L’AVÈNEMENT DE FUTURS SERVICES INTERACTIFS, NOUVEAUX OUTILS DE DIALOGUES POUR LES MARQUES ET LES ENTREPRISES

Actuellement, de nombreux services sont proposés aux abonnés des offres de télévision sur mobile (services d’information, de jeux et questions, de musique, concours et votes, services de météo ou d’informations liées au trafic routier). En outre, certaines chaînes présentes sur les bouquets de télévision sur mobile ont développées des services spécifiques qui enrichissent leurs programmes [1]. L’arrivée de Google TV en 2012 ayant exacerbée cette tendance.
Afin d’obtenir une même interactivité sur la télévision mobile et contribuer à son économie, l’article 30-7 de la loi du 5 mars 2007 relative à la modernisation de la diffusion audiovisuelle et à la télévision du futur a prévu que le CSA réserve une part du futur multiplexe de la télévision mobile à la diffusion d’autres services de communication audiovisuelle autres que de radio et de télévision [2].

On peut distinguer 2 types d’interactivité, avec voie de retour ou sans voie de retour :

  • L’interactivité sans voie de retour correspond à l’interface développée par le diffuseur pour améliorer sa prestation au téléspectateur et consiste à intégrer dans ses programmes une série de services annexes permettant au client d’obtenir un complément d’information sur le contenu en cours de diffusion. Le premier service mis en œuvre est toujours l’« ESG » [3], guide des services que l’on retrouve dans les spécifications de l’ensemble des initiatives de télévision mobile partout dans le monde.
  • Au delà de l’ESG il peut être pertinent de prévoir un service permettant un focus sur un élément précis du programme sous forme de texte ou de vidéo. Cette forme d’interactivité n’est pas une source de revenus pour l ‘opérateur mais constitue un élément fort de différentiation de son offre vis-à-vis de la concurrence. Ce type d’interactivité sans voie de retour existe sur la télévision numérique terrestre au Royaume-Uni., le « red button ». Ce service à été repris comme une des composantes du service de télévision mobile Movio lancé au Royaume uni par BT.

Les conditions économiques des opérateurs qui vont déployer les services de télévision mobile vont nécessiter, pour boucler leur équilibre, de faire appel aux « revenus de l’interactivité », les abonnements et la publicité supplémentaire, générés par les services de télévision mobile, ne suffisant probablement pas pour amortir les investissements techniques importants et les coûts des contenus.

Grâce à une consultation du CSA lancée le 1er avril 2008, les acteurs ont défini huit types de services complémentaires à valeur ajoutée :

  • Les services sans interactivité : Une notification (information, publicité) est présentée sur l’écran du terminal de l’utilisateur, sans qu’il puisse interagir dessus. Cela pourrait être par exemple une information venant enrichir un programme (nom des invités d’une émission, pochette du disque qui passe sur un clip, résultats sportifs), un message à caractère officiel [4] ou une publicité additionnelle ;
  • Les services d’informations avec interactivité par lien local : L’utilisateur reçoit dans la notification un lien pour aller chercher un service ou un programme déjà intégré au sein de son terminal (applications, « widget», « goodies » [5], jeux, agenda) ;
  • Les services d’informations avec interactivité par lien URL : Une notification avec une adresse URL est présentée sur l’écran du terminal de l’utilisateur, à la manière des services de partage Facebook, Twitter ou d’« AdSense » [6]. Celui-ci pourra interagir avec l’information en se connectant sur l’Internet mobile [7] (sites commerciaux d’une enseigne ou d’un point de vente, couplage entre une chaîne musicale et un kiosque de téléchargement, partage et appréciation sur les réseaux sociaux en direct ou en différé) ;
  • Les services d’informations avec interactivité par lien appel fixe ou SMS : L’utilisateur reçoit une notification avec un numéro de téléphone ou SMS et lorsqu’il clique dessus, un appel sera généré vers le numéro de téléphone ou SMS indiqué (participation à un programme en cours [8], « télé-tirelire » [9]) ;
  • Les services de téléchargement gratuit ou payant [10] d’un contenu : Lorsque l’utilisateur clique sur le service interactif, un contenu est téléchargé sur son terminal. Des applications (visite virtuel du plateau de tournages), des programmes audiovisuels ou des sonneries de musiques qui viennent d’être à l’antenne, des jeux, des rencontres avec l’animateur, des « avatar», des abonnements à un flux RSS (suivre l’actualité d’une dépêche, d’un candidat à une téléréalité), des formulaires ou des tickets de transaction (assister à une finale). La plupart des contenus sous forme d’applications s’est largement diffusé sur le marché hexagonal. Les éditeurs de systèmes d’exploitation mobiles ayant choisi d’ouvrir le marché des applications embarquées en diffusant librement leurs différents kits de développement, dans le but de maximiser le nombre de développeurs et implicitement le nombre d’applications disponibles ;
  • Les services de vote : Un vote est présenté sur l’écran du terminal de l’utilisateur. Ce vote pourra comporter deux ou plusieurs choix et lorsque l’utilisateur clique sur le vote de son choix, un SMS+ de vote sera envoyé pour prendre en compte son vote [11]. Selon les résultats de l’étude « Mon portable et moi », menée auprès de 977 Français par l’institut Lightspeed Research, 20 % des sondés ont déjà voté à une émission de téléréalité via leur téléphone portable ;
  • Les services de quizz avec lien SMS ou URL : Une série de questions/réponses est proposée à l’utilisateur, à laquelle il peut répondre dans un temps limité, au moyen de SMS ou d’une connexion URL ;
  • Les services de pari : Un pari est proposé à l’utilisateur, à laquelle il peut répondre dans un temps limité, au moyen de SMS ou d’une connexion URL. Ce type de service entre dans le cadre de libéralisation des paris hippiques [12] et sportifs en ligne depuis juin 2010. A noter que les diffuseurs se sont vivement intéressés au pari en ligne. Le groupe TF1 détient via sa filiale Eurosport la société SPS (Société de Paris sportifs) qui commercialise la marque EurosportBET.com. Le groupe M6 est propriétaire du club Les Girondins de Bordeaux. La chaîne France 3, ayant acquis les droits des courses hippiques, diffuse depuis septembre 2009, toutes les courses support du Tiercé et du Quinté, soit dix minutes d’antenne quotidienne.

Au vu du potentiel de marché de ce type d’initiatives, de tels services interactifs devraient être subventionné par le gouvernement afin d’inciter les consommateurs à acquérir des terminaux mobiles adaptés à la consommation de contenu.

 


Notes :

[1] La notion de programme est définie par l’article 1.b de la directive SMA, « un programme est un ensemble d’images animées, combinées ou non à du son, constituant un seul élément dans le cadre d’une grille ou d’un catalogue établi par un fournisseur de services de médias et dont la forme et le contenu sont comparables à ceux de la radiodiffusion télévisuelle ».

[2] « Lors des appels à candidature portant sur la télévision mobile personnelle, le Conseil supérieur de l’audiovisuel réserve, en la rendant publique, une part de la ressource radioélectrique à la diffusion des services de radio et des services de communication audiovisuelle autres que de radio et de télévision qu’il a fixée à l’issue de la consultation prévue à l’article 31. Les déclarations de candidature sont soumises aux prescriptions du II de l’article 30-1 ».

[3] On entend par ESG (Electronic Service Guide), le guide électronique des services qui décrit les services disponibles et diffuse les informations permettant à l’utilisateur de les sélectionner. L’ESG peut véhiculer des données associées aux contenus permettant l’interactivité. Ces données peuvent être associées à des programmes, des services (par ex : une chaîne de télévision), des bouquets de services (par ex : un opérateur commercial) et peuvent être soit référencées pour être téléchargées indépendamment dans le flux ou par l’intermédiaire d’autres réseaux (voie descendante UMTS), soit transmises directement au sein du guide. Ces données associées permettent de bâtir divers scénarios interactifs (votes, sondages, promotion de services offerts par ailleurs).

[4] Messages entrant dans le cadre d’une « Alerte Enlèvement », du « plan Épervier » ou d’une évacuation de zones géographiques sinistrées. Suite à l’adoption du projet de la fondation Casques rouges de l’ancienne secrétaire d’État aux Droits des victimes, Nicole GUEDJ, ces messages sont susceptibles d’être reçus sur tous les téléphones portables.

[5] Le terme « goodies » désigne des produits dérivés physique ou virtuels accompagnant la sortie d’un jeu ou d’un film.

[6] Ce service diffuse sur la vidéo durant quinze secondes une barre additionnel publicitaire (le plus souvent un lien vers les sites iTunes et eMusic) ou un lien vers un sponsor (monabanq et Holosfind en autre). Pour Chris ANDERSON, auteur de « Free », un livre sur les industries culturelles et l’Internet, « Google va transformer Youtube en cash machine et bouleverser l’économie de l’audiovisuel ». – Voir l’article «  Son mobile s’attaque à la domination de l’iPhone », revue Capital, n° 216, septembre 2009.

[7] Selon une étude du cabinet américain Forrester, 41 % des Français surferont sur leur téléphone portable en 2014, contre 11 % actuellement. L’apparition de forfaits incluant un usage illimité d’Internet sur mobile a d’ores et déjà stimulé cet usage chez les clients. Extrait de la revue La Correspondance de la Publicité, 4 septembre 2009.

[8] France 5 a été la première a lancé cette idée dans l’émission « C dans l’air » présentée par Yves CALVI en affichant les SMS des téléspectateurs à l’écran, les faisant ainsi participer au débat. A l’époque, le numéro n’était pas surtaxé et l’émission a reçu 500 messages seulement le premier jour. La plupart des chaînes surtaxent ce service (0,05 € pour « C dans l’air », 0,10 € pour « le 13H de France 2 », 0,35 € pour « l’Eurovision » ou encore à 0,50 € pour la « Star Academy ». En 2007, les SMS surtaxés ont généré en France un chiffre d’affaires de 184 millions d’euros.

[9] On entend par « télé tirelire » ou « call-tv », un type de jeu télévisé auquel les téléspectateurs peuvent participer par le biais d’un numéro de téléphone ou de SMS surtaxé. Le but est d’inciter au maximum le téléspectateur à appeler, afin de financer les programmes de la chaîne.

[10] Les services interactifs payant pouvant être facturés à l’acte ou au forfait, par le fournisseur de services interactifs ou par le distributeur. Le prix d’une application embarquée se situe entre 0,99 € et 2,99 € mais peut occasionnellement dépasser les 10 €.

[11] L’utilisation du vote public est devenue une pierre angulaire lors des finales de programmes de variétés telles que « Loft Story », « Nouvelle Star », « Star Académie », « Koh-Lanta » ou « Miss France ». Une partie des profits du vote pouvant aller à des fondations caritatives.

[12] Dans le cadre de la proposition de canal partagé, les sociétés de courses (PMU, France Galop et Le Cheval français) pourraient participer à ce service de manière active. Le PMU, premier opérateur de pari hippiques d’Europe avec 9,3 milliards d’euros de chiffre d’affaire en 2009, dispose d’un site de paris en ligne sur l’Internet mobile depuis décembre 2009 et d’un relai sur la radio RMC (partenariat éditorial et publicitaire signé le 27 janvier 2010).

A propos Bertrand Minisclou

AMOA, ingénieur développement logiciel, chargé d'études en marketing et historien.
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