jean-Jacques ROUSSEAU (1712-1778), Lettre à l’Abbé Maydieu du 9 février 1770, in Lettres Philosophiques, Paris,  éd. Vrin, p. 192, paragraphe 1.

[9] Extrait de L’hercule des anciens et Napoléon, ou l’éducation du grand peuple, Paris, éd. Delaunay, 1845, FRBNF36312668.

[10] François PLOUX (1966-), De bouche à oreille, Naissance et propagation des rumeurs dans la France du XIXe siècle, Paris, éd.  Flammarion, collection Aubier, 2003.

[11] La vie sociale des campagnes comprend deux périodes. Durant les mois d’hiver, la commune ou le hameau sont davantage repliés sur eux-mêmes : c’est l’époque des veillées,  de pratiques sociales qui restent internes au groupe. A l’inverse, en été, les communautés rurales s’ouvrent sur le monde extérieur. Les relations entre les communautés s’inscrivent dans ces variations saisonnières inter-villageoises qui reflètent avant tout cette chronologie binaire. Une nouvelle diffusée en hiver touchera donc les communautés rurales, mais n’aura pas de terreau favorable à son expansion. Peu-être, nous pouvons nous interroger si ces conditions de la vie sociale ne joue pas en la faveur de Napoléon.

[12] François PLOUX (1966-), Guerres et paix paysannes en Quercy, Violences, conciliations et répression pénale dans les campagnes du Lot, 1810-1860, Paris, éd.  La boutique de l’Histoire, 2002. Les affrontements intercommunaux sont très révélateurs, parce qu’ils canalisent lors de ces conflits, les divers composants des groupes locaux. On note même qu’ils contribuent à renforcer la cohésion de ces derniers, par la relation ambigüe entre conflit externe et harmonie interne. Les frontières entre ces groupes marquent l’unité de référence privilégiée du point de vue de l’appartenance et de l’identité collective.

[13] Il convient de remarquer que lorsqu’un certain type est dominant, il tend à fixer en fonction de ses propres tendances les idéaux collectifs dont s’inspireront les traditions et l’éducation. « L’homme est imitateur, l’animal même l’est : le goût de l’imitation est de la nature bien ordonnée ». – Nous verrons à ce sujet, Jean-Jacques ROUSSEAU (1712-1778), Emile ou de l’éducation, Paris, éd. La Pléiade, livre II, tome IV, p. 340, paragraphe 1.

[14] Georges LEFEBVRE (1874-1959), La Grande Peur de 1789, Paris, éd. Armand Colin, 1988, première éd. en 1932.

[15] Dominique GALOUZEAU DE VILLEPIN (1953-), La chute ou l’Empire de la solitude, 1807-1814, Paris, éd. Perrin, 2008, p. 168.

[16] Antoine GUERARD DE ROUILLY, De l’esprit public ou de la toute puissance de l’opinion, Paris, éd. Ladvocat, 1814, deuxième éd. de 1821, p. 357.

[17] Jean-Jacques ROUSSEAU (1712-1778), Fragments Politiques, Paris, éd. Gallimard, collection La Pléiade, tome III, p. 486, paragraphe 3.

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MICHEL DEBRÉ ET L’ENSEIGNEMENT SECONDAIRE

Michel Debré, né à Paris le 15 janvier 1912 et mort à Montlouis-sur-Loire le 2 août 1996, était un homme politique français gaulliste. Sous la IVe République, il adhère à l’U.D.S.R., puis au Parti radical-socialiste. Sénateur d’Indre-et-Loire, de 1948 à 1958, il devient Garde des Sceaux en 1958, dans le cabinet du général de Gaulle. Il y joue un rôle important dans la rédaction de la Constitution de la Ve République. Celle-ci acceptée par référendum, il inaugure la nouvelle fonction de Premier ministre qu’elle prévoit, à partir de 1959.

Le 31 décembre 1959, Michel Debré propose une loi sur la réforme du système éducatif, qui sera l’une des actions politiques essentielles de son ministère. En effet, la « loi Debré » revêt plusieurs aspects : il s’agit de la première tentative réussie de résoudre une question qui avait divisé l’opinion publique et tant déchiré la classe politique depuis la Libération. Il s’agit également d’un acte juridique tout à fait original qui, en son principe, est révisable. Il s’agit enfin d’un acte d’intégration dans la communauté nationale d’une partie d’une famille spirituelle, les catholiques. En définissant cette politique de conciliation et d’équilibre, l’État allait affirmer ainsi sa responsabilité dans l’éducation au travers des établissements d’enseignement public, mais allait reconnaître aussi la liberté de l’enseignement en lui donnant pour la première fois dans l’histoire de la République, les moyens financiers de l’exercer.

En quoi la loi Debré, dans sa réorganisation des établissements publics et privés de l’enseignement secondaire, établie-t-elle une progression de la fixation du rapport entre le politique et le religieux au cours de la seconde moitié du XXe siècle ?

Le système éducatif des cinquante dernières années avant l’application de la loi Debré a été marquée par trois phases :

  • D’une part, un assouplissement a été réalisé par le régime de Vichy en matière de certaines règles relatives aux congrégations et à l’ouverture de certaines facilités financières (subventions départementales aux écoles primaires, accueil de boursiers). En même temps, le régime a promulgué des lois contraires aux principes fondamentaux de la nation, qui chassaient certains maîtres de l’enseignement public et interdisaient l’accès des écoles publiques à certains enfants. De nombreux maîtres, juifs ou francs-maçons, pour gagner leur vie, de nombreuses familles pourchassées, pour instruire leurs enfants, ont alors trouvé « le havre bienfaisant d’un enseignement extérieur à un État provisoirement asservi » selon les termes de Michel Debré.
  • D’autre part, une phase de vive réaction entre 1945-1948 marquée par la suppression de toute aide financière, suivie d’une campagne très virulente des familles catholiques pour obtenir une aide matérielle. En dépit de très fortes résistances, les coalitions de centre gauche au pouvoir sous la IVe République ont été amenées à donner des gages au courant démocrate-chrétien que représente le M.R.P. (Mouvement républicain populaire). Une aide limitée était ainsi accordée non aux écoles libres elles-mêmes, mais aux familles qui les fréquentent par les décrets Poinso-Chapuis (1948).
  • Enfin, une période de progressif d’apaisement et de reconnaissance de l’intérêt général de l’enseignement privé. Cette dernière phase débute incontestablement par les lois Barangé et Marie adoptée en septembre 1951 qui apportaient à toutes les familles d’élèves scolarisés dans l’enseignement public ou privé une aide forfaitaire, permettant l’accueil des boursiers aux établissements privés.

LES MOTIVATIONS DE RÉORGANISATION DU SYSTÈME ÉDUCATIF FRANÇAIS DANS LES ANNÉES 1958-1962 :

Les débuts de la Ve République s’inscrivent dans une période de modernisation du système éducatif français, qu’il soit d’ailleurs public ou privé. Cette modernisation de son organisation et de ses structures est nécessaire et doit se faire de manière immédiate. En effet, il doit faire face à un flux démographique (des générations nées entre 1945 et 1948) qui dans les années 1958-1962 bascule progressivement de l’enseignement élémentaire sur l’enseignement secondaire.

Dans la période comprise entre les années scolaires 1956-1957 et 1961-1962, on observe ainsi :

– Que les effectifs de l’enseignement secondaire pour l’ensemble de la France passent de 892.000 à 1.386.150 soit une augmentation de plus de 50 % en 5 ans.

– Que les effectifs scolarisés par l’enseignement public passent au cours de cette même période de 622.000 à 1.008.976 soit une progression de plus de 65 %.

– Qu’enfin, les effectifs de l’enseignement privé progressent de 270.000 à 377.174 soit près de 40 %.

Or, cette transition n’est pas sans créer un problème financier. L’enseignement secondaire est dans son fonctionnement et son investissement beaucoup plus coûteux que l’enseignement élémentaire. L’État s’effraie de ponctionner un nouvel effort budgétaire d’autant plus que les contraintes de l’époque sont marquées par le redressement général de la France et la fin de la guerre d’Algérie. L’État ne pouvant prendre en charge l’intégralité du coût et du flux d’élèves vers l’enseignement secondaire public, il en appelle en conséquence au concours de l’enseignement secondaire privé.

Au même moment, l’enseignement privé scolarise 17.5 % des jeunes français, ce qui représente un potentiel non négligeable. Il est en majorité de tendance catholique. Du point de vue quantitatif, il comprend en 1959 plus de 15.000 écoles dont près de 14.000 d’obédience catholique (soit 92 % des établissements privés). Toutefois, il est également victime de difficultés financières importantes. D’une part, il lui était de plus en plus ardu de donner à ses maîtres une rémunération compatible avec l’augmentation du niveau de vie national, d’autre part, il ne pouvait faire face aux investissements rendus nécessaires par les transformations de la pédagogie et le mouvement d’urbanisation.  L’État reconnut alors que pour l’intérêt de la collectivité, il fallait soutenir ces établissements éducatifs privés, d’obédience catholique ou non.

ANDRÉ BOULLOCHE ET LA TENTATIVE DE CONVENTION ENTRE LA FRANCE ET LE VATICAN :

Dès l’investiture du gouvernement, Michel Debré annonce son intention de régler le problème de l’éducation de manière durable. Il ne souhaite pas un pacte scolaire, comme le fit la Belgique en mai 1959, mais un acte politique voté par la représentation nationale, préparé par une commission indépendante du Parlement.

Au mois de janvier 1959, Pierre Racine, directeur de cabinet du Premier ministre, reçu de la main de Georges Pompidou (son prédécesseur), un dossier d’ordonnance de l’enseignement privé qui n’avait pu aboutir en décembre 1958. Il prévoyait un concours financier de l’État à un enseignement privé considéré comme une entité. Il s’agissait de prendre en charge le traitement des maîtres laïques. En revanche, aucun rapprochement avec l’enseignement public n’était prévu.

Michel Debré confie la tâche de la réforme du système éducatif à André Boulloche, ministre de l’Éducation nationale. Le Président de la République et son Premier ministre respectent tous deux, l’indépendance du ministre et attendent de lui des propositions qui ne viennent pas. Ils acceptent finalement la constitution d’une commission à la tête de laquelle est placé Pierre-Olivier Lapie (ancien ministre de l’Éducation nationale de la IVe République, socialiste et membre des instances dirigeantes de la Ligue de l’enseignement).

Le ministre de l’Éducation nationale, André Boulloche, pense tout d’abord reprendre un projet de la VIe République, celui qui avait été arrêté par le gouvernement socialiste à la suite des accords Mollet-Tardini élaborés en 1956-1957, à savoir une convention entre le gouvernement français et le Vatican. Cette convention devait comprendre des dispositions d’aides publiques visant non seulement l’enseignement privé mais également le régime des congrégations et les cultes. André Boulloche tenta, en vain, de convaincre Charles de Gaulle, puis Michel Debré du bien-fondé de cette idée. Mais, le Président de la République, obstiné, ne voulait pas qu’une question qu’il juge strictement d’ordre national ne soit traitée avec un État étranger. « Ce serait un véritable concordat » dira-t-il. De son côté, le Premier ministre estimait que ce retour d’un projet d’accord négocié deux ans auparavant ne correspondait plus aux intérêts présents du pays. Selon ces termes, « ni l’Église en tant que telle, ni aucune association nationale ne peut être le partenaire actuel du ministère de l’Éducation ». Les déclarations du Vatican vont également mettre un point d’arrêt aux idées d’André Boulloche. La secrétairerie d’État du Vatican déclara que les négociations seraient trop longues à l’égard de la situation de plus en plus précaire des maîtres dans l’enseignement privé. Et, lorsque de Gaulle se rendit en visite officielle au Vatican, le 27 juin 1959, Jean XXIII, insista sur la nécessité d’agir au plus vite.

A la fin du mois d’octobre 1959, la commission Lapie remit son rapport, non sans avoir reçu quelques recommandations préalables du Premier ministre. Elle prévoira un rapprochement diversifié de l’enseignement public par le biais de versements d’aides publiques.

Dans la perspective d’aboutir à une solution rapide avant la fin de la session parlementaire, Michel Debré rédige Pierre Racine, dès avril 1959, un avant-projet de texte législatif qu’il propose au Parlement le 23 décembre 1959. Le même jour, André Boulloche, rejetant cette solution qu’il estime précipitée et décide démissionner. Cette situation instable au ministère de l’Éducation nationale ouvre de nouveau front : le risque de rupture avec les parlementaires de la majorité présidentielle, mais également la renaissance de manifestations de groupes de pression (U.N.A.P.E.L. et C.N.A.L. entre autres). C’est dans cette conjoncture difficile, que Michel Debré, avec la confiance du Général de Gaulle, pris lui-même l’intérim du ministère de l’Éducation pour faire passer son texte de loi.

Les ordonnances, quel boulot !

Source : « Les ordonnances, quel boulot ! », dessin de Sennep, « Point de vue » du 13 février 1959, Fonds Debré, archives FNSP-CHEVS.

Caricature de Sennep

Source : Caricature de Sennep, parue dans « Le Figaro » en juillet 1959, Fonds Debré.

MICHEL DEBRÉ ET LA PROPOSITION DE CONTRACTUALISATION AVEC LES ÉTABLISSEMENTS PRIVÉS :

Le 23 décembre 1959, Michel Debré, Premier ministre depuis janvier, présente lui-même le projet de loi dont il est l’auteur. Il prend appui sur une analyse moderne et progressiste des modalités d’exercice des libertés de l’enseignement dans une démocratie pluraliste et de participation. Dans sa déclaration devant les députés, il valorise l’existence d’un enseignement privé, qu’il perçoit comme une utilité dans la coopération à une tâche générale et un gage de liberté. « Il ne s’agit pas là d’une garantie seulement donnée à des individus, il s’agit également d’une garantie nécessaire à l’équilibre d’une société qui ne serait pas vraiment une société libre si les libertés n’étaient que théoriques. ».

Michel Debré propose quatre types de solutions aux établissements privés de l’enseignement secondaire :

① L’intégration pure et simple à l’enseignement public : Ils sont alors totalement gérés par l’État, mettent en œuvre ses programmes, et par principe, ne peux demander aucune contribution financière de la part des familles. Même si les frais annexes qui se développent rendent ce concept de gratuité un peu théorique.

② Les établissements privés « hors contrat » : Si l’établissement privé ne sollicite aucun financement public, l’établissement sera dit « hors contrat ». Il est régi alors par « l’allocation Barangé ». Celle-ci, après avoir été maintenue telle quelle pendant quelques années, sera conservée après certains avis sous la forme de prestations d’équivalentes versées directement aux établissements. Les enseignements des établissements sont libres, c’est-à-dire qu’ils ne sont soumis à aucun contrôle de la part de l’État. Il n’y par conséquent aucune obligation d’horaires, de programmes et de recommandations sur les conseils de classe (passage en classe ou redoublement). L’évaluation du bien-fondé pédagogique reste de l’entière responsabilité des parents. Les établissements ne peuvent délivrer aucun diplôme national à leurs élèves hormis des certificats de scolarité. L’inspection se limite aux titres exigés des directeurs et des maîtres, à l’obligation scolaire, à l’instruction obligatoire, au respect de l’ordre public et des bonnes mœurs, ainsi qu’à la prévention sanitaire et sociale (article 2 de la loi Debré qui deviendra par la suite l’article L. 442-2 du code de l’Éducation nationale).

③ Les établissements privés « sous contrat de collaboration ou contrat simple » : Cette formule de contrat de collaboration est prévue pour une première période de neuf ans, renouvelable dans la durée par le Parlement. L’État apporte aux établissements privés sous contrat simple, une aide dans le traitement des maîtres, non pas certes n’importe quels maîtres, mais des maîtres qualifiés par leurs titres ou par leur expérience. Ces établissements doivent remplir certaines conditions comme avoir des classes qui fonctionnent depuis plus de 4 ans, et des locaux répondant aux exigences de salubrité. En contrepartie de cette aide, l’État exige d’avoir un contrôle pédagogique et un contrôle financier. L’établissement doit organiser l’enseignement des matières de base par référence aux programmes et aux horaires de l’enseignement public. Les maîtres sont recrutés par l’autorité privée. Ils sont salariés de droit privé, mais rémunérés par l’État.

④ Les établissements privés « sous contrat d’association » : L’État propose également aux établissements privés une possibilité de contrat d’association, si l’établissement répond à « un besoin scolaire reconnu » et possèdent des installations appropriées. Les établissements privés signataires sont alors « sous contrat avec l’État ». Il entraîne l’obligation d’aligner son enseignement sur celui dispensé dans les écoles publiques, et l’État assure alors l’ensemble des dépenses de fonctionnement sur les mêmes bases que pour les établissements publics. Il n’est apporté aucune modification à l’enseignement des classes que l’État ne prend pas en charge, ni aux formes complémentaires d’instruction ou d’éducation qui s’ajoutent au programme public de l’enseignement. Ces établissements sont soumis à un contrôle financier et administratif. L’État prend en charge la rémunération des personnels enseignants, les charges sociales et fiscales incombant à l’employeur ainsi que les dépenses de formation initiale et continue des enseignants. Les collectivités locales participent quant à elles au fonctionnement matériel des classes sous la forme de forfaits. La contribution financière des départements et des régions est obligatoire. Les enseignants sont nommés par l’État, mais ils sont nommés avec l’agrément de la direction de l’établissement qui conserve ainsi son caractère en même temps que les responsabilités générales de la direction. Les enseignants de ces établissements sont recrutés par concours, selon les mêmes modalités que les enseignants du secteur public. Ils sont rémunérés par l’Etat à raison des diplômes qu’ils possèdent. Ils sont en outre l’objet d’une notation pédagogique, par le biais des inspections, qui veillent au bon respect des programmes et horaires d’enseignement ainsi que sur le respect total de la liberté de conscience des élèves.

La loi Debré fut adoptée par le Parlement à 427 voix contre 71.

LES OPPOSITIONS À LA MISE EN PLACE DE LA LOI DEBRÉ :

Du coté des laïcs, la loi Debré fut l’occasion d’une intense opposition sur un éventuel transfert des subventions publiques vers des organismes religieux. Cette opposition culmina avec le serment de Vincennes du 19 juin 1960 et la pétition nationale recueillant près de onze millions de signatures affirmant notamment : « Nous soussignés Françaises et Français de toutes origines et de toutes opinions, réclamons l’abrogation de cette loi de division et demandons que l’effort scolaire de la Nation soit totalement réservé au développement et à la modernisation de l’École de la Nation, espoir de notre jeunesse. ». Michel Debré se brouilla avec les organisations syndicales, ainsi qu’avec la propre administration de l’Éducation nationale (les corps intermédiaires, les inspecteurs furent souvent suspectés de prendre parti dans le jugement des établissements susceptibles d’être sous contrat). A son départ en 1962, Michel Debré s’estimait s’être heurté, dans sa volonté de réforme à ce monde syndical de l’enseignement qui, à l’image de l’armée, ne trouve plus sa fin qu’en lui-même et non plus dans « les exigences de la Nation et du siècle ». Michel Debré favorisa délibérément la F.N.E.F. plus sûre que l’U.N.E.F. et provoqua ainsi le début de la rupture avec les organisations étudiantes. Ces dernières jugèrent la loi Debré comme une forme « totalitaire d’un État-Maître », nuisant aux libertés en soumettant les établissements privés par des contrats. Le climat de cette période était propice, en effet, à cette ressemblance entre le pouvoir personnel du Général de Gaulle et celui des dirigeants du régime soviétique.

Du coté des catholiques, l’accueil de la loi fut également sans grand enthousiasme à la loi Debré. Dès le mois d’avril 1960, l’Episcopat déclarât que la loi Debré ne se résoudrait qu’à un « essai loyal ». La notion de « caractère propre », introduit par la loi, n’a pas été reçue avec faveur par les catholiques. Elle ne correspondait ni à leur vocabulaire ni à leur expérience. Cette notion n’était vérifiable que dans tel ou tel établissement pris indépendamment des autres, ce qui ne pouvait rentrer en accord avec les défenseurs d’une unité de l’enseignement catholique. De plus, certaines affaires éclatèrent dans la presse, comme celui d’un prêtre qui avait signé un contrat d’association pour son école et qui se vit déplacé par son Évêque. Ainsi que le vote à l’unanimité, moins une voix, des directeurs diocésains de l’Enseignement Catholique contre le contrat d’association.

Ce n’est qu’à la fin de l’année 1960, que l’Église accepta les contraintes de la loi Debré, en voyant les bénéfices de certaines écoles à obtenir des subventions de l’État. Progressivement, l’enseignement confessionnel fut considéré par l’opinion publique comme une alternative aux carences de l’enseignement public.

CONCLUSION :

L’éducation en France, sous la présidence de Charles de Gaulle et du ministère de Michel Debré, a donc connu de grandes transformations. La conjoncture et les transformations sociales imposaient des prises de décision. En avril 1962, au moment où Michel Debré quitte ses fonctions, c’est non sans amertume qu’il dresse un bilan de ses réussites et de ses échecs en matière d’enseignement. A son crédit : le vote de la loi d’aide à l’enseignement privé, l’augmentation des crédits, la réforme Berthoin (6 janvier 1959). A son débit : l’impossible réforme universitaire.

Michel Debré a dessiné une politique éducative grâce au règlement de la question scolaire : Ce règlement, résultat de l’action de quatre hommes – Debré, Lapie, Boulloche et de Gaulle, aidés de leurs collaborateurs – est à mi-chemin entre pragmatisme et calcul politique, entre reconnaissance d’un certain pluralisme éducatif et une volonté d’unifier les esprits. En ce sens, il est dans la pure tradition « ferryste ». Toutefois, à la différence du projet Ferry, il ne s’inscrit pas dans une volonté de réforme pédagogique. En ce domaine, les résultats sont nettement plus ténus. En ce sens, si la rupture est patente avec la IVe République en matière de résolution du conflit scolaire, en revanche, en matière de politique d’enseignement et de démocratisation des élites, c’est la continuité qui, pour l’essentiel, prévaut : les réformes futures seront encore à venir.

Michel Debré à l’Hôtel Matignon

Source : Michel Debré dans son bureau de Premier Ministre à l’Hôtel Matignon, Fonds Debré.

 

Michel Debré à la tribune de l'Assemblée nationale

Source : Michel Debré à la tribune de l’Assemblée nationale le 15 janvier 1959, lors de la déclaration du gouvernement, Fonds Debré.

Michel Debré à la tribune de l’Assemblée nationale

Source : Michel Debré à la tribune de l’Assemblée nationale, Fonds Debré.


 

BIBLIOGRAPHIE :

Fonds Debré : 2DE14 à 2DE34 –  Versements du ministère relatif aux réformes de l’enseignement.

Rapport général de la Commission chargée de l’étude des rapports entre l’État et l’Enseignement privé (commission Lapie), 25 juin 1959 – 29 octobre 1959, S.E.V.P.E.N., 13 rue du Four, Paris-6e.

Compte rendu des Débats qui ont précédé le vote de la loi du 31 décembre 1959, dans le Journal officiel, n° 104 et 104-suite A.N. du 24 décembre 1959 et n° 66 S. du 30 décembre 1959.

BERSTEIN S., MILZA P. et SIRINELLI J.-P. (sous la direction), Michel Debré, Premier ministre (1959-1962), Actes du Colloque organisé les14, 15 et 16 mars 2002, Fondation nationale des Sciences politiques, édition PUF, 2005.

DEBRE M., Gouverner, Mémoires, Paris, Albin Michel, 1988, p. 133-114.

LELIEVRE C. et NIQUE C., L’école des présidents, Paris, Odile Jacob, 1995.

MAYEUR F. « De Gaulle et l’éducation nationale, 1958-1969 », Institut Charles de Gaulle, De Gaulle en son siècle, t. 3 : Moderniser la France, Paris, Plon, La Documentation française, p. 591.

NARBONNE J., De Gaulle et l’éducation, une rencontre manquée, édition Denoël Paris, 1994.

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POUCET B., « André Boulloche, ministre de l’Éducation nationale », Recherche socialiste, n°13, décembre 2000, p. 59-70.

POUCET B. (sous la direction), La loi Debré. Paradoxes de l’État éducateur, actes du colloque d’Amiens des 9-10 décembre 1999, préface de Beillerot J., 273 p., CRDP de l’Académie d’Amiens, 2001.

BALLION R., L’argent et l’école, éditions Stock, 1977, 304 p.

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BELLENGIER F., Le chef d’établissement privé et l’Etat, éd. Berger-Levrault, 2002.

MONCHAMBERT S., L’enseignement privé en France, PUF, collection Que sais-je ? n° 2746, 1993, 128 p.

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NAPOLÉON ET LA PUBLICITÉ

L’Histoire est l’un des terrains les plus prisées par les publicitaires. La publicité, par son format et son but de promouvoir un produit, nécessite des caractéristiques précises.  Le temps d’arrêt du regard sur une publicité dure très peu de temps, quinze à vingt secondes, que ce soit un spot télévisé ou une affiche. Elle doit ainsi transmettre un maximum de sens dans un minimum de temps. C’est généralement une histoire à elle seule, une histoire qui peut être comprise par plusieurs tranches d’âge. Or, l’Histoire, comme la mythologie, est une source riche de récits universellement partagés qu’il suffit d’évoquer pour faire resurgir un ensemble de références et de significations. Elle stimule une identité commune et à l’avantage de pouvoir être symbolisé par un personnage historique.

La figure de l’empereur Napoléon n’y échappe pas. Il appartient au panthéon des publicitaires car il est immédiatement identifiable par un large public, qu’il soit d’ailleurs Français ou étranger. Il ne demande également aucune autorisation d’utilisation de droit à son image, au même titre que l’est la Joconde.

La relation entre la publicité et un personnage historique peut sembler un mariage antinomique. La publicité s’inscrit dans un présent immédiat. Elle est entièrement tournée vers l’avenir, destinée à provoquer un geste ultérieur : L’acte d’achat. Elle est intéressée non pas par ce qui a eu lieu mais par ce qui va devenir. De plus, la publicité n’a aucune contrainte d’exactitude ou de rigueur. Ainsi, elle puise dans les récits historiques, largement partagés par la mémoire collective, pour installer ses marques dans des situations les plus souvent cocasses, jouant des contradictions de la publicité et de l’Histoire, de cette rencontre improbable entre un monde disparu et la modernité intrinsèque d’un objet de consommation.

DE QUELLE MANIÈRE LA FIGURE DE NAPOLÉON EST-ELLE TRAITÉE DANS LA PUBLICITÉ ?

Napoléon, sans doute le seul grand homme de l’Histoire à être universellement connu, a le mérite assez rare de réunir sur sa personne des traits ridicules et d’autres forçant l’admiration. Les publicitaires font apparaître la figure de l’Empereur par des aspects physiques et comportementaux propres.

Les aspects physiques :

Certains publicitaires ont su réadaptés la caractéristique de sa petite taille à des fins publicitaires. Rien ne sert de mesurer une grande taille pour marquer l’Histoire de son empreinte. Ainsi, dans le monde actuel où les produits de haute technologie prennent de moins en moins de place, Napoléon se voit promoteur de cette contemporanéité.

Napoléon et Peugeot 107

Source : Campagne publicitaire pour la promotion de la « Peugeot 107 » en Amérique du Sud.

Napoléon au Super Bowl

Source : Campagne publicitaire de la marque « GPS Garmin » diffusé lors du Super Bowl, 2008.

Une voiture, dont on ne peut voir le conducteur, file à toute vitesse dans la capitale à travers les rues. A la fin de la séquence, on se rend compte qu’il s’agit de Napoléon (dont la petite taille a été accentuée) qui se rend à une revue montée. Ce dernier, sortant de voiture, range dans sa poche son nouveau GPS et, touche d’humours oblige, on lui amène un poney pour faire passer la revue.

Napoléon et la presse

Source : Spot publicitaire pour la marque « Al Balad », agence Leo Burnett Beirut, production Bent image lab, réalisation Carlos Lascano, Liban, 2009.

Une personnalité hors du commun :

Napoléon et PagesJaunes.fr

Source : Campagne publicitaire de « PagesJaunes.fr, Source de réussites », conçu par les agences Saatchi et CRM, 2007.

A l’écran de ce spot au style déjanté un Jules César perd la moitié d’une adresse notée sur un papier que son chien a malencontreusement déchiré. Il ne dispose plus que de deux informations : « clinique psychiatrique » et « Rambouillet ». Grâce à « Pagesjaunes.fr », il trouve l’adresse exacte et peut donc aller chercher son ami Napoléon pour se rendre à la clinique. La chute du spot repose sur l’effet de surprise : les deux acolytes que l’on pensait fous se rendent en fait à une soirée costumée en face de la clinique.

Napoléon et Assurances

Source : Spot publicitaire avec Jérôme Dupleix pour un service d’assurances, Israël.

Après avoir motivé ces troupes, Napoléon se lance sur le champ de bataille. Alors qu’il se trouve désormais face à l’armée britannique, il se retourne et observe que son armée est restée en retrait. Il était le seul à traverser le champ de bataille. A la dernière scène, l’un des maréchaux lui signale que ces soldats ne l’ont pas suivie faute du prix des assurances-vie.

Napoléon et la Banque impériale

Source : Spot publicitaire de la banque « The Bank Imperial », Russie.

La scène se passe lors de la campagne de Russie, Napoléon est sur le champ de bataille. Un coup de vent lui enlève son bicorne. L’empereur part le ramasser. Il prend un temps de concentration pour ajuster son bicorne selon une précision militaire de 2 millimètres. Finalement, au moment où celui si veut se rasseoir sur le tambour qui lui sert de siège, distrait, il le rate et tombe sur le sol enneigé.

La main dans la poche – Mystère et terrain d’interprétation publicitaire :

À notre époque au rationalisme rigoureux et austère, la place que certaines périodes accordaient au mystère, à la magie, à l’irrationnel en définitive, constitue un des charmes du passé. Le mystère est source d’attention de la part du public, de rêves et d’évasion. Certains des gestes de Napoléon restent mystérieux, comme celui de garder la main dans son gilet. Cette fameuse habitude trouve dans le monde des réclames, des explications surprenantes.

Napoléon et Renault Sérénité

Source : « Le temps de mettre la main dans la poche est révolu ! », spot publicitaire du pack « Renault Sérénité », agence Publicis Dialog, septembre 2007.

Napoléon, économe, fait à l’écran la promotion de la marque automobile Renault. De manière inattendue à double titre, puisque l’Empereur qui avait souvent la main enfouie dans sa veste dans une posture célèbre, invite les automobilistes à ne plus avoir le stress de mettre la main à la poche. Il traduit de façon décalée l’aspect « révolutionnaire » de l’offre, et ses bénéfices économiques et psychologiques induits (voiture et services associés tel que la révision, la garantie, l’assistance).

Pour « Fruit of the Loom », marque de sous-vêtements masculins, il était martyrisé par son slip. Mais, une fois qu’il en a changé, il a pu repartir pour toutes sortes de conquêtes. D’ailleurs, pour ce qui est des conquêtes féminines, il pouvait compter sur le soutien de deux produits qu’il conservait secrètement dans sa poche.

Napoléon et les préservatifs

Source : Campagne publicitaire pour la marque de préservatifs « Prime », 1979.

Napoléon et les médicaments énergisants

Source : Campagne publicitaire pour la marque de médicaments énergisants « Diovol Plus », 1997-1998.

Napoléon et RedBull

Source : Campagne publicitaire de la marque « RedBull », 2012.

Même s’il est représenté par le message publicitaire sous des traits caricaturaux, il demeure autour de l’Empereur un halo de force, de violence et de puissance sexuelle dont peut profiter une marque.

QUELLES VALEURS INCARNE LA FIGURE DE NAPOLÉON DANS LA PUBLICITÉ ?

La publicité fonctionne par association d’idées, c’est à dire par capillarité mentale. Lorsqu’une personnalité historique se trouve au côté d’un produit, la puissance du premier déteint sur le second. Les grands hommes, leurs talents, leurs habitudes et leurs travers – lorsqu’ils sont suffisamment célèbres – inspirent ainsi les publicitaires, leur permettant de faire des rapprochements plus ou moins hasardeux entre les caractéristiques de leurs produits et ce qui, dans l’esprit collectif, est lié au personnage en question. Le choix du personnage est déterminant. Napoléon incarne à travers la publicité la protection, la puissance et l’accomplissement individuel.

Napoléon, gardien des saveurs authentiques et marque d’exportation à l’étranger :

Le passé est souvent une garantie d’authenticité. Il correspond au temps de la nostalgie, d’un âge d’or dans lequel les ravages du progrès n’avaient pas encore marqué notre époque imparfaite. Les publicitaires instaurent un certain regret d’une époque où les hommes avaient encore une vraie connaissance des plaisirs simples de la vie : La nourriture, les saveurs originelles, la joie et l’insouciance des banquets. Les marques alimentaires aiment à ancrer leurs produits dans ce temps indéterminé, celui de l’authenticité, du naturel. Cela permet d’accéder à une certaine légitimité, qui va au-delà des modes et des frontières. Napoléon illustre les produits français à destination de l’étranger, même britannique.

Napoléon et bloc de foie gras

Source : Bloc de foie gras de canard « L’Empereur ».

Napoléon et le camembert

Source : Boîte anglaise de camembert à l’effigie de Napoléon.

L’association d’un produit à des temps permet donc d’ancrer la marque dans un univers temporel antérieur à toute idée de progrès et à son cortège de peurs attenantes. Cette caractéristique s’adapte pour les vins, liqueurs et autres spiritueux : En 1811, Napoléon visita les entrepôts d’une affaire de négoce de vins et eaux de vie, dans le quartier parisien de Bercy. Il y fut accueilli par son Maire, Louis Gallois et par Emmanuel Courvoisier. La légende dit que, sur le bateau qui l’emmenait à Sainte-Hélène, Napoléon avait pris soin d’emporter quelques barriques de cognac que les officiers anglais apprécièrent et appelèrent « Le cognac de Napoléon ». Depuis cet anecdote, la marque de cognac « Courvoisier » s’est accaparé les goûts de l’Empereur afin d’en persuader les autres.

Napoléon et le cognac Courvoisier

Source : Campagne publicitaire de la marque « Courvoisier », 1984.

Napoléon et le cognac Courvoisier

Source : Campagne publicitaire de la marque « Courvoisier », 1984.

La publicité relève des lois du commerce qui ne connaissent que peu de règles, d’exactitude historique et de limites dans le but de persuader et de plaire. Les publicitaires font apparaître une icône de la puissance, de la réussite personnelle et de l’accomplissement de l’individu.

Attributs de la puissance, de la réussite et de l’élégance :

En associant à une marque un homme important et prestigieux, une parcelle de leur gloire rejaillit sur elle et lui confère une qualité qu’elle est très loin de posséder intrinsèquement. L’association de petits produits à un grand caractère peut être rendue possible par la référence à l’Histoire. L’un des spots de la marque « Crunch » reprenait comme décor une guerre napoléonienne : Un soldat, dans son bivouac à peine éclairé par la lune, à la veille d’une grande bataille qui sera – forcément – meurtrière, croque dans sa tablette de « Crunch », ce qui déclenche une terrible tempête. Il croise alors Napoléon, la main dans son gilet et ces deux hommes capables de bouleverser l’ordre des choses ne peuvent qu’échanger des regards de connivence. Minuscules événements, grande Histoire.

Napoléon et l'ordinateur Atari 800XL

Source : Campagne publicitaire pour le micro-ordinateur « Atari 800XL », 1984.

La scène prône la réussite et le divertissement de la famille impériale par l’emploi d’un micro-ordinateur.

Chose surprenante, alors que l’on pourrait croire que la figure de Napoléon ne toucherait qu’une cible masculine (consommateurs de vins, de spiritueux et d’automobiles). Les publicitaires ont su adapter l’image de l’Empereur pour qu’il s’adresse également à un public féminin. Les femmes représentées acquièrent des attributs de la puissance autrefois masculine. La figure de Napoléon apparaît alors comme un soutien à la promotion de femmes entreprenantes.

Napoléon et les cigarettes

Source : Campagne publicitaire de la marque « Virginia Slims », 1991.

Napoléon et la mode

Source : Campagne publicitaire de la marque « Petit Panache ».

LA FIGURE DE NAPOLÉON, VICTIME DE L’HUMOUR DES PUBLICITAIRES :

Dérision et jeux de mots :

Napoléon sur la banquise

Source : Campagne publicitaire de la chaîne de télévision « Canal + », création de Stéphane Xiberras, agence BETC, 2007.

Le spot publicitaire est basé sur la confusion entre les termes « empereur/Empereur ». La scène débute par une discussion entre deux personnes. L’une ayant vu le film « La marche de l’empereur », l’autre non. La personne n’ayant pas vu ce film sur la vie des manchots empereurs en Antarctique, l’imagine : Plusieurs Empereurs imite des scènes de la vie des manchots en pleine nature (survie en milieu polaire, déplacement sur la banquise, menace des phoques, transfert des œufs). Le spot se clôture par le slogan « Les films méritent d’être vu. Canal +, la chaîne cinéma ».

Napoléon et un compte épargne

Source : Campagne publicitaire du compte épargne « Solésio – La Poste ».

Résurgence de Napoléon par rapport à un lieu toujours existant :

La figure de Napoléon réapparaît lorsque l’on l’identifie à un lieu. En 2007, Napoléon est ressurgi dans les publicités de la presse écrite afin de nous informer que désormais, l’Eurostar ne marquera pas l’arrêt en gare de Waterloo, allusion à la défaite de 1815.

Napoléon et l'Eurostar

Source : Campagne publicitaire de « l’Eurostar », 1999.

Napoléon et l'Eurostar

Source : Campagne publicitaire de « l’Eurostar », 2007.

Napoléon et une agence de voyage

Source : Campagne publicitaire de l’agence de voyage « Thomas Cook ».

Napoléon et la Wallonie

Source : Campagne publicitaire pour le tourisme en Wallonie, agence Dagre, 2011. Le monticule avec la pince à linge représente une allégorie de la butte au lion de Waterloo.

La période du premier Empire avait été largement marqué par une propagande qui faisait la promotion des politiques de Napoléon. A une époque où, les moyens audio-visuels faisant défaut, l’édification des foules se faisait par la seule imagerie populaire. Tout événement historique important a été « chanté » d’une façon ou d’une autre. Aujourd’hui, c’est un juste retour des choses qui s’effectue par le biais des producteurs, dessinateurs et publicitaires. Ces derniers poursuivent le même objectif : rassembler un vaste public autour de références, faire réagir, par la rupture, par le rire ou par l’émotion. Aussi ne retiennent-ils de la figure de Napoléon que ses traits les plus caricaturaux qui s’apparentent le plus souvent d’avantage à des visions collectives qu’à l’Histoire. Sans souci d’une quelconque vérité historique, les publicitaires puisent dans cette source une inspiration qui, en définitive, renvoie essentiellement à des stéréotypes et à des légendes. Lorsque Napoléon apparaît en faisant la promotion d’un produit, il renvoie à notre image dans une société de consommation, organisé par l’obtention et la jouissance d’un produit.

La rencontre entre le personnage historique et la publicité contemporaine nous conduisent à soulever d’autres questions sur la manière dont est traité le passé aujourd’hui. La publicité est profondément liée à la société qui la conçoit. Elle en accompagne les rythmes, les tendances et les modes. Plus une société est évoluée, plus elle est consciente de l’importance de son passé, plus elle approfondit pour ses contemporains la connaissance de celui-ci et plus elle considère son présent comme un legs destinés aux futures générations. A l’heure de l’explosion de la communication, le personnage historique ancré dans des médias de masse, rappelle la conscience de l’État, de la nation et de l’Histoire. Il faut cependant qu’elle ne s’introduise pas dans notre façon de penser l’Histoire, c’est à dire d’associer une vérité admise par tous à une action d’achat.

Médicaments :

Napoléon et L’Oxygène Cusenier

Source : Dessin prônant les vertus de « L’Oxygène Cusenier » (J. Denaquis). L’Empereur soupire cette phrase : « Si j’avais donné une Oxygénée Cusenier a chacun de mes soldats le matin de Waterloo, je ne serais pas à Sainte-Hélène ! ».

Jouets :

Napoléon et les Playmobil

Source : Campagne publicitaire tiré de l’ouvrage « Playmobil explore le temps ».

Anecdotes culturelles :

Napoléon et le réseau de transport régional

Source : Affiche publicitaire pour la promotion de l’application « Hapi », STIF et SNCF, ligne Transilien, France, août 2017.

Napoléon et Compiègne

Source : Campagne publicitaire de la marque SNCF, années 1950-1960.

Concessionnaires automobiles :

Napoléon, Louis XIV et l'automobile

Source : Spot publicitaire pour la marque « Golf BlueMotion » de Volkswagen, réalisation Didier Barcelo, agence V, France.

Napoléon et Citroën

Source : Campagne publicitaire du concessionnaire automobile « Citroën » en Espagne, 2007. Le portrait de Napoléon, grimaçant, apparaît au-dessus d’un modèle de la marque française avec le slogan : « Rendre à César ce qui est à César ».

Moto sportive :

Napoléon et moto

Source : Campagne publicitaire pour une moto sportive.

Alimentation générale :

Napoléon et le lait Dairiday

Source : Campagne publicitaire de la marque « Dairiday ».

Napoléon et la croissanterie

Source : Campagne publicitaire de la marque « Narvesen ».

Napoléon et le fromage

Source : Campagne publicitaire de la marque « Roquefort Société » avec Jean-Marc Thibault, France.

Napoléon et McDonald's

Source : Campagne publicitaire de la marque « McDonald’s », 2013.

Napoléon et les confiseries

Source : Spot publicitaire pour la marque « Crunch », réalisation Jean-Paul Rappeneau, France, 1980.

Cognacs et liqueurs :

Napoléon et le cognac St Remy

Source : Campagne publicitaire de la marque « St Rémy Brandy », 1988-1989.

Napoléon et le cognac Courvoisier

Source : Campagne publicitaire de la marque « Courvoisier », 1970.

Napoléon et le cognac Courvoisier

Source : Campagne publicitaire de la marque « Courvoisier », 1988.

Napoléon et le cognac Courvoisier

Source : Campagne publicitaire de la marque « Courvoisier ».

Napoléon et le cognac Courvoisier

Source : Campagne publicitaire de la marque « Courvoisier ».

Napoléon et le cognac Courvoisier

Source : Campagne publicitaire de la marque « Courvoisier », 1980.

Napoléon et le cognac Courvoisier

Source : Campagne publicitaire de la marque « Courvoisier », 1962-1966.

Napoléon et le cognac Courvoisier

Source : Campagne publicitaire de la marque « Courvoisier ».

Napoléon et le cognac Courvoisier

Source : Campagne publicitaire de la marque « Courvoisier ».

Affiche publicitaire Courvoisier

Source : Affiche publicitaire de la marque « Courvoisier » dans une rue de Cherbourg, France.

Napoléon et le tabac

Source : Cendrier publicitaire en faïence pour la marque de cognac « Courvoisier », France.

Vins, liqueurs et champagnes :

Napoléon et l'alcool de menthe Ricqlès

Source : Campagne publicitaire de la marque « Ricqlès ».

Napoléon et la liqueur

Source : Campagne publicitaire de la marque « Mandarine Napoléon », 1995.

Napoléon et le vin Bouchard Père &amp; Fils

Source : Campagne publicitaire de la marque « Bouchard Père & Fils ».

Napoléon et le vin Dufouleur Père &amp; Fils

Source : Campagne publicitaire de la marque « Dufouleur Père & fils ».

Napoléon et le champagne

Source : Campagne publicitaire de la marque « Ch. & A. Prieur ».

Napoléon et le champagne

Source : Campagne publicitaire de la marque « Lux Impérial », affiche de Francisco Tamagno.

Napoléon et le champagne Jacquesson &amp; Fil

Source : Campagne publicitaire de la marque « Jacquesson & Fils », affiche de Chéri Hérouard.

Bières :

La Bière de la Grande Armée

Source : Support de la « Bière de la Grande Armée ». Les bouteilles représentent différents uniformes des chasseurs de la garde (de gauche à droite : Chef d’escadron Beauharnais, maréchal des logis Porte Guidon, chasseur en grande tenue, trompette en tenue de campagne).

Cigares et cigarettes :

Napoléon et les cigares

Source : Campagne publicitaire de la marque « Napoléon Havana Cigars ».

Napoléon et le tabac

Source : Campagne publicitaire de la marque « Hamlet », Benson&Hedges, agence Cdp, Royaume-Uni.

Modes vestimentaires :

Napoléon et l'eau miraculeuse

Source : Campagne publicitaire de la marque « A la redingote grise », Rouchon, 1856.

Napoléon et la mode

Source : Campagne publicitaire de la marque « Pierre Clarence ».

Napoléon et les sous-vêtements

Source : Campagne publicitaire de la marque de sous-vêtements « Balls ».

Source : Campagne publicitaire de la marque Gearhomies, mai 2020.

Joaillerie :

Napoléon et les montres Breguet

Source : Campagne publicitaire de la marque « Breguet », 2008.

Services financiers :

Napoléon et le média planning

Source : Campagne publicitaire de la marque « Media1 ».

Napoléon et les fonds d'investissement

Source : Campagne publicitaire des fonds « Desjardins », 1998.

Napoléon et les services bancaires

Source : Spot publicitaire pour la marque « Eagle Star » avec Rowan Atkinson, Royaume-Uni, 2002.

Napoléon et les services bancaires

Source : Spot publicitaire pour la marque « Eurocard Sparkasse », agence Jung von Matt, production Final Touch Filmprod, réalisation Julian Dyer, Allemagne, 1994.

Sponsors sportifs :

Napoléon et le tennis

Source : Campagne publicitaire de la marque « Delta Iloyd ».

Napoléon et le football

Source : Affiche du club Malherbe, équipe de football de Caen.

Chaînes de télévision :

Napoléon et Cartoon Network

Source : Campagne publicitaire de la marque « Cartoon Network ».

Hôtelleries, restaurations et grands magasins :

Napoléon au Bon Marché

Source : Campagne publicitaire de la marque « Au Bon Marché ».

Napoléon et l'hôtel Royal York

Source : Campagne publicitaire de l’hôtel « Royal York », 1994.

Napoléon et la restauration

Source : Campagne publicitaire du restaurant « Le Verlan », 1996.

Électroménagers :

Napoléon et le réfrigérateur

Source : Campagne publicitaire de la marque « FAR », une reprise de l’inconscient collectif de la campagne de Russie de 1812.


BIBLIOGRAPHIE :

BOURGES Hervé, La télévision du public, édition Flammarion, Paris, 1993.

DAYAN Armand, La publicité, Que sais-je ?, édition P.U.F., Paris, 2003.

DEBBANE Jean-Pierre, L’histoire de France illustrée par la publicité : De Vercingétorix au paquebot France, édition Debbane, Grenoble, 1987.

DEBORD Guy, La société du spectacle, édition Gallimard, Paris, 1992.

DEHEE Yannick (directeur de la publication), Le Temps des médias : Revue d’histoire, édition Nouveau monde, Paris, 2003.

DELPORTE Christian (directeur de la publication), Publicité : Quelle histoire ?, édition Nouveau monde, Paris, 2004.

HABERMAS Jürgen, L’espace public, Archéologie de la Publicité comme dimension constitutive de la société bourgeoise, traduit de l’allemand par Marc B. de Launay, Paris, 1978.

SPIESS Dominique, 100 ans d’histoire à travers la publicité, édition France Loisirs, Paris, 1988.

VEYRAT-MASSON Isabelle, Quand la télévision explore le temps, l’histoire au petit écran (1953-2000), édition Fayard, Paris, 2000.

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INTÉRACTIONS MAVEN, NODE, BOWER ET GULP

Intéractions entre Maven, Node, Bower et Gulp

Le framework Maven nous permet de maintenir une convention dans l’arborescence de différents projets. Il regroupe toutes les caractéristiques du projet (les dépendances, le cycle de vie du build, la compilation Java et les tests unitaires) dans un fichier : pom.xml.

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CONFIGURER UN ENVIRONNEMENT DE DÉVELOPPEMENT

LOGITHÈQUE RÉFÉRENTIELLE :
– Pour mettre en place votre espace de travail développeur :
Créer une partition en local (ex : D:\\workspace) afin de sauvegarder votre disque principal.
Installer Cmdr, http://cmder.net/ (la version Mini suffit).

– Pour intercepter vos envois de courriels lors de vos tests unitaires :
Fake SMTP, https://nilhcem.github.io/FakeSMTP/download.html.
Port écoute : 25. Serveur démarré.

1 (1)

– Pour la remontée des anomalies clients :
Mantis Bug Tracker (https://www.mantisbt.org/)

INSTALLATION D’UNE GESTIONNAIRE DE BASE DE DONNÉES :
– Installer PgAdmin 3, https://www.pgadmin.org/download.

INSTALLATION DE L’ENVIRONNEMENT D’EXÉCUTION JAVA :
– Installer le Java SE Development Kit :
http://www.oracle.com/technetwork/java/javase/downloads/index.html

– Installer le Java SE Runtime Environment :
http://www.oracle.com/technetwork/java/javase/downloads/jre7-downloads-1880261.html

Cette étape est nécessaire avant d’installer tout IDE.

INSTALLATION ET CONFIGURATION D’ÉCLIPSE NÉON :
– Installer Eclipse Neon, http://www.eclipse.org/downloads.
– Vérifier la présence d’« IBM WebSphere » grâce au Marketplace d’Eclipse.

1 (2)

– Vérifier la présence de « Maven Integration for Eclipse », d’ « Eclipse Java Development Tools » et de « EGit – Git Team Provider » grâce au Marketplace d’Eclipse.

1 (3)

CONFIGURATION DE VOTRE ENVIRONNEMENT DE DÉVELOPPEMENT :
– Vérifier que votre JRE7 est bien installé dans Eclipse / Préférences.

1 (4)

– Configurer votre JDK 1.7 par défaut. Dans Eclipse / Préférence, vérifier votre JDK Compliance par défaut.

1 (5)

– Configurer l’encodage UTF-8 :

1 (7)

INSTALLATION ET CONFIGURATION DE GIT :

Git est un logiciel de gestion de versions, développé par Linus Torvalds. Son serveur stocke vos sources et enregistre les modifications que vous leurs apportez. GitLab intègre l’intégration continue (à la Travis et non à la Jenkins).
– Installer Git.
– Ouvrer Eclipse / Open Perspective, puis Clone Git Repository. Renseigner les champs URI / Host / Repository path.

1 (6)

– Importer votre projet : Eclipse / Projet / Import all exist.

Mémo des commandes :
– git init : Initialise un repo dans le dossier courant ;
– git remote add origin adressdevotreremote : Ajoute une remote ;
– git add –all : Ajoute tous vos fichiers modifiés à l’index ;
– git commit -m ‘votre message de modification’ : Commit les fichiers indexés ;
– git push origin master : Envoie le/les commits sur le repository distant (dépôt) ;
– git fetch origin : Ajoute les modifications apportées par votre équipe.

INSTALLATION ET CONFIGURATION DE MAVEN :

Si Maven n’est pas présent initialement dans votre projet, l’installer par l’intermédiaire du site institutionnel : http://maven.apache.org.

– Ouvrer Import Existing Maven Projects, présent dans votre D:\\workspace.

1 (8)

Créer et renseigner les dépendances Maven, nécessaire à l’exécution du projet. Ouvrer Run Configuration / Maven Build, puis New_Configuration.

1 (9)

INSTALLATION DE LAUNCH :

– Installer C/C++ Development Tools : http://download.eclipse.org/tools/cdt/releases/9.0 pour Neon. Dans Run Configurations, un nouveau bouton s’ajoute : Launch Group, il faut faire new et ajouter le nouveau bouton au favoris pour y accéder directement. Quand vous ajoutez une étape, il faut mettre l’option « post Launch action » à  » wait until terminated ».

1 (10)

INSTALLATION ET CONFIGURATION D’UN SERVEUR APACHE TOMEE :
Si Tomee n’est pas présent initialement dans votre projet, l’installer par l’intermédiaire du site institutionnel : http://tomee.apache.org/downloads.html
– Lancer un clean de votre projet (mvn clean eclipse:eclipse install), puis compiler (mvn clean eclipse:eclipse package).
– Ajouter le serveur Apache Tomee, dans Preferences / Runtime Environnement / New Server Runtime Environnement / Tomcat Server.

1 (11)

1 (12)
– Reconstruire l’arborescence du projet, Maven Update puis clean (mvn tomee:build).

INSTALLATION ET CONFIGURATION D’UN BITBUCKET ET DE SOURCETREE :
Installer SourceTree à partir de https://www.sourcetreeapp.com. Mettre en langue anglaise (erreur de traduction en langue française).
Créer un compte Atlanssian (Bitbucket) sur https://id.atlassian.com/login
Créer votre branche en ligne de commande par l’intermédiaire de Cmdr ou utiliser Clone/New (Ctrl+N), Create Repository dans SourceTree.

INSTALLATION DE LA BIBLIOTHÈQUE DOCUMENTAIRE ZEAL :
– Installer Zeal, https://zealdocs.org/download.html
https://zealdocs.org/usage.html

Instalation de Zeal

 

 

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REPRÉSENTATION DU FRAMEWORK ANGULARJS

Représentation du framework AngularJS

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FRAMEWORK ANGULAR

Angular est un framework [1] open-source, compatible JavaScript/Dart, développé par Google afin de créer des applications sur une seule page, dynamique et interactive. Il utilise une syntaxe plus flexible que son prédécesseur, AngularJS, alimenté par la richesse du langage ES2015 [2].

Angular multiplie les composants. « Plus de modularités vous permettra d’avoir une application flexible et facile à maintenir ».

INSTALLATION DE NODEJS ET D’ANGULAR/CLI :
Google nous propose un outil clé en main pour réaliser les tâches de développement les plus courantes : Angular/Cli, projet open-source ember CLI.
Télécharger NodeJS sur votre poste de travail (https://nodejs.org/en).

Dans votre console, taper les commandes suivantes:
① « node -v » pour connaître la version de NodeJS ;
② « npm install npm@latest -g », pour mettre à jour node package manager ;
③ « npm install -g @angular/cli@latest », pour initier le squelette du projet ;
④ « ng new « nom-de-votre-projet » », pour créer le dossier source de votre nouveau projet ;
⑤ « ng g component my-component », pour créer le dossier source de vos composants ;
⑥ « ng g directive my-directive », pour créer le dossier source de vos directives ;
⑦ « ng g pipe my-pipe », pour créer le dossier source de vos filtres ;
⑧ « ng g service my-service », pour créer le dossier source de vos services ;
⑨ « ng g class my-class », pour créer le dossier source de vos classes ;
⑩ « ng g interface my-interface », pour créer le dossier source de vos interfaces ;
⑪ « ng g enum my-enum », pour créer le dossier source de vos valeurs énumérées ;
⑫ « ng g module my-module », pour créer le dossier source de vos modules.

INSTALLATION DE l’IDE VISUAL CODE STUDIO :
Télécharger l’IDE Visual Code Studio sur votre poste de travail (https://code.visualstudio.com).

A QUOI RESSEMBLE LE PACKAGE JSON ?
① Le fichier « package.json » :
Le fichier de configuration « package.json » permet de définir les ressources nécessaire à votre projet, notamment Angular ou d’autres librairies, comme Bootstrap. Il favorise le travail en équipe en indiquant les bases communes. Un exemple de code de ce fichier est disponible à l’adresse suivante : https://angular.io/docs/ts/latest/quickstart.html.

« « dependencies »:{ » répertorie les ressources nécessaire à un projet.

Au sein de ce script, vous trouverez :

"start": "tsc && concurrently \"npm run tsc:w\" \"npm run lite\" "

– « start » va permettre d’exécuter une commande ;
– « tsc » sert à compiler la syntaxe Typescript vers Javascript, interprété par le navigateur ;
– « && concurrently » indique le lancement d’une commande simultanément à la première ;
– « npm run tsc:w » lance votre application.

② Le fichier tsconfig.json :
Ce fichier est nécessaire à la compilation du projet.
« « target »: « es5 » » signale que la cible est ES5, le langage hérité avec Typescript.

③ Le fichier typing.json :
Ce fichier vient en support pour d’autres librairies.

④ Le fichier systemjs.config.js :
Ce fichier permet de configurer tous les modules, notamment le « node_modules », combinés avec les modules d’Angular, pour pouvoir exécuter votre application.

DEUX TYPES DE MÉTHODES DE COMPILATION :
– AOT (« ahead-of-time ») : L’application compile au moment de la construction avec des optimisations.
– JIT (« just-in-time ») : L’application compile dans le navigateur, à l’exécution, que l’application charge. C’est l’approche de développement le plus courant.

[EN COURS D’ÉCRITURE]


Notes :

[1] Un framework sert à structurer votre code, créer les fondations ainsi que les grandes lignes de tout ou d’une partie d’un logiciel. Composé de cadres, d’un conteneur (programme qui implémente l’inversion du contrôle, le pattern IoC) et de plugins (extension), il permet de spécialiser vos applications.

[2] Anciennement connu comme ECMAScript ES6, il intègre de nouvelles façons de déclarer ces variables grâce à « let » et « const ».

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RÉSIGNATION, INSOUMISSION ET DÉSERTIONS

En opposition à ce sentiment favorable, certaines parties de l’opinion publique n’adhèrent que faiblement à celle-ci. Ils sont las de la guerre, des levées d’hommes et n’aspirent plus qu’à la paix, « toujours promise et toujours plus éloignée »[1].

« Gironde – Le préfet, en faisant connaître les dispositions qu’il prend pour la levée de 1812, écrit que, de toutes les villes de l’Empire, il n’y en a pas comme Bordeaux où les intrigants, à l’approche de pareilles levées, s’agitent avec plus d’audace et d’activité. Les conscrits appartenant à des familles aisées ne peuvent se persuader que la conscription doit peser sur eux ; ils sont entretenus de cette idée par des fonctionnaires publics et les chefs des autorités judiciaires. […] Le préfet verrait avec plaisir que les fonctions de major fussent confiées au général Mignotte, la terreur des intrigants qui n’osent pas le regarder en face »[2].

« Lille – Des placards séditieux ont paru à l’occasion de la levée du 1er ban ; l’un d’eux, le 21 mars, indiquait que les gardes nationales délivreraient le pays d’un monstre »[3].

« Une consternation profonde régnait dans le pays. Ce n’était pas qu’on doutât du triomphe de l’Empereur, tant son prestige militaire était grand encore ; mais la France était rassasiée de la gloire des armées, et désenchantée des victoires inutiles, elle trouvait beaucoup trop lourds les sacrifices que lui imposait une ambition sans bornes. Ce n’étaient, dans toutes les classes, que murmures de désapprobation. Les repus mêmes de l’Empire finissaient par être inquiets, craignant que, si une balle ou un boulet venait à emporter l’Empereur, leurs positions ne fut compromises »[4].

Connu pour son instinct, le sénateur Charles-Louis Huguet de Montaran, marquis de Sémonville contemple d’un air sombre les régiments partant fièrement, musique en tête, vers leur destin : « Pas un ne reviendra, ils vont à la boucherie ».

Un négociant de la côte écrit à son correspondant de Paris :

« Ce qu’il fallait aux commerçants, c’étaient la paix, la sécurité, la certitude du lendemain, toutes choses dont ils pouvaient être sûres de ne jamais jouir pendant toute la durée de l’Empire. Quand même nous aurions établi un préfet français à Moscou, qu’est-ce que cela aurait prouvé à Londres ? »[5].

Madame Ulliac, dans une lettre écrite à son mari, colonel à l’État-major, évoque sa volonté :

« Puissent les malheureux Russes être tellement pressés par nos braves qu’ils soient enfin forcés à demander la paix ! La paix ! Que soient rendus à tant d’honnêtes gens, le repos et le bonheur ! »[6].

Le 1er janvier 1812, Etienne-Léon de Lamothe-Langon assiste à une conversation entre un cocher et un palefrenier. L’un de eurent ces paroles :

« J’ai eu cette nuit un singulier cauchemar. […] J’ai rêvé que nous avions été battus par les Russes dans leur pays et qu’ils nous avaient reconduits jusque sur les hauteurs de Montmartre. […] Mon fils qui est somnambule, comme ils disent, ne voit, quand il dort éveillé, que du sang, que des cadavres ; il dit que la tête lui fend des coups de canon qu’il ne cesse d’entendre ; ça tournera mal, croyez-moi ».

Il n’en faut guère plus à l’auteur pour semer le doute :

« Oserai-je avouer que ces appréhensions, fondées sur rien, sur les rêveries d’un somnambule, me parurent de mauvais augure. C’est qu’il n’existe pas un homme, je crois, qui n’ait sa dose de superstition »[7].

Une partie de l’opinion publique ne comprenait pas l’intérêt à renouveler une conquête lointaine. Sans concevoir nécessairement ce que cela représentait géographiquement, certains se rappelaient la campagne d’Égypte de 1798 et imaginaient que l’épopée se poursuivrait maintenant vers la Perse[8], l’Inde[9] et la Chine. Le peuple élu, devenu modèle pour les autres nations européennes, allait être un modèle universel. La Grande Armée, porteuse de l’idéologie civilisatrice, en prenant les chemins de l’Est et de l’Orient pour en chasser les Anglais et les Barbares, y aurait conquis l’indépendance de l’Occident et la liberté des mers[10]. L’expédition gigantesque du XIXe siècle débutait.

George Sand alors âgée de 8 ans se souvient :

« On ne parlait d’autre chose autour de nous que de la campagne de Russie, et pour nous c’était quelque chose d’immense et de fabuleux comme les expéditions d’Alexandre dans l’Inde »[11].

«  J’entendais dire à une des amies de ma grand-mère : « Eh bien, quand nous aurons pris la Russie, qu’est-ce que nous en ferons ? ». D’autres disaient qu’il méditait la conquête de l’Asie et la campagne de Russie n’était qu’un premier pas vers la Chine. « Il veut être le maître du monde, s’écriait-on, et il ne respecte les droits d’aucune nation. Où s’arrêtera-t-il ? Quand se trouvera-t-il satisfait ? C’est intolérable, tout lui réussit ». Et personne ne disait qu’il pouvait éprouver des revers et faire payer cher à la France la gloire dont il l’avait enivrée »[12].

Alors que l’on avait besoin de soldats, l’insoumission et la désertion se développaient dans l’Empire. Depuis 1810, on comptait près de 165 000 individus en situation irrégulière par rapport aux lois sur la conscription[13], chiffre qui  ne cessa de croître dans les années suivantes et auquel il faudrait encore ajouter l’augmentation du nombre des mutilations volontaires pour échapper au recrutement[14].

Pour échapper au service, on recherchait souvent une « planque » au sein de services annexes de l’armée ou d’entreprises qui travaillent directement pour elle. Les services les plus courus à l’époque sont : Les hôpitaux militaires, les fortifications, les vivres et les charrois et plus occasionnellement des emplois chez les fournisseurs habituels des armées pour le charbon de bois, le salpêtre, le fer forgé, l’habillement, et cætera. La distribution de ces places donne lieu aux plus graves abus et aux réveils de tensions au sein des communautés villageoises :

« Basses-Pyrénées – On a mis le feu à une grange appartenant au maire de Bordes ; tous les fourrages et un troupeau de 50 moutons ont été brûlés, on attribue ce délit à quelques habitants mécontents d’avoir été portés par le maire sur les listes des gardes nationaux d’élite »[15].

Le fait d’avoir exempté les séminaristes du service militaire semble avoir également éveillé de curieuses vocations sacerdotales. Le préfet des Pyrénées Orientales écrivit à l’évêque de Carcassonne, concernant le réformé Barthélémy Ramonatxo du canton de Saillagouse, qui porté sur les listes de jeunes gens se destinant au service des cultes, retrouve finalement sa véritable identité quelques mois après le recrutement : « On me dit que ce jeune homme a abandonné ses études ecclésiastiques et embrassé la profession de tanneur »[16].

Le gouvernement fit mener des ratissages par la gendarmerie, notamment au moyen d’opérations « commandos »[17] et de colonnes mobiles qui occupaient les communes n’ayant pas fournies tout leur contingent. Les bulletins de police rendirent compte de multiples incidents relatifs à cette vague de refus de la conscription : Le 12 mai 1812, à Vitré (Ille-et-Vilaine), on tira sur des gendarmes escortant sept réfractaires. Le 23 mai 1812, à Morlaix (Finistère), deux gendarmes furent laissés pour morts après avoir été battus par les insoumis qu’ils escortaient. Le 25 mai 1812, à Châteauneuf (Loire), deux autres furent grièvement blessés dans les mêmes conditions. Le 27 mai 1812, à Sainte-Ménéhould (Marne), un maréchal des logis fut tué par deux déserteurs[18].

Source : Kôbô SEIGAN, La conscription dans le département de la Seine-Inférieure (an VI-1815), thèse sous la direction de Jean-Pierre Bertaud, Paris I Panthéon-Sorbonne, 1998.


Notes :

[1] André LATREILLE (1901-1984), L’ère napoléonienne, Paris, éd.  Armand Colin, 1974, p. 285-286.

[2] Extrait du bulletin de Savary adressé à l’Empereur du vendredi 3 janvier 1812, Archives Nationales, AF IV 1519.

[3] Extrait du bulletin de Savary adressé à l’Empereur du samedi 11 avril 1812, Archives Nationales, AF IV 1521.

[4] Ernest HAMEL (1826-1898), Histoire du Premier Empire faisant suite à l’Histoire de la République sous le Directoire et le Consulat, Paris, éd.  Dentu, 1882, p. 563.

[5] Lettre citée par le comte Mollien, dans ses Mémoires d’un ministre du Trésor, tome III.

[6] Extrait de la lettre de Madame Ulliac à son mari Henri-Louis-Armand-Fidèle Ulliac, colonel à l’état-major général du 8e corps commandé par le Roi de Westphalie, 29 juillet 1812. Léon HENNET et Emmanuel MARTIN, Lettres interceptées par les Russes durant la campagne de 1812, publiées d’après les pièces communiquées par S. E. M. Goriaïnow (directeur des Archives de l’État et des Affaires Étrangères de Russie), annotation par Léon Hennet, introduction par Frédéric Masson, Paris, éd.  La Sabretache, 1913.

[7] Etienne-Léon LAMOTHE-LANGON (1786-1864), L’Empire ou Dix ans sous Napoléon, Paris, éd. Allardin, 1836, p. 6.

[8] On se souvenait des travaux diplomatiques des généraux Claude-Mathieu de Gardane et Amédée Jaubert auprès du Shah de Perse, Fath Ali Shah Qajar, entre 1807 et 1809. Une fonderie de canons avait été installée à Téhéran par les lieutenants Fabvier et Reboulh. Les cavaliers et artilleurs persans du camp de Tabriz avaient reçus des formations par les officiers Bontems, Verdier et Lamy. Des reconnaissances de terrain avaient été effectuées sur des milliers de kilomètres par les officiers Trézel et Truilhier.

[9] Lors du départ de la Grande Armée de Moscou, le maréchal Castellane écrit dans son journal : « On parle d’aller dans l’Inde. Nous avons une telle confiance que nous ne raisonnons pas sur la possibilité du succès d’une telle emprise ; sur le nombre de mois de marche nécessaires, sur le temps que les lettres mettraient à venir de France ». – Voir Esprit-Victor-Elisabeth CASTELLANE (1788-1862), Journal du Maréchal de Castellane, 1804-1862, tome I, 1804-1823, Paris, éd. Plon, 1895-1897. Castellane est alors âgé de 24 ans. Aide de camp du général Narbonne, il est nommé chef d’escadron après La Moskowa. Durant la retraite (ou il aura la main droite gelée), il prendra rang dans l’escadron sacré, chargé de la protection de l’Empereur.

[10] Parmi les auteurs qui croient à un rêve oriental nourri par Napoléon en 1812, nous  verrons : Eugène TARLE (1874-1955), Napoléon, Moscou, 1990, première éd. en russe en 1936, p. 233 et 235.

[11] George SAND (1804-1876), Histoire de ma vie, ouvrage dirigé par Michel Zink et Michel Jarrety, Paris, éd. Classique de poche, 2004, volume 3, chapitre 5, p. 751-752.

[12] George SAND (1804-1876), Histoire de ma vie, ouvrage dirigé par Michel Zink et Michel Jarrety, Paris, éd. Classique de poche, 2004, volume 3, chapitre 4.

[13]  Jean-Paul BERTAUD, Guerre et société en France, de Louis XIV à Napoléon Ier, 1998, p. 129.

[14] On pourrait multiplier les citations à ce propos : « Brest – La nuit du 10, un conscrit du 70e nommé Guillaume, en faction sur le rempart, a eu le pouce de la main gauche cassé par un coup de pistolet. On croit qu’il s’est mutilé, il est à l’hôpital. », bulletin de Savary adressé à l’Empereur du samedi 25 janvier 1812, Archives Nationales, AF IV 1519 ; « Gillin, ouvrier tourneur, faubourg Saint-Antoine, s’est coupé le pouce de la main gauche avec une hache, il est consigné à l’hospice Saint-Antoine, on ne sait pas s’il s’agit d’une mutilation ou d’un accident, il est épileptique. », rapport du préfet de police, dans le bulletin du dimanche 26 et du lundi 27 janvier 1812, Archives Nationales, AF IV 1519 ; « 239 estropiés se sont présentés pour le recrutement à Bar-le-Duc (Meuse) et ont été renvoyés dans leurs foyers. », bulletin du 25 juin 1812, Archives Nationales, AF IV 1523. Ces actes de mutilations aggravent également les tensions entre habitants d’une communauté : « Meuse-Inférieur – Le 26 janvier 1812, à Kortessem, le nommé Eckelmans a tué de deux coups de couteau, dans un cabaret, le nommé Woormans qui avait dit que le fils de cet assassin, conscrit de 1812, s’était mutilé, il s’est ensuite retiré tranquillement, les habitant et les autorités n’ayant rien fait pour l’arrêter. », bulletin du mercredi 12 février 1812, Archives Nationales, AF IV 1520.

[15] Bulletin de Savary adressé à l’Empereur du 1er février 1812, Archives Nationales, AF IV 1520.

[16] Michel BRUNET, Le Roussillon, une société contre l’État, 1780-1820, Association des publications Université Toulouse-Le-Mirail et Eché, 1986, rééd. en 1990.

[17] À Collioure, dans la nuit du 25 décembre 1812, la brigade de gendarmerie tenta de s’emparer des réfractaires, qui à l’occasion de la fête de Noël, s’étaient regroupés dans les auberges du faubourg pour se distraire et boire. – Nous verrons à ce sujet, la lettre du capitaine de gendarmerie de Collioure au préfet, 26 décembre 1812, Archives départementales des Pyrénées Orientales, 2 R 199. D’autres brigades misèrent sur l’attachement des réfractaires aux pratiques religieuses. Faupoult écrira : « J’ai fait cerner plus de trente églises au moment du service divin, pour arrêter tous les réfractaires qui s’y trouvaient », Archives Nationales, F9 177.

[18] Bulletin de Savary adressé à l’Empereur du jeudi 2 juillet 1812, Archives Nationales, AF IV 1523.

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CARTOGRAPHIE

Carte des départements du Grand Empire en 1812

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SMOLENSK ET MOSCOU

Le 19 octobre 1812, les Français quittèrent la ville de Moscou et prenaient la direction du sud-ouest, vers la région de Kalouga. Ce mouvement rétrograde de la Grande Armée fut connût en France vingt jours plus tard avec la publication du 25e bulletin. Il avait été rédigé dans une obscure localité, Noilskoë, et non à Moscou. L’armée, y apprenait-on, avait quitté cette ville, réduite à l’état de décombres et donc sans valeur politique, où une garnison demeurait cependant. Elle allait prendre ses quartiers d’hiver mais l’on ne savait pas encore si l’Empereur avait choisi de gagner l’opulente région de Kalouga et de Toula, ou s’il marcherait plus directement vers l’ouest en se rapprochant de 400 kilomètres de la Pologne et des vastes magasins militaires installés de Dantzig à Minsk. Dans les jours suivant, les journaux publièrent l’un ou l’autre article expliquant les avantages de ces mouvements destinés à ce que les troupes passent l’hiver dans les meilleures conditions possibles. Le choix de quitter la ville de Moscou ne fût donc perçu par l’opinion publique, non comme une défaite, mais comme un choix tactique de Napoléon et une faveur accordée à ces troupes à avoir un bon quartier d’hiver. C’était « un mouvement rétrograde bien sage »[1] ou encore « une retraite des vainqueurs ». Le Journal de l’Empire du 16 décembre 1812 écrivait même qu’on « attendait les détails officiels de ces heureux événements »[2]. Ce point de vue est visible également dans les lettres administratives :

« Le retour de la Grande Armée en Lituanie loin de produire la moindre inquiétude a calmé au contraire celle qu’on éprouvait involontairement de voir l’Empereur passer l’hiver dans un climat et au milieu d’un peuple sauvage. Le mouvement n’a point été regardé comme une retraite obligée mais comme une de ces nouvelles et toujours admirables combinaisons du génie de l’Empereur »[3].

« Les derniers bulletins qui annoncent le mouvement rétrograde de la Grande Armée vers le Boristhène, n’ont produit aucun étonnement, parce que tout le monde était convaincu d’avance de la nécessité d’évacuer un pays totalement ruiné, désormais sans importance politique ou militaire, et d’assurer à une masse aussi considérable de troupes, des subsistances et des quartiers d’hiver. Le fait que quelques journaux ont pris de justifier ces mesures, a même paru superflu »[4].

« On est inquiet de ne pas voir de bulletins lorsqu’on sait que l’armée en se retirant a en plus d’une affaire, et a livré plusieurs combats. On voudrait apprendre qu’elle est en quartier d’hiver et assez bien établie pour y être tranquille. On est plus occupé de subsistances que de nouvelles »[5].

En contradiction avec cet état de l’opinion publique, on s’interrogeait bien entendu sur les causes du repli de l’armée. Certains l’attribuaient à des problèmes de ravitaillement, d’autres à des incursions russes dans le duché de Varsovie. Beaucoup de gens n’arrivait à croire que l’Empereur eût consenti à abandonner sa conquête. L’administration cachait probablement la vérité : Il « était peut-être mort »[6], ou avait « la tête dérangée ». Sur ces bruits, la Bourse avait baissée[7].

L’idée d’un prolongement de la guerre et des efforts à fournir traversa les esprits. Si la Grande Armée n’avait réussi à anéantir la puissance russe dans un premier temps, l’opinion publique pensait qu’elle aurait repris l’offensive au printemps 1813, selon la stratégie que l’Empereur avait accomplie avec succès durant l’hiver 1806-1807. Le 25 octobre 1812, Koutouzof barrait la route de la Grande Armée à Malo Jaroslavetz. Le combat s’acheva par un succès tactique français, mais les Russes ne se retirèrent pas et Napoléon, renonçant à forcer le passage, remonta vers le nord pour reprendre la route par laquelle, il était venu à Moscou. En France, ceux qui avaient une carte de ces régions, suivaient point par point la progression de la Grande Armée[8]. La majorité  issue de la ruralité comprenait, que contraint de traverser des régions dévastées quelques mois auparavant, les cavaliers de la Grande Armée auraient dû fourrager de plus en plus loin, les exposants alors aux embuscades. Les colonnes de soldats n’auraient pu également accélérer leur retraite en raison de la durée des journées (de plus en plus courte en hiver) et de l’impossibilité de marcher la nuit, vue que le froid sibérien (-15 à -30°) s’était installé depuis le début du mois de novembre[9]. Intimement, chacun se rendit compte qu’un bouleversement se déroulait dans la conduite de la guerre. On n’avait toujours connu une armée basée sur la rapidité. Désormais, on observait une armée en marche ralentie, sans initiative stratégique.

Le prince russe Mikhail Koutouzov, général en chef de l’armée impériale russe du tsar Alexandre Ier

Source : « Mikhail Koutouzov », Musée de la Guerre Patriotique de 1812, Moscou.

Entre le 19 novembre et le début de décembre, arrivèrent les 26e, 27e, 28e bulletins. Ils  révélaient que les ultimes troupes laissées à Moscou s’en étaient retirée et qu’on avait livré le 24 octobre une bataille victorieuse à Malo-Jaroslavetz. Officiellement, l’armée allait s’installer vers Smolensk ou Vitebck. Avec ces dernières nouvelles de la Grande Armée, les préfets montrèrent dans leurs correspondances que le dévouement à l’Empereur et à la campagne de Russie étaient intactes :

« Monseigneur. J’ai la satisfaction d’annoncer à votre excellence que les inquiétudes, qu’avait généralement fait naître, dans mon département, la publication du 25e bulletin de la Grande Armée, se sont calmées à la réception des 26e et 27e bulletins. Je me suis empressé d’en ordonner la réimpression et l’envoie dans toutes les communes de mon territoire. La publication que Messieurs les maires se sont hâtés d’en faire a rassurée la sécurité dans tous les cœurs »[10].

« Esprit public : Toute les circonstances dans lesquelles l’esprit public peut se manifester, concourent à nous prouver combien il est bon. […] Les nouvelles du succès de notre armée, celle de la santé de notre Auguste Souverain, au milieu des fatigues auxquelles Sa Majesté se livre pour la prospérité de l’Empire ont été accueillies avec les sentiments de la satisfaction la plus grande et la mieux sentie »[11].

« La publication du 26e bulletin que j’ai fait réimprimer avec la plus grande célérité, pour l’envoyer dans toutes les communes, a faire à ces pénibles impressions une satisfaction générale : on avait besoin de recevoir des nouvelles sur la santé de Sa Majesté propos mettre en doute, et pour la confrontation la quelle des sujets souveraine avec leur vie. Aujourd’hui toute inquiétude est dissipée ; et sans doute la fréquence des bulletins ultérieurs de la Grande Armée ne plus aux mal attentionnés ou aux oisifs irréfutés de répandre des bruits alarmants et des conjonctures, qui être accueillis par la très grande majorité des habitants pour leur cœur, animé de l’amour la plus tendre et de dévouement la plus certain pour notre Auguste Empereur »[12].

Vingt jours plus tard, lorsque la Grande Armée parvint devant la Bérésina, le fleuve n’était pas gelé mais charriait des blocs de glace. Puisqu’on ne tenait aucun point de passage sur le cours d’eau, il fallut hâtivement, et dans les pires conditions, établir des ponts. Napoléon parvint à tromper les Russes sur le lieu de franchissement choisi, mais il n’en fallut pas moins combattre les 27 et 28 novembre afin d’assurer l’écoulement des troupes encore disponibles. On venait d’échapper à l’encerclement, mais en décembre la température tomba à moins 25 degrés.

Le 28e bulletin annonçait que la neige avait commencé de tomber le 7 novembre et révélait que depuis, en quatre jours, 3 000 chevaux avaient succombé. Les choses prenaient mauvaise allure et le trouble de l’opinion publique ne pouvait que redoubler. On commençait à percevoir l’état dramatique de la Grande Armée, perdue dans l’immensité du territoire russe. Avec la disparition des chevaux, on savait que ces facultés d’éclairer, de rompre l’adversaire, de protéger les flancs de l’infanterie, de transporter les fourgons, les vivres et l’artillerie diminuaient. Ces funestes pressentiments s’insinuaient dans les esprits, mais rien ne transparaît ouvertement, qui aurait mis en alerte les administrations du régime :

« Lyon – Rapport du commissaire général, le 15 décembre 1812 : L’esprit public a paru bon depuis le 28e bulletin ; des bruits inquiétants circulaient auparavant ; ils ont cessé »[13].

Pourtant, certains administrateurs pressentent déjà que l’opinion publique se scinde en deux axes. Le préfet du département de la Creuse, Camus Dumartroy, au ministre de l’Intérieur, remarque :

« Actuellement les deux nouvelles qui obtiennent le plus de créance sont le retour de l’Empereur et la levée prochaine de la conscription de 1814. Le premier de ces bruits excite à la fois la crainte et la joie. On pense que priver de son chef, l’armée aura perdu sa plus grande force, on se réjouit de voir Sa Majesté échappée à tant de fatigue et de dangers. Le second cause une tristesse universelle »[14].

Le choc énorme de l’opinion publique, vint avec le 29e bulletin. Celui si fut écrit à  Molodetchna, le 3 décembre 1812. Il fut apporté par Anatole de Montesquiou, aide de camps de l’Empereur, et publié en France à partir du 16 décembre. Alors que « Napoléon professait qu’il fallait cacher la vérité défavorable à la France et qu’il était d’un mauvais citoyen de la dire »[15], le 29e bulletin de la Grande Armée ne cachait d’aucune manière l’immensité du désastre. Il révélait en effet que l’armée avait battu en retraite durant cinquante jours, dont une bonne partie dans des conditions climatiques épouvantables et sous le harcèlement incessant des Cosaques[16], ces « taons de neige »[17], qui fondaient sur l’arrière-garde, encombrée de civils et de soldats perdus :

« Le froid qui avait commencé le 7 [novembre], s’accrût subitement, et du 14 au 15 et au 16 le thermomètre marqua 16 et 18 degrés au dessous de la glace. Les chemins furent couverts de verglas ; les chevaux de cavalerie, d’artillerie, de train, périssaient toutes les nuits, non par centaines mais par milliers, surtout les chevaux de France et d’Allemagne. Pus de trente mille chevaux périrent en peu de jours ; notre cavalerie se trouva toute à pied ; notre artillerie et nos transports se trouvaient sans attelages. Il fallut abandonner et détruire une bonne partie de nos pièces, de nos munitions de guerre et de bouche. […] L’ennemi, qui voyait sur les chemins les traces e cette affreuse calamité qui frappait l’armée française, chercha à en profiter. Il enveloppait toutes les colonnes par ses cosaques, qui enlevaient, comme les Arabes dans les déserts, les trains et les voitures qui s’écartaient. Cette misérable cavalerie, qui ne fait que du bruit et n’est pas capable d’enfoncer une compagnie de voltigeurs, se rendit redoutable à la faveur des circonstances ». Ces épreuves étaient maintenant surmontée, laissait-on entendre. L’armée s’acheminait vers Wilna et commençait à être rééquipée, mais elle était « horriblement fatiguée » et avait besoin de « rétablir sa discipline ».

Les cuirassiers de la Moskowa

Source : « Les cuirassiers de la Moskowa », Uniformes de l’armée française (1789-1906), Musée de la Grande Guerre du pays de Meaux.

Le 29e bulletin ne se contenait pas que des traits catastrophiques : La bravoure de l’arrière-garde commandée par Ney y était mise en valeur, tandis que du passage de la Bérézina, on ne retenait que la performance militaire, en évitant de décrire l’effroyable cohue qui avait marqué les dernières heures de la traversée du fleuve sur des ponts de fortune et sans rien dire des milliers de traînards restés aux mains des Russes. Pour rassurer un peu, on n’hésitait pas à recourir au mensonge en affirmant que jamais la garde impériale n’avait dû être engagée.

Chose très surprenante à l’époque, les autorités ne  tentèrent guère de cacher les informations contenues dans le 29e Bulletin. A Strasbourg, le préfet le fît même traduire en langue allemande :

« Au moment où il a été connu par la gazette de Strasbourg, on s’est hâté de les faire réimprimer dans les deux langues, chose que l’on n’avait point faite pour les vingt-quatre premiers bulletins, on en a colporté et répandu les exemplaires avec une affectation indécente, sans épargnes les commentaires sur la perte de quelques bagages et sur la marche rétrograde de nos troupes »[18].

L’opinion publique fût fortement marquée par cette annonce du désastre. Jacques Jourquin nota dans son carnet, une similarité avec les bulletins précédents comme ceux d’Eylau et d’Essling : « Le 29e bulletin de Mallodeozeno, bulletin aussi vrai, mais autrement terrible que ceux des batailles d’Eylau et d’Essling »[19]. Villemain parla « d’indignation », Pontécoulant de « consternation »[20]. La maréchale Oudinot, quant à elle, dira de ce bulletin qu’il « venait de foudroyer la France »[21]. Ces termes négatifs reviennent sous toutes les plumes des correspondances :

« Rien ne pourra jamais se comparer à la consternation produite par la publication du 29e bulletin. Chacun, frappé au cœur par un événement inouï dans les annales du monde civilisé, sentit que les suites en devaient être incalculables »[22].

« Le tableau déchirant du 29e bulletin a produit une consternation réelle »[23].

« La publication du 29e bulletin avait porté la consternation et deuil dans mon  département »[24].

« Le 29e bulletin avait répandu dans les âmes une teinte de tristesse et d’inquiétude générale, inspirée surtout par le sentiment qui attache tous les français à leur auguste Empereur et à tout ce qui concerne les armées »[25].

« Monseigneur. Depuis le 19 novembre, date de ma lettre jusqu’à ces jours derniers, il n’était parvenu à ma connaissance aucun bruit digne de vous l’être rapporté. Ce qu’on avait lu dans le 28e bulletin sur la situation de la Grande Armée en absence de nouvelles publiques et en particulier des opérations ultérieures avaient donné de l’inquiétude. […] Mais le tableau déchirant qu’est venu le 29e bulletin a produis une consternation réelle. […] Enfin on a informé qu’une nouvelle armée qu’on pourrait conduire en Russie y aurait le même que la première, que ce peuple est inexpugnable chez lui ; que la tactique attirer pour envelopper la plupart de sinon tout, ont prit leur source dans la ville de Lyon d’où les nouvelles deviennent toujours ici celle qui nous viennent de Paris. […] Il est naturel que les pertes d’une armée aussi nationale que la notre soient vivement senties dans les classes du peuple. L’admiration et la confiance effaceront bientôt ce premier moment d’inquiétude »[26].

« Le 29e Bulletin a causé une douleur vive en générale, mais il a en même temps, rassuré entièrement sur le seul point d’inquiétude véritable qui affectait quelques esprits, l’existence et la bonne santé de l’Empereur. Chacun se disait, les malheurs dont le bulletin nous présente le pénible tableau, sont bien affligeants, mais l’Empereur et son génie nous sont conservés et ces malheurs seront bientôt réparés »[27].

« Le 29e bulletin a atterré tout le monde ; on a vu d’abord le mal tel qu’il était annoncé avec un ton de franchises qui a persuadé. Les détails qu’on a appris depuis ont beaucoup augmenté la peine qu’on avait ressentie, et chacun inquiet pour ses parents, ses amis, ses connaissances, a chercher à apprendre des détails qui malheureusement ont été généralement peu satisfaisant ou même affligeant. […] On a jugé que le mal devait être bien grand puisque l’Empereur quittait son armée avant qu’elle ne fût en sûreté »[28].

« Lorsque je fus reposé, je repris mon service d’inspection en parcourant le pays de Gênes et d’autres départements transalpins pendant l’hiver 1812-1813. Ce fut peu après mon arrivée de ma grande course que nous parvint le 29e bulletin apprenant la terrifiante nouvelle des catastrophes de notre armée de Russie »[29].

Selon le regard de la police, qui se souciait surtout de l’ordre public, le 29e bulletin ne provoqua aucun changement d’attitude telle que le note le commissaire général de Lyon : « 29 décembre 1812 : Le 29e bulletin n’a fait aucune impression à Lyon »[30]. Les autorités tentaient de se rassurer et de rassurer le gouvernement, alors que chaque jour ou presque, les mécontentements s’exprimaient de ville en ville, de village en village. Pour les adversaires au régime, l’arrivée du 29e bulletin étaient un événement prometteur. Apercevant ce fait comme une lueur d’espérance, nombre de nostalgiques de la République rêvaient d’un nouveau soulèvement populaire. Il faut dire que la génération de la Révolution était toujours une réalité. En 1812, Robespierre aurait eu 54 ans, Danton 53 ans et Desmoulins 52 ans. Une minorité de républicains essayèrent de dresser l’opinion publique du Midi contre l’Empire. Le républicain Lucien Jaume écrira :

« La France courait le risque d’être envahie et même démembrée. Pour prévenir ce malheur, on avait besoin de la réunion de tous les partis, de l’énergie de tous les républicains et d’une nouvelle constitution »[31].

A Moret, un placard jacobin[32]. fût découvert :

« Seine-et-Marne – On a affiché sur les murs de la maison commune de Moret un placard injurieux pour Sa Majesté (style anarchiste). On soupçonne le tourneur Paupardin ; il est arrêté et mis au secret à Fontainebleau ; on va le faire juger et, s’il est acquitté, on le retiendra par mesure administrative »[33].

Toutes les fidélités commençaient à vaciller. Le marquis Bruno Boisgelin lança, un jour, dans un entretien le nom du seul sauveur : « Le pays ne peut se sauver que par la sagesse de Monsieur de Talleyrand ». L’entourage de Talleyrand était en effet fort malveillant à la politique de l’Empereur[34] : les dames de Laval, de Vaudémont, de Luynes, de Canisy et au premier rang, la jeune femme d’Edmond de Périgord, devenue nièce de Talleyrand, qui, Russe depuis peu francisée, était résolument hostile à Napoléon[35]. Madame de Coigny ne dissimule également pas du contentement qu’elle éprouvait elle-même à la pensée que « l’indignation du moment faisait croire à la chute du despote »[36].

Les Français ne craignent guère un déferlement des armées russes. Caulaincourt, recevant des informations sur l’état de l’opinion publique, écrivit :

« On ne croyait pas, qu’il dût encore y avoir de batailles. On se figurait les Russes comme hors d’état d’en donner. Cette opinion rendait les inquiétudes moins vives »[37].

Méjan, un haut fonctionnaire notera dans l’une de ces lettres :

« Vous aurez lu le 29e Bulletin. Que dites-vous de cette noble franchise ? Un souverain qui parle ainsi à sa nation ne donne pas seulement une grande idée de son caractère, mais une telle idée de sa force, qu’il faudrait que les Russes fussent plus que fous s’ils tentaient les chances d’une nouvelle campagne »[38].

Si elle passait le Niémen, l’armée régulière russe de Koutouzov, disposant encore de plus de 100 000 combattants, allait s’heurter aux Polonais. L’arrivée des Cosaques aurait suffit à soulever le grand duché de Varsovie. Les Polonais aurait recueillit l’armée française en retraite qui, bien pourvue de vivres et de vêtements, ressusciterait. Aussi bien cette Grande Armée se fortifierait-elle du fait qu’elle se repliait sur ses renforts, tandis que les Russes s’éloigneraient des leurs. La Pologne accompagnerait sans doute cette résistance par une levée en masse et, alors, Napoléon saurait l’en récompenser : Il en ferait « un grand État », et lui donnerait « un bon roi »[39]. On pensait à l’éventualité de Jérôme Bonaparte pour ce poste :

« Au commencement de la campagne, Napoléon confia 60 000 hommes à son jeune frère Jérôme. On a présumé, et il y a lieu de croire, que l’intention de l’Empereur, si la campagne avait une issue heureuse, était de rétablir le royaume de Pologne et d’en créer roi »[40].

Néanmoins, cette conception optimisme n’adhère pas à toutes les consciences. Les alliés de Napoléon allaient-ils demeurer loyaux ? Certains redoutaient une avancée des hordes russes sur l’Europe, grâce à  l’intermédiaire d’un soulèvement de la Prusse. La trahison du gouvernement de Berlin en 1806 était restée vivace dans les mémoires. On imaginait les soldats de la Grande Armée pris en tenaille entre une population prussienne révoltée et les armées russes[41]. On frémissait d’une éventuelle capture de l’Empereur[42]. Des rumeurs naissaient à peu près partout sur le territoire. On pensait que Napoléon avait sous-estimé les problèmes d’approvisionnements ou encore que le tsar Alexandre Ier l’avait leurré en lui faisant entrevoir la possibilité de négociations pour le retenir à Moscou. On le gratifiait d’avoir les doigts gelés (peut-être une sorte de matérialisation symbolique du désastre), qu’il avait été mis personnellement en danger par l’ennemi (et sur ce dernier point on n’avait pas entièrement tort)[43], qu’il avait été empoisonné ou qu’il n’était plus capable d’assumer ces fonctions. Le 19 décembre, le préfet du département d’Ille-et-Vilaine écrit ainsi :

« Voici ce que débitent aujourd’hui nos nouvellistes : L’Empereur a été empoisonné à Moscou, les médecins ont sauvés sa vie, mais le moral a été tellement affecté qu’il est désormais incapable de gouverner. Il y a un conseil de régence composé du Roi de Naples, du vice-roi d’Italie et du Prince de Neufchâtel. De grandes mesures financières vont être prises »[44].

A cet effet, le 29e bulletin s’achevait par cette phrase : « La santé de Sa Majesté n’a jamais été meilleure ». Un mois après l’affaire Malet, cette précision était sans doute jugée utile. Qu’il « se portât bien », c’était l’assurance que le désastre serait vite réparé. Pour éviter tout phénomène d’émulation de l’opinion publique face à l’augmentation de ces rumeurs, Napoléon avait prévu de rentrer le plus tôt possible en France. La Nation qu’il gouvernait aurait compris son départ précipité. Il aurait quitté son armée, comme il avait fait en Égypte à la suite de son triomphe sur les Turc à Aboukir. L’Empereur resta persuadé que, par sa seule présence à Paris, deux jours après la publication du 29e bulletin, il réussirait à annihiler tout les esprits négatifs et se placer de nouveau comme le Sauveur :

« Il vaut mieux qu’on sache ces détails par moi que par des lettres particulières et que les détails atténuent ensuite l’effet des désastres […] Nos désastres feront une grande sensation, mais mon arrivée en balancera les fâcheux effets »[45].

Durant son trajet de retour, Napoléon intercepta tous les courriers à son adresse de France, à destination de la Russie. Caulaincourt nous signale qu’il «  parcourait les pages plutôt qu’il ne les lisait, afin d’avoir une idée sur tout » et qu’il sembla « fort content de l’esprit public ».

L'exploit de la batterie du colonel Nikitin à la bataille de Krasnoye

Source : « L’exploit de la batterie du colonel Nikitin à la bataille de Krasnoye », M.O. Mikeshin, 1854, huile sur toile, Musée de la Guerre Patriotique de 1812, Moscou.

L’armée française traversant la Berezina

Source : « L’armée française traversant la Berezina », artiste inconnu, d’après l’original de P. Hess, 1840, huile sur toile, Musée de la Guerre Patriotique de 1812, Moscou.

Le retour de Napoléon de la campagne de Russie

Source : « Le retour de Napoléon de la campagne de Russie », A. Nortel, milieu du XIXe siècle, huile sur toile, Musée de la Guerre Patriotique de 1812, Moscou.


Notes :

[1] Lettre d’Hortense de Beauharnais à son frère Eugène, 13 novembre 1812, Lettres du prince Eugène à la reine Hortense, tome II. 1807-1824, Archives Nationales, 400AP/28, p. 345.

[2] Journal de l’Empire du 16 décembre 1812.

[3] Extrait de la lettre du préfet du département du Morbihan (Louis-Joseph-Victor Jullien) au ministre de l’Intérieur, en réponse à celle datée du 12 novembre 1812, Vannes, 21 novembre 1812, Archives Nationales, F1/cIII/Morbihan/12.

[4] Extrait de la lettre du préfet du département du Haut-Rhin (Félix Desportes) au ministre de l’Intérieur, Colmar, 21 novembre 1812, Archives Nationales, F1/cIII/Haut-Rhin/11.

[5] Extrait de la lettre du préfet du département de l’Aube (Charles-Ambroise de Caffarelli du Falga)  au ministre de l’Intérieur, Troyes, 17 décembre 1812, Archives Nationales, F1/cIII/Aube/8.

[6] Lettre d’Hortense de Beauharnais à son frère Eugène, 13 novembre 1812, Lettres du prince Eugène à la reine Hortense. II. 1807-1824, Archives Nationales, 400AP/28, p. 345.

[7] Journal de l’Empire du 30 octobre 1812. La Bourse connaîtra de nombreuses fluctuations durant la campagne de Russie en raison de l’activité rumorale et de ces pressions sur l’augmentation ou la diminution des demandes de conversions. Le fléchissement des cours était également du à la vente d’inscriptions par des petits rentiers lors de chaque publication du bulletin de la Grande Armée (Lettre de Savary à Napoléon du 14 novembre 1812) – Nous verrons à ce sujet, Patrick FACON, Renée GRIMAUD et François PERNONT, La France sous l’Empire, Évreux, éd. Atlas, collection La glorieuse épopée de Napoléon, 2004, p. 21.

[8] « A Paris, tout le monde avait des cartes de Russie sur lesquelles on pointait avec des épingles les lieux cités dans les bulletins. Il n’y avait guère de salons, dans toutes les classes de la société, où l’on ne recherchât avec avidité des nouvelles d’une armée dans laquelle chacun avait un frère, un fils ou un ami. », Anne-Jean-Marie-René SAVARY (1774-1833), Mémoires du Duc de Rovigo pour servir à l’histoire de l’Empereur Napoléon, publié par Colburn, 1828, tome IV, p. 130.

[9] D’après les chercheurs, l’enchaînement de deux gigantesques éruptions volcaniques explique que la décennie 1810-1819 ait été l’une des plus froides de ces 500 dernières années. Des traces ont été retrouvée dans les glaces du Groenland et de l’Antarctique par Jihon ColeDai (université du Dakota du Sud). Cette eruption, non documentée jusqu’à présent, aurait eu lieu en 1809 quelque part au niveau des tropiques. Elle aurait ainsi précédé celle du volcan Tambora (Indonésie) en 1815, qui a projeté 100 millions de tonnes de soufre dans la stratosphère et fait de 1816 une « année sans été ».

[10] Extrait de la lettre du préfet du département de l’Allier (François Pougeard du Limbert) au ministre de l’Intérieur, Moulins, 29 novembre 1812, Archives Nationales, F1/cIII/Allier/9.

[11] Extrait du « Compte de la situation politique et morale du département du Vaucluse pendant le 3eme trimestre de 1812 », envoyé par le préfet (Carl-Gérard Hultmann) au ministre de l’Intérieur, Avignon, 6 novembre 1812, Archives Nationales, F1/cIII/Vaucluse/6.

[12] Extrait de la lettre du préfet du département du Loiret (Jean Pieyre) au ministre de l’Intérieur, Orléans, le 18 novembre 1812, Archives Nationales, F1/cIII/Loiret/11.

[13] Extrait du bulletin de Savary adressé à l’Empereur du dimanche 20 et lundi 21 décembre 1812, Archives Nationales, AF IV 1524.

[14] Extrait de la lettre du préfet du département de la Creuse (Camus Dumartroy) au ministre de l’Intérieur, Guéret, 25 novembre 1812, Archives Nationales, F1/cIII/Creuse/9.

[15] Henri BEYLE (1783-1842), Mélanges intimes, Paris, éd. Le Divan, 1936.

[16] Quinze régiments de « Cosaques montés petits-russiers », comptant chacun quatre escadrons, avaient été constitués par décision impériale du 18 juillet 1812. Fort de 20 000 hommes, ils étaient commandés par l’hetman Matveï Ivanovitch Platov (1751-1818). – Nous verrons à ce sujet, Iaroslav LEBEDYNSKY (1960-), Les Cosaques, une société guerrière entre libertés et pouvoirs – Ukraine, 1490-1790, Paris, éd. Errance, 2004.

[17] L’expression « taon de neige » provient de François-René DE CHATEAUBRIAND (1768-1848), Mémoires d’outre-tombe, 1819, p. 108.

[18] Extrait de la lettre du préfet du département du Haut-Rhin (Félix Desportes) au ministre de l’Intérieur, Colmar, 21 novembre 1812. Ce même texte fut repris dans la lettre du préfet au ministre des Relations extérieures, Paris, 29 novembre 1812, Archives Nationales, F1/cIII/Haut-Rhin/11.

[19] Jacques JOURQUIN (1935-), Souvenirs et biographie du commandant Parquin, Paris, éd. Tallandier, 2003, p. 299.

[20] Louis-Gustave DOULCET DE PONTECOULANT (1764-1853), Souvenirs historiques et parlementaires du comte de Pontécoulant, ancien pair de France, extraits de ses papiers et de sa correspondance, Paris, 1861-65, tome III, p. 145.

[21] Gaston STIEGLER (1915-), Récits de guerre et de foyer : le maréchal Oudinot, duc de Reggio : d’après les souvenirs inédits de la maréchale, Paris, 1894, p. 255.

[22] Victorine DE CHASTENAY (1771-1855), Mémoires de Madame de Chastenay, 1771-1815, publiés par A. Roserot, Paris, éd. Plon et Nourrit, 1896, chapitre 39, p. 471-478.

[23] Extrait de la lettre du préfet du département du Haut-Rhin (Félix Desportes) au ministre de l’Intérieur, Colmar, 23 décembre 1812, Archives Nationales, F1/cIII/Haut-Rhin/11.

[24] Extrait de la lettre du préfet du département de l’Allier (François Pougeard du Limbert) au ministre de l’Intérieur, Moulins, 23 décembre 1812, Archives Nationales, F1/cIII/Allier/9. Le même jour, la phrase est reprise à l’identique dans la lettre du préfet du département de l’Ain (Léonard Philippe Rivet) au ministre de l’Intérieur, Archives Nationales, F1/cIII/Ain/8.

[25] Extrait de la lettre du préfet du département du Loiret (Jean Pieyre) au ministre de l’Intérieur, Orléans, 1812, Archives Nationales, F1/cIII/Loiret/11.

[26] Extrait de la lettre du préfet du département de l’Ain (Léonard Philippe Rivet) au ministre de l’Intérieur, 23 décembre 1812, Archives Nationales, F1/cIII/Ain/8.

[27] Extrait de la lettre du secrétaire particulier de la Police du département de l’Indre au ministre de l’Intérieur, Châteauroux, 7 janvier 1813, Archives Nationales,  F1/cIII/Indre/7.

[28] Extrait de la lettre du préfet du département de l’Aube (Charles-Ambroise de Caffarelli du Falga) au ministre de l’Intérieur, Troyes, 28 janvier 1813, Archives Nationales, F1/cIII/Aube/8.

[29] César LAVIROTTE (1773-1859), Mémoires d’un inspecteur des finances, officier de la République et de l’Empire, 1773-1859, éd. et notes de P.-F. Pinaud. César Lavirotte devient en 1811, grâce à ses relations maçonniques, vérificateur des comptes. Il entre à l’Inspection générale du Trésor et conduit un convoi d’or d’Italie en Pologne. En 1813, il sera nommé sous-inspecteur de 2e classe.

[30] Extrait du bulletin de Savary adressé à l’Empereur du dimanche 3 et lundi 4 janvier 1813, Archives Nationales, AF IV 1525.

[31] Antoine-Claire THIBAUDEAU (1765-1854), Mémoires, Paris, éd. Plon, troisième éd. 1913, chapitre 19, p. 339. Thibaudeau sera d’une certaine manière complice en pensée de ces républicains. Lorsqu’il lut le 29e bulletin à Marseille, il conçut immédiatement la pensée que jamais l’Empereur ne se relèverait du coup et que la France était perdue : « Voilà dis-je, mes pressentiments réalisés sur cette campagne ! Elle sera fatale à l’Empire, funeste à la France ».

[32] Le terme « anarchiste » renvoit dans le language de l’époque à celui de « jacobin ». Nous verrons à ce sujet, Alphonse AULARD (1849-1928), « Les derniers jacobins » dans La Révolution française, 1894, p. 385-407.

[33] Extrait du bulletin de Savary adressé à l’Empereur du vendredi 19 juin 1812, Archives Nationales, AF IV 1523.

[34] Talleyrand avait nottament confié au tsar Alexandre Ier lors d’une rencontre à Erfurt que la France était lassée et qu’il était possible de séparer la cause de la Nation de celle de l’insatiable Empereur. Cette thèse avait déjà été avancée par Joseph de Maistre, alors fort écouté à Pétersbourg.

[35] Émile DARD (1871-1947), Napoléon et Talleyrand, Paris, éd. Plon, 1935 (rééd. en 1947), p. 282.

[36] Aimée DE FRANQUETOT DE COIGNY (1769-1820), Mémoires, introduction et notes par Etienne Lamy, Paris, éd.  Calmann-Lévy, 1902, p. 212.

[37] Armand-Augustin-Louis DE CAULAINCOURT (1773-1827), Mémoires du général Caulaincourt, duc de Vicence, grand écuyer de l’Empereur, introduction et notes de Jean Hanoteau, Paris, 1933, tome II, p. 344.

[38] Lettre de Méjan, 6 janvier 1813, Miscellanea napoleonica, d’Alberto Lumbroso, série II, p. 130.

[39] Louis MADELIN (1871-1956), L’écroulement du Grand Empire, Histoire du Consulat et de l’Empire, Paris, éd. Robert Laffont, 2003, tome III, La catastrophe de Russie, chapitre 17, « L’opinion pendant la campagne », p. 1015-1027. Nous verrons au sujet du soutien du peuple Polonais (promesses de levée de troupes, comme celles de 1807), Antoine Flavien Augustin PION DES LOCHES (1770-1819), Mes campagnes, notes et correspondance du colonel d’artillerie Pion des Loches, mises en ordre et publiées par Maurice Chipon, Paris, 1889.

[40] Albert DU CASSE (1813-1893), Supplément à la correspondance de Napoléon Ier, lettres curieuses omises par le comité de publication, Paris, éd. Dentu, 1887.

[41] Louis MADELIN (1871-1956), L’écroulement du Grand Empire, Histoire du Consulat et de l’Empire, Paris, éd. Robert Laffont, 2003, tome XIII, p. 87-88.

[42] Cette hypothèse traverse également l’esprit de Napoléon. Il en plaisanta avec Caulaincourt : s’il était arrêté lors de son passage en Prusse, il serait probablement livré à l’Angleterre et exposé sur une place dans une cage de fer. Toutefois, hypothèse probable ou non, il préféra traverser la Prusse caché sous le nom de son compagnon de fuite, François-René DE CHATEAUBRIAND (1768-1848), Napoléon  raconté par Chateaubriand, Paris, éd. Flammarion, 1904, p. 244.

[43] Le 25 octobre 1812, en reconnaissance avancée près de Malo-Jaroslavetz, Napoléon fut surpris par un parti de cosaques. La rencontre s’acheva sans dommage pour lui mais son escorte dut mettre sabre au clair.

[44] Extrait de la lettre du préfet du département d’Ille-et-Vilaine au ministre de l’Intérieur, Rennes, 19 décembre 1812, réceptionnée le 14 janvier 1813, Archives Nationales, F1/cIII/Ille-et-Vilaine/11.

[45] Armand-Augustin-Louis DE CAULAINCOURT (1773-1827), Mémoires du général Caulaincourt, duc de Vicence, grand écuyer de l’Empereur, introduction et notes de Jean Hanoteau, Paris, 1933, tome II, p. 193. Il eût d’ailleurs été impossible d’occulter la vérité sur le désastre. En outre, si Napoléon ne cherchait pas vraiment à cacher l’état de ses forces, c’est probablement qu’il comptait déjà justifier ainsi les nouveaux efforts que la Nation aurait à fournir.

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LUTTER CONTRE LES RÉVOLTES ENDÉMIQUES

Avant de rejoindre la tête de la Grande Armée, Napoléon, comme à son habitude, réparti les responsabilités entre ces ministres [1] et se préoccupa des prévisions de la situation économique du pays. L’opinion publique se déterminant, non seulement sur des faits politiques, mais également sur les salaires, journaliers ou annuels, et les fluctuations du prix du grain. Napoléon ne souhaitant d’aucune manière, une résurgence des traditionnelles émeutes de marchés [2], durant son absence et celle de troupes habituellement vouées au maintien de l’ordre public :

«  Vous savez tous de quelle importance il est pour la tranquillité de la France, et notamment de Paris, que le pain soit assuré. J’ai vu dix émeutes qui n’auraient pas eu lieu si le peuple avait eu de quoi manger […] Il faut s’occuper sérieusement de cette affaire. Songez bien que lorsque la récolte est médiocre, il y a gène »[3].

Lors d’un conseil à Saint-Cloud, où furent présent Montalivet, Maret, Dubois, Réal et Regnauld de Saint-Jean-d’Angély, il axa ces demandes sur l’état des récoltes. D’après les comptes rendues trimestriels des préfets, Montalivet évalua que les récoltes futures seraient meilleure que celle de l’automne 1811, mais présentera apparemment des variations régionales. Les courbes de prix du seigle et de la pomme de terre auront tendance à l’augmentation. Le pain sera cher mais il ne manquera pas.  Apprenant cette prévision, Napoléon se brusque :

« De qui donc croyez-vous, Monsieur, que nous nous occupions depuis deux mois… des riches !… Je m’en occupe bien vraiment !… Et qu’est-ce que cela me fait à moi, Monsieur, que vous ayez du pain ou que vous n’en ayez pas.  Je sais qu’avec de l’or on en trouvera comme on en a trouvé, comme on trouve de tout avec l’or dans ce monde. Ce que je veux, Monsieur, c’est que le peuple ait du pain… c’est qu’il en ait beaucoup, et à bon marché… c’est que l’ouvrier, enfin, puisse nourrir sa famille avec le prix de sa journée. N’oublier pas que lorsque je serai loin de la France, le premier soin du pouvoir sera d’assurer constamment la tranquillité et le bonheur public, et que les subsistances forment le principal mobile de cette tranquillité, pour le peuple surtout »[4].

Au mois de février, Pasquier demanda qu’on lui fasse un état de la situation morale des 641 boulangers de la ville de Paris (530 000 habitants à l’époque). Le rapport [5] qu’il obtenu fut le suivant : On observe que les boulangers des quartiers populeux sont ceux qui sont les plus gênés, alors qu’ils fournissent la partie la plus importante de la population.

La question des premières soudures frumentaires se posa dès le mois d’avril 1812. En effet, en raison de pluies continuelles lors des moissons puis des battages, le Nord, la Somme, le Calvados et le Finistère connurent de graves pénuries[6]. Le froid et les vents touchèrent la Seine-Inférieure. Des brouillards et des chaleurs dans les Pyrénées Orientales. Dans ce contexte, l’éloignement de l’Empereur, l’enlisement de la campagne d’Espagne et le début de la campagne de Russie apparaissent en marge des réalités des Français.

« La disette qui affligea le plus grand nombre de nos départements au printemps de 1812 fut attribuée par quelques-uns à la cupidité de Napoléon et aux spéculations qu’il avait faites sur les sucres et sur les blés. […] Monsieur le comte Maret, frère du duc de Bassano, ministre en chef des subsistances, en était à ce point d’insouciance et d’incapacité qu’il mit en question chez le ministre de l’intérieur la subsistance de Rouen ou celle de Paris »[7].

La disette alimente des contestations muettes et occasionnellement des révoltes populaires : Des bousculades, voire des troubles plus sérieux eurent lieu sur les marchés dans les villes qui manquaient d’approvisionnement (Caen, Montlhéry, Rennes, Quimperlé, Saint-Aubin-du-Cormier, Castres, Mazamet, Chinon, Cévet, Libourne, Clamecy, Bergerac, Douai, Privas [8]). La situation de guerre accroît donc bien la vivacité des réactions à la crise économique.

Ainsi, à Caen, le 2 mars 1812, une foule en colère tenta de piller un entrepôt de céréales. Six personnes, dont deux femmes et un adolescent furent arrêtés. Elles furent passées par les armes le 15 mars 1812. Preuve de la dureté dans laquelle le régime entrait afin de répondre aux crises. Dans son rapport au ministre de l’Intérieur le préfet du Calvados écrit le 7 avril 1812 :

« Le lundi est toujours un jour difficile. Malgré l’extrême misère, les ouvriers le passent dans l’oisiveté et dans toute la débauche à laquelle ils peuvent se livrer… La halle était fort agitée, des femmes furieuses voulaient acheter les grains à un prix arbitraire et réclamaient la taxe. Dès que je fus sur la place, une foule considérable me suivit en criant : « Du pain et l’ouvrage… ». L’émeute avait également une base politique. Le bruit courut dans la foule que l’Empereur avait trouvé la mort à Moscou et qu’un Conseil de Régence avait été proclamé ».

A Chinon, le 6 mai 1812, plusieurs femmes se révoltèrent sur la place du marché contre les prix du boisseau de blé. L’une d’elles (Madame Bournigault) fut arrêtée et placée en détention pendant dix jours [9].

A Douai, au mois de juin 1812, un attroupement de femmes et d’orphelins demandèrent que le pain soit vendu au prix de quatre sous par livre, au lieu de six. Cette masse contestataire s’amplifia et en arriva à jeter des pierres sur les représentants de l’ordre. Puis elle se répandit dans la ville pour y commettre des dépravations contre les marchands de denrées. Dans quelques correspondances des familles aux soldats, la perception de cette détresse se ressent :

« Mon fils, les nouvelles du pays sont comme au moment de ton départ, le pain est cher ; il augmente tous les jours ; le vin se vend 28 francs le poinçon »[10].

« Mon cher fils, nous sommes très mal portante, occasionné par la peine et les misères que nous avons dans cette vie ; l’on ne peut pas avoir du bled, il n’en vient pas au marché ; les messieurs aisés de cette ville font tout leur possible pour pouvoir établir un grenier d’abondance, mais ils ne peuvent avoir que neuf à dix francs le décalitre. Pensez que n’ayant pas l’on ne pourra pas avoir ; le pain se vend huit sols la livre, et encore bien de la peine à en avoir ; je suis bien peinée de vous dire notre peine »[11].

« Je vous préviens que les vivres ont été bien rares dans notre contrée depuis plusieurs mois : les pommes de terre sont vendues 14 francs le résal [mesure local des Vosges] et le seigle 42, et le blé 60 francs »[12].

Face à la montée de la misère, certains citoyens franchissent alors le pas en direction de la marginalité, la délinquance et l’illégalité. On observe durant cette période (janvier-avril 1812, avec une « pointe » des signalements à la mi-février) un accroissement des actes de brigandages, vols de comestibles dans les fermes, les moulins, sur les péniches à quai dans les ports ou au moment des déplacements des grains [13], menaces contre les propriétaires (boulangers, notables et négociants) et les organes locaux du pouvoir (magistrats et maires) [14]. La contrebande à caractère spéculatif se développe également. Les meuniers et les boulangers font des trafics sur les grains. De curieuses reconversions commerciales de circonstance apparaissent comme celle opérée par Bertrand Lafarge en mai 1812 à Arles, « qui renonça à son état de boucher pour ne faire plus que du pain pour les Espagnols ; il n’en vend pas une livre aux habitants de la Commune et publiquement, il le fait charger sur des mulets pour l’Espagne »[15].

Des bruits persistèrent pendant tout les mois suivant et coïncidèrent avec la phase aiguë de la crise de disette. Le 14 avril 1812, le préfet de la Seine-Inférieure en informait le ministre de l’Intérieur :

« On répand ici la nouvelle de séditions très graves à Amiens et à Lyon ; dans cette dernière ville, le peuple aurait désarmé la troupe et tiré le canon sur elle »[16].

« Le peuple se nourrit de son, d’herbes trempées dans du lait et du sang de bœuf »[17].

« On fait circuler sur les bords de mer les bruits les plus absurdes et les plus fâcheux. Des étrangers bien vêtus ont été remarqués parcourant la côte et se plaisant à donner les nouvelles les plus alarmantes. La révolte de Lyon est toujours mise en avant ; on ajoute que l’Ambassadeur de Russie a pris la fuite, que l’Impératrice elle-même s’est retirée d’Allemagne ».

Les 4 et 8 mai 1812, le gouvernement obligea les producteurs à déclarer leurs stocks et à vendre les grains sur le marché. Tous ceux effectuant une fausse déclaration, en vue de spéculations ultérieures, pourront être condamnés à dix ans de réclusion. Le prix maximum de l’hectolitre de blé est fixé à 33 francs, 23 francs pour le méteil et le seigle, 22 francs pour l’orge en région parisienne, laissé à la discrétion des préfets en province. On pourra l’acheter plus bas que la taxe, mais non plus haut. Ces mesures gouvernementales furent appliquées dans l’Empire par les préfets et la police des grains aux alentours du 15 mai. Des marchés furent approvisionnés au moyen de réquisitions. Plusieurs distilleries se virent interdire également toutes fabrications de bières et d’eau-de-vie [18].

Le 30 juin 1812, Pasquier constata son impuissance et fît reconnaître la faillite des grains par le conseil des subsistances [19]. Afin de remédier à cette crise, les autorités administratives eurent accord au développement des distributions de soupes [20], des secours aux indigents et de rares tentatives d’ouverture de nouveaux chantiers (Faute d’écouler leurs marchandises, plusieurs fabriques avaient fermées : Le chômage touchait less deux tiers des ouvriers de Caen et de Mulhouse, un tiers des ouvriers de Paris, 1200 ouvriers à Rennes [21]). Nombres d’initiatives personnels (fournées de pain bis, dons anonymes) se sont multiplier et firent également des effets positifs [22].

Jusqu’au début des moissons, la situation resta tendue. Elle fut presque dramatique en juin et juillet. A Rouen, la situation commença à s’améliorer qu’à partir de la seconde moitié de juillet, lorsque par voie de terre ou d’eau, les grains arrivèrent depuis la Ruhr et les autres départements rhénans, et de Hollande. Lyon et le Rhône évitèrent également les effets dangereux de la disette grâce à des importations de Souabe et du Palatinat. L’Empire disposait en effet de zones d’approvisionnement plus vastes que l’ancien gouvernement royal ou la France révolutionnaire. Heureusement, dans de nombreuses régions, les récoltes furent bonnes, en tout cas, par comparaison avec les années antérieures.

Dans toutes ces révoltes de l’année 1812, on est frappé du faible appui masculin et du peu de répercussions politiques, compte tenu d’habitudes des réactions populaires engendrées par la Révolution française. S’il y eut désaffection des classes ouvrières à l’égard du régime, celle-ci ne se traduisirent pas par des manifestations violentes. En revanche, la crise accentua le mécontentement des classes bourgeoises.

Source : Jean TULARD, Nouvelle histoire de Paris, Le Consulat et l’Empire, 1800-1815, Paris, édition Hachette, 1970. Un sac de farine équivaut à 16 myriagrammes (325 litres). En avril 1812, lorsque le prix du sac de farine atteignait son maximum, le coût d’un pain de 4 livres était de 18 sols.

Source : Archives Nationales, F1/cIII/Moselle/9.

Source : Archives Nationales, F1/cIII/Sèvres(Deux-)/7.


Notes :

[1] Napoléon confia le pouvoir à Cambacérès, à charge pour lui de régler directement les affaires courantes. Le reste devait être transmis à l’Empereur en campagne. Les lettres de Cambacérès à Napoléon pendant la campagne de Russie n’ont pas été retrouvées, malheureusement (Jean TULARD (1933-), Cambacérès, lettres inédites à Napoléon, 1973, tome II, p. 843). Nous n’avons pas pu retrouver l’acte juridique par lequel Napoléon confia l’intérim à Cambacérès. Selon le baron Méneval, il s’agit d’un ordre de service, ce qui est plausible puisque c’est ainsi qu’avait procédé Napoléon dans le passé. – Nous verrons à ce sujet, Claude-François MENEVAL (1788-1859), Napoléon et Marie-Louise, Paris, éd. 1957, tome I, p. 108. Ainsi, durant ses huit mois d’absence, Napoléon signa bon nombre de décrets. Par exemple, à Vitebsk, le 7 août 1812, il parapha une vingtaine de textes, puis un nombre aussi important à Smolensk le 24 août, dont un important décret sur le traitement des receveurs municipaux. On data ainsi de plusieurs villes russes les textes qui régissaient la vie administrative ou fiscale de l’Empire. Plusieurs autres furent signés à Moscou dont, par exemple, la décision de prélever des centimes additionnels dans certains départements pour la réparation et l’entretien de certaines routes. L’archichancelier devait s’appuyer sur le Conseil des ministres. Rappelons pour mémoire que le gouvernement comptait alors douze ministres, nombre maximum de l’épisode napoléonien. Dix restèrent à Paris : Savary (Police générale), Clarke (Guerre), Lacuée de Cessac (Administration de la guerre), Decrès (Marine et colonies), Regnier (Justice), Montalivet (Intérieur), Bigot de Préameneu (Cultes), Collin de Sussy (Manufactures et commerce), Gaudin (Finances), Mollien (Trésor public).  Deux ministres avaient accompagné l’Empereur : Maret (Relations extérieures) et Daru (Secrétairerie impériale). Le premier s’installa à Wilna pendant la campagne. Le second suivit le quartier impérial.

[2] Richard COBB (1917-1996), La protestation populaire en France, 1789-1820, Paris, éd.  Calmann-Lévy, 1989.

[3] Laure-Permon JUNOT D’ABRANTES (1784-1838), Mémoires historiques sur Napoléon Ier, la Révolution, le Directoire, l’Empire et la Restauration, 1831-1835, Paris, éd. Jean de Bonnot, 1967.

[4] Laure-Permon JUNOT D’ABRANTES (1784-1838), Mémoires historiques sur Napoléon Ier, la Révolution, le Directoire, l’Empire et la Restauration, 1831-1835, Paris, éd. Jean de Bonnot, 1967.

[5] Compte rendu de la situation morale des 641 boulangeries de la ville de Paris, Archives Nationales, AF IV 1240.

[6] Les questions des crises frumentaires sous l’Empire ont particulièrement été bien traitées par Pierre LÉON, La crise des subsistances de 1810-1812 dans le département de l’Isère, A.H.R.F., 1952, n°24, p. 289-310 ; Fernand L’HUILLIER, Une crise de subsistances dans le Bas-Rhin, A.H.R.F., 1937, p. 518-536 ; Léonce BONIFACE, « La disette de 1811-1812 dans les Alpes-Maritimes », dans Annales de la Société des Lettres, Sciences et Arts des Alpes-Maritimes, 1936, p. 266-284.

[7] Victorine DE CHASTENAY (1771-1855), Mémoires de Madame de Chastenay, 1771-1815, publiés par A. Roserot, Paris, éd. Plon et Nourrit, 1896, p. 469.

[8] Les disettes dans le département de l’Ardèche sont le résultat des ravages de la grêle sur ces communes les plus montagneuses (bulletin du jeudi 2 juillet 1812, Archives Nationales, AF IV 1523). – Nous verrons à ce sujet, Le Premier Empire en Ardèche. Choix de documents, Bibliothèque Nationale de France, Paris, 4-LK4-4617.

[9] Claude BAILLY, artisan sellier à Chinon au n°27 de la rue Saint-Etienne, Journal d’un artisan Tourangeau, 1789-1830, présenté et commenté par Luc Boisnard, Chambray-lès-Tours, éd. C.L.D., 1989. Au début du mois de mai 1812, on paie à Chinon : Trois livres et douze sous le boisseau de blé, 6 sous la livre de pain blanc.

[10] Extrait de la lettre de Claude Prud’homme à son fils Jean Boullinier, soldat à la Grande Armée, Saint-Benoît-sur-Loire, Loiret, 14 mars 1812. Léon HENNET et Emmanuel MARTIN, Lettres interceptées par les Russes durant la campagne de 1812, publiées d’après les pièces communiquées par S. E. M. Goriaïnow (directeur des Archives de l’État et des Affaires Étrangères de Russie), annotation par Léon Hennet, introduction par Frédéric Masson, Paris, éd.  La Sabretache, 1913.

[11] Extrait de la lettre de la veuve Beuchet à son fils François Beuchet, capitaine au 2e régiment de la Méditerranée, Nuits, Côte-d’Or, 4 avril 1812. Léon HENNET et Emmanuel MARTIN, Lettres interceptées par les Russes durant la campagne de 1812, publiées d’après les pièces communiquées par S. E. M. Goriaïnow (directeur des Archives de l’État et des Affaires Etrangères de Russie), annotation par Léon Hennet, introduction par Frédéric Masson, Paris, éd.  La Sabretache, 1913.

[12] Extrait de la lettre de N. Starette à Nicolas Starette, soldat au 37e de ligne, 4e compagnie, 5e bataillon de la Grande Armée, Saulxures, Vosges, 29 juillet 1812. Léon HENNET et Emmanuel MARTIN, Lettres interceptées par les Russes durant la campagne de 1812, publiées d’après les pièces communiquées par S. E. M. Goriaïnow (directeur des Archives de l’État et des Affaires Étrangères de Russie), annotation par Léon Hennet, introduction par Frédéric Masson, Paris, éd.  La Sabretache, 1913.

[13] Nous verrons à ce propos les bulletins du 4 janvier 1812, ceux du 1er au 12 février 1812. Nicole GOTTERI, La police secrète du Premier Empire : Bulletins quotidiens adressés par Savary à l’Empereur, tome IV et V, Paris, éd. Honoré Champion, 2001-2003.

[14] Nous verrons à ce propos les bulletins du 23 et 25 janvier 1812, ceux du 11, 12, 25, 27 et 29 février 1813, ainsi que du 4 et 31 mars 1812 – Voir Nicole GOTTERI, La police secrète du Premier Empire : Bulletins quotidiens adressés par Savary à l’Empereur, tome IV et V, Paris, éd. Honoré Champion, 2001-2003. Nous pourrons voir également la lettre du 26 décembre 1812, qu’envoya le maire de Coutevroult (près de Meaux) au grand juge de paix de Crécy sur les menaces d’incendies de toutes fermes sous sa juridiction, Archives Nationales, AF IV 1521.

[15] Archives Départementales des Pyrénées Orientales, 3 M 1-20b, Lettre de Roussillon au Commissaire de Police Renouard du 28 mai 1812. Cette clientèle à laquelle se consacre Lafarge, c’est bien entendu celle des guérillas insurgées. Des actions similaires se retrouvent dans ce département frontalier : « Perpignan – Quelques exportations frauduleuses ont eu lieu dans l’arrondissement de Céret ou des sacs ont été vendus à des villages espagnols. », rapport du commissaire général du 10 février 1812, repris dans le bulletin de Savary adressé à l’Empereur du mercredi 19 février 1812, Archives Nationales, AF IV 1520.

[16] Cette rumeur d’un soulèvement de la région lyonnaise est fausse. Lyon et le Rhône furent l’une des régions les plus calmes durant la crise économique de mars 1812, hormis de légers incidents dans la journée du 7 avril 1812.

[17] Extrait de la lettre du préfet du département du Calvados (Alexandre Méchin) au ministre de l’Intérieur, Caen, 20 juin 1812. Pour faire face à la disette de grains, les seuls recours restaient la consommation de produits annexes comme la châtaigne, la betterave et la pomme de terre. Les cultures de betteraves (incitation politique de 1811) avaient été satisfaisantes dans certaines régions, mais d’autres avaient dues les stopper, faute de traitements chimiques sur place. Les cultures de pommes de terre quant à elles, s’étaient vues officiellement recommandées par la circulaire du 8 février 1812. – Nous verrons à ce sujet, pour la région du Berry : Guy DEVAILLY, Histoire du Berry, Pays et villes de France, Toulouse, éd. Privat, 1980.

[18] Nous verrons à ce sujet le rapport du préfet du département de la Meuse (Jean-Louis Leclerc) du 24 février 1812, Archives Nationales, AF IV 1520.

[19] « Le pain est devenu manifestement plus rare. Quelques mauvais propos se sont aussi répandus. On a dit que les habitants de Paris allaient être réduits à une demi-livre de pain. De là, la peur, l’envie de faire des provisions et enfin les queues à la porte des boulangers. Aujourd’hui elles ont été générales et plusieurs très tumultueuses. », Archives Nationales, F11 297.

[20] La plus connue fut celle « à la Rumford ». Elle était constituée de pois, d’haricots, de lentilles, de carottes, de choux ou de pomme de terre. On lui attribuait une valeur nutritive identique à une livre de pain, mais aucune valeur gustative : « Rochefort – L’administration de la Marine a distribué, le 15 avril, gratuitement, 200 soupes à la Rumford faites avec soin, presque tous ceux qui les ont reçues les ont jetées en tenant les propos les plus grossiers. La ville se propose cependant d’en faire une nouvelle distribution. », rapport du commissaire général repris dans le bulletin de police du vendredi 1er mai 1812, Archives Nationales, AF IV 1521.

[21] Bulletin de Savary adressé à l’Empereur du jeudi 30 janvier 1812, Archives Nationales, AF IV 1519.

[22] « Toulouse – Le prix du blé est de nouveau en hausse. Le maire s’occupe de secourir les indigents, il a ouvert une souscription que presque tous les habitants ont offerte pour leur fournir du pain ; après plusieurs essais, il a réussi à faire fabriquer un pain moins cher (3/5 de froment et 2/5 de millet), sain et nourrissant, il coûte environ 1/5 de moins que celui de froment. », bulletin de police du vendredi 31 janvier 1812, Archives Nationales, AF IV 1519.

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FIERTÉ ET ORGUEIL D’UN RÉGIME VICTORIEUX

Le 15e bulletin annonça la chute de la ville de Smolensk, le 11 septembre 1812. Le document de la propagande officielle devait conforter l’opinion publique, que la Grande Armée venait de porter un coup au moral des armées russes :

« La prise de Smolensk paraît avoir fait un fâcheux effet sur l’esprit des Russes »[1].

Le bulletin nous offre même une description presque romantique de l’incendie de la ville par les Russes :

« Au milieu d’une belle nuit d’août, Smolensk offrait aux Français le spectacle qu’offre aux habitants de Naples une éruption de Vésuve »[2].

De plus, malgré des descriptions dramatiques de la bataille, le bulletin alterne ces points de vue avec des affirmations sur la fertilité des terres avoisinantes. L’Empereur souhaitant rassurer les familles françaises sur la bonne santé des soldats de la Grande Armée.

« Smolensk peut être considérée comme une des belles villes de la Russie. Sans les circonstances de la guerre qui y ont mis le feu, ce qui a consumé d’immenses magasins de marchandises coloniales et de denrées de toute espèce, cette ville eût été d’une grande ressource pour l’armée : même dans l’état où elle se trouve, elle sera de la plus grande utilité, sous le point de vue militaire. Il reste de grandes maisons qui offrent de beaux emplacements pour les hôpitaux. La province de Smolensk est très-fertile et très-belle, et fournira de grandes ressources pour les subsistances et les fourrages »[3].

Près de Smolensk le 18 août 1812

Source : « Près de Smolensk le 18 août 1812 », extrait du « Voyage pittoresque et militaire de Wittenberg en Prusse jusqu’a Moscou fait en 1812, pris sur la terrain même et lithographé » de Albrecht Adam (1786-1862), publié à Munich de 1827-1833, Musée de la Guerre Patriotique de 1812, Moscou.

Bataille de Smolensk

Source : « La bataille de Smolensk », Alexander Averyanov, 1995, huile sur toile, Musée de la Guerre Patriotique de 1812, Moscou.

Le Kremlin, une forteresse urbaine

Vue de la place Rouge avec, au fond, la cathédrale Basile-le-Bienheureux, tableau attribué à l’atelier d’Alexeiev, 1800. Musée historique d’État, Moscou.

Entrée de l’armée française à Moscou

Source : Entrée de l’armée française à Moscou, 14 septembre 1812, Bovinet, 1810-1820, Musée de la Guerre Patriotique de 1812, Moscou.

Le 18e bulletin rendit compte de la bataille de Borodino (non loin de  la Moskova), livrée le 7 septembre 1812. La victoire alla aux Français au prix d’un effort titanesque : 60 000 coups de canons tirés par l’artillerie française, 800 Russes fait prisonniers, 40 000 à 50 000 Russes et quarante de leurs généraux furent mis hors de combat. Cette victoire ne pouvait que galvaniser les citoyens du Grand Empire. On l’annonça par des salves d’artillerie[4] et le bulletin fût imprimé en une seule journée à 35 000 exemplaires :

« Les troupes françaises se sont couvertes de gloire et ont montré leur grande supériorité sur les troupes russes »[5].

Mais cependant, le bulletin ne s’aventurait guère sur la description des hostilités, qui furent la cause selon le bulletin de la perte de 10 000 Français[6]. Ce fait n’était pas sans susciter un chavirement des cœurs, à l’idée du deuil des familles :

« Bien avant les nouvelles officielles, on avait su cette bataille horriblement meurtrière, et on l’avait su avec toutes les exagérations ordinaires, si bien, qu’on avait préparé plusieurs femmes à la mort de leur mari ou de leur fils »[7].

« Ce bulletin froid et rempli de réticences est loin de donner une idée de la bataille de la Moskowa, et surtout des affreux massacres à la grande redoute : quatre-vingt mille hommes furent mis hors de combat ; trente mille d’entre eux appartenaient à la France »[8].

Le nombre des officiers tués avait dépassé, de beaucoup, toutes les précédentes batailles. Les officiers blessés, rentrant confirmant, selon les mots de la comtesse Elie de Périgord ce « sinistre impact »[9]. Le monde de la Cour impériale était en deuil. Madame de Rémusat, même rassurée sur les parents et amis réchappés, en gardait le cœur serré : « Tout le monde croyait avoir à pleurer quelqu’un »[10].

Le 14 septembre 1812, la Grande Armée entra dans Moscou. Les Français apprenaient la nouvelle par le 19e bulletin, la fierté s’empara de la population. Chacun était touché du prestige apporté par la prise de Moscou :

« L’esprit public n’a point été altéré par la guerre. […] Le triomphe de Sa Majesté l’Empereur et l’entrée de la Grande Armée à Moscou ont marqué d’enthousiasme dans tout le département. Les mémorables exploits, il n’est pas un citoyen qui ne sente fier d’être français et de vivre sous l’Empire glorieux de Napoléon »[11].

Pour certains Français, c’est la fin de la guerre et le commencement de la paix. Napoléon, en prenant les remparts en brique rouge du Kremlin, dresse un mur de protection pour la civilisation européenne.

« Les victoires que nos armées ont remportées sur les Russes et qui ont été couronnées par l’occupation de l’ancienne capitale de la Moscovie ont sonné un nouveau développement de l’esprit public. Les sentiments, l’admiration, la fierté, l’amour et le dévouement les plus vrais se sont manifestés au plus haut degré pour le monarque non moins grand que généreux, qui élève une barrière désormais insurmontable entre la Barbarie et la Civilisation, et devient le bienfaiteur de tous les peuples de l’Europe »[12].

Afin d’assurer aux Français que la Grande Armée ne connaît aucun manque de provisions, le 19e bulletin abonde d’adjectifs positifs :

« La ville de Moscou est aussi grande que Paris. C’est une ville extrêmement riche, remplie des palais de tous les principaux de l’Empire. […] Nous y avions trouvé des ressources considérables de toute espèce »[13]. « Moscou est l’entrepôt de l’Asie et de l’Europe »[14].

Quelques jours plus tard, on apprit dans l’Empire français que Moscou était en proie aux flammes. Le 20e bulletin ne cachait en rien du thème de l’incendie. La véracité des informations données n’était pas incontestable. Les autorités mettaient en accusation la folie des incendiaires et la responsabilité du comte Rostoptchine, gouverneur de la ville :

« Lorsqu’on a tout vu dans la main des Français, on a conçu l’horrible projet de brûler cette première capitale, cette ville sainte, centre de l’Empire, et l’on a réduit 200 000 bons habitants à la mendicité. C’est le crime de Rostopchin[15], exécuté par des scélérats délivrés des prisons »[16]. « Moscou est une des plus belles et des plus riches villes du monde, n’existe plus »[17]. « Les trois quarts de la ville sont brûlés, entre autres le beau palais de Catherine, entièrement meublé à neuf »[18]. « Les manufactures commençaient à fleurir à Moscou ; elles sont détruites. L’incendie de cette capitale retarde la Russie de cent ans »[19]. « Des églises, il y en avait 1 600 ; des palais plus de 1 000 ; d’immenses magasins ; presque tout a été consumé. On a préservé le Kremlin »[20].

Les Français à Moscou

Source : « Les Français à Moscou », artiste inconnu, Musée de la Guerre Patriotique de 1812, Moscou.

Les Français à Moscou

Source : Musée de la Guerre Patriotique de 1812, Moscou.

L’incendie de Moscou le 15 septembre 1812

Source : « L’incendie de Moscou le 15 septembre 1812 », Johenn Lorenz Rugendas (1775-1826), 1813, Augsbourg, épreuve sur vélin, coloriée à l’époque, Musée de la Guerre Patriotique de 1812, Moscou.


Notes :

[1] Pièces officielles et bulletins de la Grande Armée, Année 1812, Paris, De l’imprimerie de H. Agasse, Quinzième bulletin de la Grande Armée, Slawkovo, 27 août 1812.

[2] Pièces officielles et bulletins de la Grande Armée, Année 1812, Paris, De l’imprimerie de H. Agasse, Treizième bulletin de la Grande Armée, Smolensk, 21 août 1812, p. 173.

[3] Pièces officielles et bulletins de la Grande Armée, Année 1812, Paris, De l’imprimerie de H. Agasse, Quatorzième bulletin de la Grande Armée, Smolensk, 23 août 1812, p. 189.

[4] Lettre de Talleyrand à Caulaincourt du 4 décembre 1812, extraite de Jean HANOTEAU, Lettres de Talleyrand à Caulaincourt, Paris, éd. La Revue des Deux Mondes, 1935, p. 168.

[5] Pièces officielles et bulletins de la Grande Armée, Année 1812, Paris, De l’imprimerie de H. Agasse, Dix-huitième bulletin de la Grande Armée, Mojaïsk, 10 septembre 1812.

[6] La bataille de la Moskova du 7 septembre 1812, la plus meurtrière de toutes les batailles de l’Empire, a coûtée 30 000 hommes aux Français. – Nous verrons à ce sujet l’ouvrage d’Alfred FIERRO (1941-), André PALLUEL-GUILLARD (1940-) et Jean TULARD (1933-), Histoire et dictionnaire du Consulat et de l’Empire, Paris, éd. Robert Laffont, collection Bouquins, 1995, p. 973.

[7] La comtesse de Nansouty à son mari, 28 septembre 1812, Léon HENNET et Emmanuel MARTIN, Lettres interceptées par les Russes durant la campagne de 1812, publiées d’après les pièces communiquées par S. E. M. Goriaïnow (directeur des Archives de l’État et des Affaires Étrangères de Russie), annotation par Léon Hennet, introduction par Frédéric Masson, Paris, éd.  La Sabretache, 1913, p. 45.

[8] François-René DE CHATEAUBRIAND (1768-1848), Mémoires d’outre-tombe, Troisième partie, livre 21.

[9] Comtesse Elie de Périgord à son mari, 15 octobre 1812, Léon HENNET et Emmanuel MARTIN, Lettres interceptées par les Russes durant la campagne de 1812, publiées d’après les pièces communiquées par S. E. M. Goriaïnow (directeur des Archives de l’État et des Affaires Étrangères de Russie), annotation par Léon Hennet, introduction par Frédéric Masson, Paris, éd.  La Sabretache, 1913, p. 132.

[10] Claire-Elisabeth DE VERGENNES DE REMUSAT (1780-1821), 24 septembre 1812, Autographes Fabius.

[11] Extrait du « Compte de la situation politique et morale du département de la Charente pendant le 3eme trimestre de 1812 », envoyé par le préfet (François Boissy d’Anglas) au ministre de l’Intérieur, Angoulême, 10 novembre 1812, Archives Nationales, F1/cIII/Charente/9.

[12] Extrait de la lettre du préfet du département du Tarn au ministre de l’Intérieur, Albi, 30 octobre 1812, Archives Nationales, F1/cIII/Tarn /6.

[13] Pièces officielles et bulletins de la Grande Armée, Année 1812, Paris, De l’imprimerie de H. Agasse, Dix-neuvième bulletin de la Grande Armée, Moscou, 16 septembre 1812, p. 231-232.

[14] Pièces officielles et bulletins de la Grande Armée, Année 1812, Paris, De l’imprimerie de H. Agasse, Vingtième bulletin de la Grande Armée, Moscou, 17 septembre 1812, p. 233.

[15] L’orthographe de ce nom est pareillement conforme aux sources.

[16] Pièces officielles et bulletins de la Grande Armée, Année 1812, Paris, De l’imprimerie de H. Agasse, Vingtième bulletin de la Grande Armée, Moscou, 17 septembre 1812, p. 233.

[17] Pièces officielles et bulletins de la Grande Armée, Année 1812, Paris, De l’imprimerie de H. Agasse, Vingtième bulletin de la Grande Armée, Moscou, 17 septembre 1812, p. 233.

[18] Pièces officielles et bulletins de la Grande Armée, Année 1812, Paris, De l’imprimerie de H. Agasse, Vingt-unième bulletin de la Grande Armée, Moscou, 20 septembre 1812, p. 263.

[19] Pièces officielles et bulletins de la Grande Armée, Année 1812, Paris, De l’imprimerie de H. Agasse, Vingt-unième bulletin de la Grande Armée, Moscou, 20 septembre 1812, p. 264.

[20] Pièces officielles et bulletins de la Grande Armée, Année 1812, Paris, De l’imprimerie de H. Agasse, Vingtième bulletin, Moscou, 17 septembre 1812, p. 233.

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LE GOUVERNEMENT DES ESPRITS

Persuadé qu’un gouvernement n’est rien sans l’appui de l’opinion publique, Napoléon a abondamment utilisé tous les moyens d’expression pour tenter de guidé celle-ci. Sa tâche, en tant que chef politique, est double :

– La première est un acte d’éducation ou de manipulation. Elle doit permettre d’inculquer des valeurs morales aux citoyens. L’éducation est beaucoup plus puissante que la manipulation, parce qu’elle opère principalement sur des individus plus sensibles (importance des lycées sous le Premier Empire).

– La seconde est un acte de jugement. Elle consisterait à instaurer des conditions telles que les citoyens puissent goûter la satisfaction d’être jugés favorablement ou défavorablement par l’opinion publique par référence aux normes adoptées par tous.

Contre la dissociation qui menace tout ensemble humain, le chef politique doit transmettre des valeurs qui cimentent la cohésion nationale. Il doit choisir de gouverner les opinions du peuple en s’appuyant sur les mobiles les plus forts et les plus utiles (en particulier sur l’orgueil militaire, diplomatique, économique, qui est la vertu de l’indépendance et, par là-même, caractérise tout peuple naissant), en refusant de faire appel aux plus faibles et aux plus dangereux (telles que l’intérêt pour l’argent). Autrement dit, à aucun moyen, il ne doit accorder de disposition à ceux qui sont désireux de mal faire où qui sont animés par le vice, puisqu’ils ne peuvent en aucun cas être estimés :

« Un avantage très considérable pour un État ainsi constitué, c’est que les malintentionnés n’y ont aucun pouvoir pour exécuter leurs mauvais desseins, et que le vice n’y peut faire aucune espèce de fortune » [1].

Cette position perfectionnerait les grandes passions qui leur donneraient prise sur l’opinion publique, en même temps qu’ils affaibliraient les plus faibles, donc les moins utilisables ou de surcroît les plus mauvaises. Cela signifiait une veille à la bonne orientation de l’esprit public. Ce dirigisme est repris dans plusieurs rapports administratifs :

« Ce dévouement pour le service de Sa Majesté est une preuve de la bonne direction données à l’opinion publique par les autorités départementales. Je ne puis qu’applaudir à leur zèle et à leur activité » [2].

« Monseigneur, j’ose me flatter qu’on a ici quelque confiance en ma manière de voir et d’apprécier les événements, et je n’ai pas besoin de dire à votre excellence que je tache d’en profiter, en toute occasion, pour imprimer à l’opinion publique la direction que peut désirer le gouvernement » [3].

L’orientation de l’esprit public s’effectuait sur les manipulations des informations données à la presse. Ce fait n’était d’ailleurs pas inconnu, et suscitait quelques contestations dans les cercles privés :

« On s’est tant attaché à alarmer l’Empereur sur des phrases mal interprétées que la direction des journaux est devenue absolument le contraire de la direction de l’opinion publique : Ce qu’on imprime ne sert plus qu’à indiquer ce qu’il ne faut pas croire » [4].

« Il ne s’agissait pas de commander le silence à une nation qui a besoin de faire des phrases, dans quelque sens que ce soit, comme le peuple romain avait besoin de voir les jeux du cirque. Bonaparte établit alors cette tyrannie bavarde dont il a tiré un si grand avantage. Les feuilles périodiques répétaient toutes la même chose chaque jour, sans que jamais il fût permis de les contredire ».

« Le mensonge organisé par système, formant la base du gouvernement et consacré dans les actes publics… L’abjuration de toute vérité, de toute conviction à soi, c’est le caractère que déploient les administrateurs, en mettant en scène les actes, les sentiments et les pensées du gouvernement qui se sert d’eux pour décorer les pièces qu’il donne sur le théâtre du monde… Les administrateurs ne croient rien de ce qu’ils disent ; les administrés non plus » [5].

Encore faut-il pour agir sur l’opinion publique, pouvoir la mesurer. C’est-à-dire, la concevoir sous une forme rationnelle que l’on peut déterminer et prévoir les évolutions [6].

La presse, un relais essentiel de diffusion de l’idéologie officielle :

Le premier moyen de contrôle de l’information touche bien évidemment la presse. Pour s’assurer de la docilité des Français et diriger l’esprit public, Napoléon savait qu’il fallait limiter la liberté d’expression : « Si je lâche la bride à la presse, je ne resterai pas trois mois au pouvoir », avait déjà constaté le Premier Consul. Et, plus tard, Napoléon déclara au prince Eugène : « Il faut imprimer peu et le moins sera le mieux ».

Les préfectures contrôlaient de près ce qui se publiait dans les journaux départementaux [7]. Les préfets décidaient la suppression de tout contenu qui leurs paraissaient nuisibles au régime impériale. Son idéologie, dominante, ne pouvait que s’imposer aux autres imprimés. Les feuilles de province étaient alors réduites à copier servilement les déclarations officielles. Le décret du 4 février 1811 aggrava encore la situation déjà si difficile des journaux, en conservant que le Moniteur, le Journal de l’Empire, la Gazette de France et le Journal de Paris, lequel devient la propriété du gouvernement. À eux quatre, ils diffusent 31 000 exemplaires, en raison de l’étroitesse du lectorat (grandes et petites élites). Le Mercure, le Publiciste, le Journal du soir et le Courrier de l’Europe étant supprimés, plusieurs départements n’ont ainsi aucunes feuilles politiques (l’Ariège, la Corrèze, les Vosges, l’Eure). Malgré ce contrôle par les autorités, les Français ne dédaignent pas les journaux. A cette époque, on en décortiquait le contenu. Mais bien évidemment, c’est ce qu’on lisait entre les lignes qui importait. On n’était pas dupe. Au-delà des euphémismes, des exagérations, des chiffres, des explications suspects et des prévisions infondées, on jaugeait le ton, l’évolution des nouvelles publiées et les silences. L’opinion publique vivant en décalage d’une quinzaine voir d’une vingtaine de jours par rapports aux événements [8], toutes variations dans les publications provoquaient une importante activité rumorale.

Reprenant les traditions révolutionnaires de propagande militaire qu’il avait connues et mises en application en Italie et en Égypte, Napoléon fait publier à partir du 7 octobre 1805 un bulletin de la Grande Armée. L’Empereur faisait connaître à ses soldats les péripéties des hauts faits auxquels ils avaient participés et citait les noms de ceux qui s’étaient distingués. Le Bulletin offrait ainsi à la postérité la vision de l’histoire que l’Empereur souhaitait lui imposer [9]. Le Bulletin de la Grande Armée était aussi destiné aux civils et devait renforcer le moral de la Nation. Le moment de l’arrivée du Bulletin est un événement social important pour les communautés. Dès son arrivée dans les préfectures, on l’annonce dans toutes les villes, bourgs et villages, au son de la cloche ou de la caisse. On en donne immédiatement une lecture publique par le maire, l’adjoint, le greffier de la mairie ou toute autre personne qui serait commise à cet effet. On en faisait la lecture dans les lycées et les théâtres. Ce système de lecture publique semblait préférable à celui de l’affichage, au vu du taux d’alphabétisation faible dans les campagnes. De plus, les placards étaient facilement arrachés par les intempéries ou des mains criminelles.

Source : « La lecture des affiches de la rue de Castiglione », planche extraite des Tableaux de Paris sous le Premier Empire, Georg Emmanuel Opitz (1775-1841), peinture à l’aquarelle, 1831, Musée Carnavalet, Paris, France.

Source : « La lecture des affiches de la rue de Castiglione », planche extraite des Tableaux de Paris sous le Premier Empire, Georg Emmanuel Opitz (1775-1841), peinture à l’aquarelle, 1831, Musée Carnavalet, Paris, France.

Source : « L’arrivée de la gazette au boulevard Montmartre », planche extraite des Tableaux de Paris sous le Premier Empire, Georg Emmanuel Opitz (1775-1841), peinture à l’aquarelle, 1831, cabinet des Estampes, Bibliothèque Nationale de France, Paris, France.

Source : « L’arrivée de la gazette au boulevard Montmartre », planche extraite des Tableaux de Paris sous le Premier Empire, Georg Emmanuel Opitz (1775-1841), peinture à l’aquarelle, 1831, cabinet des Estampes, Bibliothèque Nationale de France, Paris, France.

L’Administration des Postes :

L’Administration des Postes avait pour charge de surveiller le service des malles et celui des relais. Elle était autorisée à rompre les cachets pour pénétrer dans le secret des familles, isoler toutes les affections et intercepter toutes les correspondances. Un maillage de bureaux secrets, d’inspecteurs et de secrétaires des postes, une nuée d’employés chargés du triage des lettres, couvrait le territoire. Une lettre qui était ouverte sans qu’il y eût à la détruire, était renvoyée avec les traces de l’effraction du cachet. Le plus souvent, pour ne pas avoir la peine de faire un examen, on arrêtait la correspondance de toute une place ou de toute une région [10].

Quant aux soldats de la Grande Armée, ces derniers ne disposaient pas assez de temps pour écrire à leurs proches :

« Depuis vingt jours, il m’a été impossible de t’écrire. Il y a eu des moments où j’aurais bien voulu conserver le souvenir de ce que je voyais dans mon âme ou autour de moi, impossible d’écrire. Aujourd’hui tout le sublime de mon âme est de nouveau neutralisé par la société forcée, je ne dirais pas de tel ou tel, mais des hommes » [11].

A quoi se rajoute, une censure redoutable sur leurs courriers. Les lettres étaient souvent détruites plutôt que lues. Le maréchal Davout prescrit notamment des ordres dans ce sens [12]. Afin de transmettre du courrier à leurs proches, certains soldats passent par des solutions intermédiaires comme Villeneuve, lieutenant au 35e régiment, qui donne sa lettre des voyageurs en partance pour la France car, selon lui, « la poste déchire toutes lettres partant de l’armée » [13].

L’Administration des Postes, nous renseigne également sur les délais de distribution de la presse parisienne et ainsi de l’information à l’échelle nationale. Nous pouvons ainsi distinguer trois zones concentriques :

– La première englobe l’ensemble des localités situées à moins de 220 ou 250 kilomètres de Paris. Dans ces villes, à condition toutefois qu’elles soient desservies par la malle-poste du grand courrier, on reçoit chaque jour en soirée les journaux expédiés la veille.

– Les bureaux situés à une distance comprise entre 250 et 400 kilomètres de la capitale ne sont desservis que le surlendemain de la parution du journal.

– Les régions situées à plus de 400 kilomètres de Paris, c’est-à-dire la basse Bretagne et un bon tiers sud de la France, ne reçoivent la presse parisienne qu’avec un retard de trois à cinq jours. Les derniers relais atteints sont localisés dans les Pyrénées, les sud des Alpes et la bordure méridionale du Massif central. Il faut bien entendu compter un délai supplémentaire pour atteindre les communes rurales éloignées des relais principaux » [14].

Le transport du courrier depuis les relais desservis par la malle de Paris jusqu’aux bureaux secondaires se fait soit par voiture attelée, soit par piéton. Fréquemment, la malle est attaquée par des réfractaires et des déserteurs, qui enlèvent l’argent du gouvernement et les paquets des dépêches. Toutes ces interruptions brutales et inexpliquées du flux d’information provoquaient instantanément un sentiment d’inquiétudes parmi les populations véritablement assoiffées de nouvelles.

Malgré la bonne organisation du relais des postes établi sur le parcours de la Grande Armée [15]. Plus celle-ci s’enfonce à l’intérieur de la Russie, plus le courrier se voit désorganisé. Les lettres arrivent mal. On attend deux à trois mois, parfois plus :

« Huit mois d’impatience et de chagrin sont bien longs » [16].

« Oh ! Je ne puis supporter l’incertitude où je suis, elle me tue. Six semaines avant de recevoir ta réponse. Il n’y a pas de forces qui puissent soutenir une si horrible agitation » [17].

« Depuis mon départ de Metz, je n’avais reçu aucune lettre de ma femme. L’Empereur supposait tous ses soldats des conquérants pour qui les affections les plus chères n’étaient rien » [18].

« Un père bien malheureux, c’est Emery. Son fils cadet a été tué à l’affaire de Marmont. Il a été dans la plus horrible inquiétude sur l’aîné qui était en Russie. Il a été quatre mois sans en recevoir un mot. Sa première lettre lui a appris qu’il était arrivé à Dantzig, après avoir fait trois cents lieues à pied en novembre, décembre et janvier et, qu’il était mourant à l’hôpital. Je viens d’apprendre qu’il se porte mieux et qu’il est arrivé à Metz, chez son père » [19].

Bien entendu, il faut noter une différence entre la correspondance des particuliers et ceux de l’Empereur et de son premier cercle [20]. Le délai d’attente se réduit alors à deux voir trois semaines :

« L’estafette de Paris arrive en dix-huit jours. Les courriers se succèdent avec régularité, et l’on ne reste pas vingt quatre heures au Kremlin sans recevoir de nouvelles de France » [21].

« Il est arrivé cette nuit des estafettes parties les 26, 27, 28 octobre, qui sont passé à Wilna, le 4 novembre » [22].


Notes :

[1] Jean-Jacques ROUSSEAU (1712-1778), Fragments Politiques, Paris, éd. Gallimard, collection La Pléiade, tome III, p. 501, paragraphe 1.

[2] Services Historiques de l’Armée de Terre, C10/108, le général d’Hastrel au général Roget de Belloquet, commandant la 3e division militaire (Forêts et Moselle), 17 novembre 1812. D’Hastrel se référait au département des Forêts mais indiquait que tous les départements de l’Empire s’étaient bien comportés.

[3] Extrait de la lettre du préfet du département du Morbihan (Louis-Joseph-Victor Jullien) au ministre de l’Intérieur, en réponse à celle datée du 12 novembre 1812, Vannes, 21 novembre 1812, Archives Nationales, F1/cIII/Morbihan/12.

[4] Lettre de Joseph Fiévée en 1809, Correspondance et relations de J. Fiévée avec Bonaparte, Premier Consul et Empereur, pendant onze années (1802 à 1813), tome II, Paris, 1836, p. 399.

[5] G. DE FABER DU FAUR, Notice sur l’intérieur de la France, 1807, p. 35.

[6] Napoléon, dont l’intérêt pour les sciences mathématiques est indéniable, adhère aux conceptions de la « Mathématique sociale », qui naît au même moment. Elle tendait à révéler le retour précis des révolutions, avec la même rigueur que l’astronomie calculant à l’avance les éclipses. En 1812, Pierre-Simon Laplace écrit, sous forme de vulgarisation, « l’Essai philosophique sur les probabilités », un long développement d’une conférence qu’il avait faite à l’Ecole normale en 1795. Il y expose les grands principes de la théorie des hasards, et montre qu’elle s’applique naturellement à la vie des individus comme à celle des nations.

[7] « Conformément aux intentions de son excellence, on a commencé le 9 août à faire imprimer le bulletin des opérations de la Grande Armée en Russie : Cette publication continue toujours d’avoir lieu » – Extrait du « Compte de la situation politique et morale du département du Loiret pendant le 3eme trimestre de 1812 », envoyé par le préfet (Jean Pieyre) au ministre de l’Intérieur, Orléans, Archives Nationales, F1/cIII/Loiret/6.

[8] Nous verrons à ce sujet les tableaux « Le délai entre l’écriture du Bulletin et la publication dans le Moniteur » et « Le délai entre chaque publication du Bulletin dans le Moniteur », p. 30-31.

[9] Alfred FIERRO (1941-), André PALLUEL-GUILLARD (1940-) et Jean TULARD (1933-), Histoire et dictionnaire du Consulat et de l’Empire, article «Bulletin de la Grande Armée», Paris, éd. Robert Laffont, collection Bouquins, 1995, p. 575. Il faut noter que la lecture des bulletins de l’armée au sein des églises cessa d’être faite, à partir de 1805. Napoléon craignit qu’elle ne donne trop d’importance au clergé. Faire annoncer les victoires par le curé, c’eût été lui donner le droit de publier aussi les défaites, et les revers auraient eu ainsi plus de retentissement dans le pays. –Voir Joseph D’HAUSSONVILLE (1809-1884), L’Eglise romaine et le Premier Empire, 1800-1814, Paris, éd. Michel Lévy, 1868-1869, tome II, p. 46.

[10] Jean TULARD (1933-), L’Anti-napoléon, la légende noire de l’Empereur, Paris, éd. Julliard, 1965.

[11] Henri BEYLE (1783-1842), Correspondance de Stendhal, 1812-1816, établie par Henri Martineau, tome IV, Paris, éd. Le Divan, 1929. Extrait d’une lettre d’Henri Beyle à Félix Faure (conseiller auditeur à la Cour impériale à Grenoble), Smolensk, 9 novembre 1812.

[12] Des directives verbales sont données aux officiers supérieurs afin de ne rien dévoiler et de déjouer les espions.

[13] Pierre CHARRIE, Lettres de guerres, 1792-1815, Paris, éd. du Canonnier, 2004.

[14] Nous verrons à cet effet la carte « La Poste aux lettres en 1812 «, située en annexe, p. 162.

[15] Le Moniteur du samedi 9 mai 1812 (n° 130) nous signale que : « Russie, Pétersbourg, le 10 avril 1812 : L’administration des postes venait de prendre des mesures efficaces pour que les postes sur la route de la Russie-Blanche, par Luga, soient toujours bien servies, et que les courriers, tant militaires que ministériels, n’éprouvent jamais de retard. Il y aura constamment à chaque relais trente-six chevaux ».

[16] Madame d’Audenarde à son mari, écuyer de l’Empereur, 22 octobre 1812, Léon HENNET et Emmanuel MARTIN, Lettres interceptées par les Russes durant la campagne de 1812, publiées d’après les pièces communiquées par S. E. M. Goriaïnow (directeur des Archives de l’État et des Affaires Étrangères de Russie), annotation par Léon Hennet, introduction par Frédéric Masson, Paris, éd. La Sabretache, 1913, p. 176. Madame d’Audenarde écrit avec quelques exagérations tout de même. La lettre de son époux à mis seulement cinq mois à lui parvenir.

[17] Lettre de Madame de La Bourdonnaye à son mari, Arthur de La Bourdonnaye, baron de l’Empire, chef d’escadron au 12e régiment des chasseurs, 2e corps de réserve du général Montbrun, armée d’Allemagne, Paris, 24 septembre 1812. Léon HENNET et Emmanuel MARTIN, Lettres interceptées par les Russes durant la campagne de 1812, publiées d’après les pièces communiquées par S.E. Goriaïnow (directeur des Archives de l’État et des Affaires Étrangères de Russie), Paris, éd. La Sabretache, 1913.

[18] Antoine Flavien Augustin PION DES LOCHES (1770-1819), Mes campagnes. Notes et correspondance du colonel d’artillerie Pion des Loches, mises en ordre et publiées par Maurice Chipon, Paris, 1889.

[19] Antoine-Claire THIBAUDEAU (1765-1854), Mémoires, Paris, éd. Plon, troisième éd. de 1913, chapitre 11, p. 348.

[20] La lettre du 7 novembre 1812 de Napoléon à Marie-Louise, près de Smolensk, remarque : « Je recevais les tiennes [à propos des lettres de l’Impératrice] en douze jours au lieu de dix sept. Lorsque j’aurais pris mes quartiers, je les recevrais en huit ou dix «.

[21] Baron FAIN, Manuscrit de 1812, p. 128-129.

[22] Journal de l’Empire du lundi 16 novembre 1812, pour la date du 15 novembre 1812.

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UNE SÉPARATION DE PLUS EN PLUS NETTE ENTRE LES CLASSES SOCIALES

Les sentiments qui animèrent les Français ne furent pas égaux dans leur ensemble. L’engagement du pays (augmentation des impôts, levées d’hommes et de fonds, réquisitions) était perçu comme inégal pour certaines communes :

« Perpignan – Les habitants de Saint-Laurent ont fourni, pendant plus de 2 ans, le bois de chauffage aux troupes occupant la commune. Ils ont réclamé les sommes dues par l’intermédiaire du maire. Les chefs des administrations, qui ont reçu les sommes allouées du payeur, ont refusé. Il en résulte une division pourtant avoir des conséquences funestes si l’autorité supérieure n’intervient pas. Ces renseignements sont communiqués au ministre directeur de l’Administration de la Guerre »[1].

Dans leurs refus, quelques Français osent avouer leur haine à l’égard de Napoléon :

« Propos d’un ouvrier. Arrestation. – M. le conseiller d’État, préfet de police, écrit, qu’il a fait arrêter le nommé Lacroix, ouvrier chapelier travaillant à la manufacture des schakos, rue Popincourt. Prévenu d’avoir tenu des propos séditieux dans l’atelier, il a avoué, dans son interrogatoire, avoir dit que les choses allaient mal, que tout le monde souffrait et se plaignait et qu’il avait pu parler en termes très inconsidérés ; il a ajouté que s’il avait tenu des propos qui pussent le faire soupçonner de mauvais desseins, il ne s’en souvenait pas et était ivre. Il a promis d’être plus circonspect et a réclamé l’indulgence, ayant une femme et trois enfants. Il sera détenu à la Force jusqu’à nouvel ordre »[2].

«  Propos d’une Anglaise. – 3 marins français, Verdier, aide-timonier, Brachy et Consaure, matelots, ont déclaré qu’une Anglaise nommé Taylor, débarquée le 29 novembre dernier et logée dans cette auberge, leur a dit : « Vous sortez d’une prison pour rentrer dans une autre. Vous serez forcés d’aller au service et vous ne serez pas plus heureux que vous ne l’étiez dans les prisons d’Angleterre. Vous ne serez heureux que lorsque Bonaparte aura la tête en bas ». Ils ont ajouté qu’elle avait fait, avec sa main, la geste d’exécution. […] Le ministre donne ordre de renvoyer cette femme en Angleterre. En attendant son embarquement, elle restera en détention »[3].

Certains, les plus désespérés prenaient des chemins plus radicaux et mettaient fin à leurs jours en blasphémant contre le régime établi. Les autorités reconnurent elle-même le fléau : « La misère cause de fréquents suicides »[4]. Dans les rapports de police, ils occupent une rubrique spéciale et son consignés sur des registres. Le pourcentage des catégories sociales touchées par les suicides indique alors une forte majorité d’ouvriers (Plus de 70 pour 100). Exemple parmi tant d’autres : Le 14 juin 1812, un homme se tire une balle de pistolet au bois de Boulogne. Sur lui, on retrouve un écrit rempli de plaintes contre le gouvernement et même de regrets à n’avoir pu attenter à la vie de l’Empereur[5].

Source : Jean TULARD, Nouvelle histoire de Paris, Le Consulat et l’Empire, 1800-1815, Paris, édition Hachette, 1970. On observe que les « pics » suivent les années de crise (1802, 1806, 1811, 1812).

La césure entre les classes sociales apparaissait de plus en plus nette. Au même moment, les classes supérieures semblait prises dans un nuage d’inconscience. Marie-Louise revenue de Dresde, était en charge de donner un coup de fouet à la vie mondaine de la Cour. Napoléon comptait beaucoup sur le rôle de représentation de son épouse. Il était absent, mais cela ne devait semer le trouble dans l’opinion durant les cérémonies. Toutes les lettres qu’il écrit de Russie à l’Impératrice l’a persuade et l’engage à recevoir[8], à avoir des sorties fréquentes (à l’Opéra, au Panorama, mais également à travers les rues de Paris, dans sa voiture), à donner de l’éclat aux fêtes officielles[9]. Une tranquillité monotone régnait. Le 1er juin 1812, alors que l’Empereur est encore à Dresde, Talleyrand écrit à Caulaincourt :

« Tous les yeux sont tournés vers le théâtre où vous avez une place, et vers les inquiétantes opérations qui se préparent au milieu des fêtes et des plaisirs »[10].

Napoléon et l'Opéra

Source : David CHAILLOU, Napoléon et l’Opéra, La politique sur la scène (1810-1815), Paris, édition Fayard, 2004.

Source : Henri BOUCHOT, La toilette à la Cour de Napoléon, Chiffons et politique de grandes dames, 1810-1815, Paris, édition La librairie illustrée, 1895.

Collection Geszler : Les modes du XIXe siècle

Source : « Collection Geszler : Les modes du XIXe siècle, 1810 », Musée de la Guerre Patriotique de 1812, Moscou.


Notes :

[1] Bulletin de Savary adressé à l’Empereur du lundi 4 janvier 1813, Archives Nationale, AF IV 1525.

[2] Bulletin de police du samedi 11 avril 1812, Archives Nationales, AF IV 1521.

[3] Bulletin de police du mardi 12 décembre 1812, Archives Nationales, AF IV 1524.

[4] Bulletin de Savary adressé à l’Empereur des mercredis 11 mars et 29 avril 1812, Archives Nationales, AF IV 1520-1521.

[5] Bulletin de police du 16 juin 1812, Archives Nationales, AF IV 1523.

[6] Lettres interceptées par les Russes durant la campagne de 1812, annotées par Léon Hennet et Emm. Martin, Paris, éd. La Sabretache, 1913, p. 5 : lettre de N. Starette à son fils, soldat, en juillet 1812.

[7] Dernière phrase de la lettre de Madame de Nansouty, 25 octobre 1812, notifiée dans l’ouvrage de Léon HENNET et Emmanuel MARTIN, Lettres interceptées par les Russes durant la campagne de 1812, publiées d’après les pièces communiquées par S. E. M. Goriaïnow (directeur des Archives de l’État et des Affaires Étrangères de Russie), annotation par Léon Hennet, introduction par Frédéric Masson, Paris, éd.  La Sabretache, 1913, p. 177.

[8] L’Impératrice avait un rôle rassurant auprès des dames de la Cour. « […] Mais si la maréchale est allée chez l’Impératrice, elle aura été rassurée, car je lui ai mandé que je n’ai perdu aucun de mes maréchaux. », Napoléon à Davout, Moscou, 10 octobre 1812. – Nous verrons à ce sujet, Arthur CHUQUET (1853-1925), Inédits Napoléoniens, Paris, éd. E. de Boccard, 1914-1919, tome II, note 2005, p. 89.

[9] Lettre de Napoléon à Marie-Louise, 27 août 1812, Lettres, 65, n°80. Cette lettre est notifiée dans Frédéric MASSON (1847-1923), L’Impératrice Marie-Louise, éd. Paul Ollendorff, 1909, p. 403 ; ainsi que dans l’ouvrage d’Édouard GACHOT, Marie-Louise, Paris, éd. Tallandier, 1912, tome I, p. 201-203. Napoléon parle notamment des deux fêtes officielles du mois d’août : la Saint Napoléon le 15, et la Saint Louis le 25.

[10] Lettre de Talleyrand à Caulaincourt du 1er juin 1812, extraite de Jean HANOTEAU, Lettres de Talleyrand à Caulaincourt, Paris, éd. La Revue des Deux Mondes, 1935, p. 168.

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L’AFFAIRE MALET, CONSÉQUENCE DES TENSIONS EN SOMMEIL

Dans la nuit du 22 au 23 octobre, Claude-François Malet annonce la mort de Napoléon, avec l’abbé Lafon. Revêtu de son uniforme de général de brigade, il se présente d’abord à la prison de la Force, et, par de faux ordres, en fait sortir les généraux Lahorie et Guidal ; il leur annonce que l’Empereur est mort le 7 octobre sous les murs de Moscou, que le Sénat a pris des mesures d’urgence via un sénatus-consulte[1]. Lahorie et Guidal le suivent. Ils se transportent devant la caserne de la garde de Paris (qui sera dissoute par la suite et incorporée au 134e régiment d’infanterie de ligne), qui obéit à ses ordres, suivie par la 10e cohorte de la garde nationale. Un détachement commandé par Lahorie se dirige sur l’hôtel du duc de Rovigo, ministre de la police, en surprend l’entrée, enlève le ministre et le conduit à la prison de la Force; un autre détachement s’empare du préfet de police et le met également en lieu de sûreté ; une troisième colonne marche sur l’hôtel de ville de Paris, et la troupe prend position sur la place de Grève, tandis que ses commandants se font remettre la clef du tocsin Saint-Jean, appellent le préfet Frochot, et font préparer, par ses soins, la salle que le gouvernement provisoire doit venir occuper. Malet se dirige ensuite sur le quartier général de la place Vendôme, qui lui offrait toutes les facilités pour jouer son rôle de commandant. Mais le général Hulin lui pose des questions avant d’accepter ses ordres. Le chef de bataillon Laborde, officier de la police militaire qui se trouvait là, le reconnaît, se jette sur lui, le désarme et le fait rentrer en prison.

Les généraux Malet, Guidal et Lahorie sont traduits le 29 octobre 1812 devant un conseil de guerre, constitué le 20. En ultime affront, à la question du président de la commission si ces derniers disposaient de complices, Malet répondra : « La France entière et vous-même, Monsieur le président, si j’avais réussi ». Le jour même, après un procès expéditif,  les généraux sont fusillés dans la plaine de Grenelle avec douze autres personnes, dont un Corse libéré de la prison de la Force et qui avait accepté de devenir préfet de la Seine, ainsi que le colonel Soulier, trop naïf commandant de la 10e cohorte. Plusieurs malheureux officiers que les chefs avaient entraînés furent condamnés avec eux.